LA QUESTION DE L'OR. LIV. IV, CHÂP. H
vers le progfès que de multiplier les corporations. Ce n'est pas qu'il faille proscrire toute espèce d'association. Loin delà : les associations de secours mutuels, entre autres, sont d'excellentes institutions, surtout quand elles n'ont pas de caractère exclusif; depuis quelques années, le nombre en a augmenté considérablement par suite de la protection que le gouvernement leur a accordée ; mais, comme elles n'ont pas pour effet d'élever les salaires, nous n'avons pas à nous en occuper ici. Le seul mode d'association que l'on puisse recommander est celui qu'ont adopté, dans certaines professions, des ouvriers qui se sont réunis pour fonder des établissements particuliers. Ceux qui en font partie, ne dépendant plus que d'eux-mêmes, recueillent, comme des patrons, les bénéfices de leur industrie, et assurent en même temps aux autres ouvriers un salaire raisonnable, parce que les patrons ne pourraient maintenir le prix de la journée trop bas sans s'exposer à voir leurs ouvriers les quitter pour former de nouvelles associations ou pour entrer dans l'association déjà formée. Ce système a inspiré à quelques patrons l'heureuse idée d'associer, dans une certaine mesure, leurs ouvriers aux bénéfices de leur maison : c'est encore un système qui, dans certains cas, remplace avec avantage le travail aux pièces , qui en a les bons effets, et qui mérite d'être suivi dans l'intérêt de tous.
Ce n'est pas toujours en essayant de résister à une révolution qu'on en prévient les conséquences fâcheuses, mais en pliant en quelque sorte la société aux habitudes nouvelles que doit créer cette révolution. Depuis de longues années, l'industrie se transforme, et la France s'enrichit : la découverte des minos d'or a accéléré ce mouvement de progrès; il faut l'accélérer davantage pour rendre la transition moins longue et moins pénible. Le développement rapide de l'industrie et de la richesse augmentera naturellement le revenu public et rendra plus facile l'augmentation ou la création de quelques impôts; la richesse mobilière vient déjà d'être atteinte et porte
une part légitime du fardeau; TÉtat, en s*dppliquant à diminuer le personnel de ses bureaux, rejettera un grand nombre de bras et d'intelligences vers la production industrielle, et pourra à moins de frais augmenter les appointements des employés qu'il conservera : il y aura profit pour tous. Déjà des enquêtes se font sur ces questions, et des travaux se préparent dans plusieurs ministères.
Ce sont là des conseils généraux qui pourraient s'adresser à toutes les nations et à tous les temps , mais qui s'appliquent cependant d'une manière plus particulière à une époque où il est nécessaire de rétablir, par le développement de toutes les branches de la production, l'équilibre de la richesse violemment déplacé. Ils ne fournissent pas, il est vrai, un remède souverain contre le mal. Ce sont des palliatifs : nous avons déclaré que nous ne pouvions guère proposer autre chose en présence d'une révolution, qui, comme tant d'autres, apporte à l'humanité un mélange de bien et de mal qu elle n'est pas libre de refuser. N'oublions pas seulement que le mal passera, et qu'il nous restera une industrie plus forte, une agriculture améliorée, un pays en quelque sorte fertilisé par ce courant d'or qui le traverse et qui communique à toutes les parties de la production l'activité et le mouve* ment.