LA XJDKSTION DE L*OR. LIV. IV, CHAP. IV
par lesquels on prétend guérir radicalement et tout d'un coup les maux dont peut souffrir une société.
Si l'Etat se réserve le droit de frapper seul la monnaie, il en sera Tunique dispensateur. Sera-t-il aussi le seul juge de la quantité nécessaire au pays? Et comment pourrait-il calculer exactement les besoins de la circulation? Comment pourra- t-il savoir s'il émet trop ou trop peu de monnaie? En émettra-t-il chaque année pour la même somme T Mais la demande change sans cesse et varie avec la quantité des produitsà vendre. Se réglera-t-il sur les chiffres du commerce extérieur? Mais c'est encore une mesure bien imparfaite de l'activité du commerce intérieur et surtout de la quantité variable de monnaie qu'exige ce commerce suivant la nature des marchandises. L'Etat ne peut pas savoir ce que nul ne sait, et ce qui ne se règle que sur la libre demande de tous les consommateurs du pays.
Consultera-l-il lui-même la demande et vendra-t-il sa monnaie à quiconque voudra l'acheter? En échange de quelles marchandises la vendra-t-il? Aujourd'hui la monnaie entre dans la circulation par divers canaux et principalement par l'intermédiaire de la Banque ; peut en avoir qui veut, et les petits consommateurs s'en procurent d'ordinaire en changeant un billet de banque. Si l'Etat adopte ce système et porte toute sa monnaie à la Banque, nous nous trouverons en France à peu près dans la même situation que l'Angleterre ; la demande ne diminuera pas ; il y aura tout autant de pièces d'or et d'argent dans la circulation, et la baisse sera la même. Si l'Etat donne sa monnaie en échange de bons de monnaie qu'il aurait émis antérieurement, la situation serait un peu plus compliquée , mais le résultat serait toujours le même. De toute façon, l'Etat ne peut pas échanger directement sa monnaie contre des marchandises ; car il se ferait le principal négociant du royaume: ce qui serait absurde.
Il faudra donc, pour prévenir la baisse, que l'Etat se fusse
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tant bien que mal le juge des besoins du pays. S'il continuait à faire frapper autant de monnaie qu'on en frappe aujourd'hui, ce ne serait pas la peine de se charger d'un monopole aussi embarrassant.
Il en frappera moins. S'il veut en frapper seulement un peu moins qu'on n'en aurait probablement frappé sous le régime de la liberté, il sera forcé de côtoyer en quelque sorte la baisse des marchés voisins , mais il ne pourra pas l'arrêter, et tout ce qu'il pourrait obtenir, c'est que la France fût en retard de six mois ou d'un an sur les pays voisins : ce serait un bien faible résultat. S'il veut en frapper beaucoup moins, la différence entre la valeur du lingot et celle de la monnaie sera grande , et grandira chaque jour avec la baisse; on fabriquera à l'étranger des pièces françaises, le billonnage y trouvera son compte, et rendra impuissante la mesure du monnayage limité.
Ce moyen jest d'une application très-difficile. Pourrait-il être appliqué, qu'il ne serait d'aucune utilité dans les circonstances présentes et ne produirait nullement l'effet qu'on en attendrait et en vue duquel on l'aurait adopté, celui d'arrêter l'avilissement de la monnaie et la hausse des marchandises qui en est la conséquence.