DROITS D'IMPORTATION ET D'EXPORTATION SUR LES MÉTAUX PRÉCIEUX
On a dit encore : « L'or nous envahit et menace notre monnaie d'une dépréciation prochaine. Le moyen de l'éviter est bien simple. Frappons l'or d'un droit d'entrée à la frontière. Nous obtiendrons un double avantage. Les importateurs, ne trouvant plus les mêmes bénéfices» nous enverront moins d'or; et l'or qui entrera après avoir acquitté le droit, aura dans notre pays plus de valeur que sur les marchés voisins. Nous le conserverons ^insi à son ancien niveau et nous éviterons la baisse et ses fâcheuses conséquences. »
Ce remède ne serait pas beaucoup plus efficace que la limi* tation du monnayage.
Le droit d'importation surl'ordevrait être assez élevé pour rétablir Téquilibredéplacé entre la valeurdesdeuxmétauxquinous servent d'étalons monétaires, et il faudrait le changer chaque fois que les cours changeraient à l'étranger. Si le kilogramme d'or à lOOO/lOOO^ valait à Londres 3,344 francs en argent, il faudrait lui faire payer à la douane 100 francs pour l'élever en France à sa valeur légale; s'il valait 3,300 il faudrait lui faire payer 144 francs. Il y aurait donc une différence variable, mais toujours une grande différence entre le prix de notre marché et
DROITS d'importation it d'sxportation, btc. 301 celui des marchésétrangers. Uy aurait par conséquent une prime très-considérable offerte à la fraude. L'histoire est là pour nous apprendre si les lignes de douanes ont la puissance d'arrêter l'or et l'argent au passage et d'empêcher l'exportation ou l'importation des métaux. Les rois de tous les pays ont rendu sur cette matière bien desédits depuis le xvi* siècle, et toutes leurs précautions ont échoué devant une marchandise qui échappe si aisément aux regards. Quelle surveillance peut être assez active pour empêcher un contrebandier d'introduire en France un morceau d'or qui n'occupe guère que le volume d'un demidécilitre, quand il y trouve un bénéfice de cent francs?
L'or renchérirait-il en France par l'application d'un pareil système? Oui, il renchérirait, non pas dans la proportion du droit de douane, comme on se le propose, mais dans la proportion du droit d'assurance de la contrebande. La monnaie française payerait une prime à la fraude. Autant vaudrait ordonner aux négociants français de vendre leurs produits sur les marchés étrangers à 5 p. O/q au-dessous du cours, quand le payement devrait en être fait en or. Les étrangers ont déjà intérêt à nous envoyer leur or, parce qu'ils le vendent chez nous un peu plus cher qu'ailleurs. Si une nouvelle loi élevait artificiellement la valeur de ce métal, ils auraient encore plus d'intérêt à nous en apporter ; et, malgré les barrières de la douane, nous en serions inondés, Jusqu'à ce que la baisse leur eût enlevé toute espérance de gain.
On a proposé encore un autre moyen qui n'est pas donné, il est vrai, comme un remède souverain contre tous les maux causés par l'avilissement de la monnaie, et qui a seulement pour objet d'adoucir quelques-unes des difficultés occasionnées par la présence d'un double étalon monétaire. Ce moyen consiste en i^n droit d'exportation sur l'argent. Du premier abord, on comprend quelle différence sépare cette dernière mesure de la précédente. Mettre un droit à l'importation sur l'or, c'est déclarer que l'or baisse de valeur, que la France