LA QUESTION DE L'OR. LIV. IV. CHAP. T
est iDODdée par un métal avili, qu'on cherche à élever des barrières contre cette inondation et à établir d*une manière artificielle une égalité et une fixité de valeur qui n'existent plus dans la nature. Mettre un droit à l'exportation sur l'argent, c'est se préoccuper seulement d'un fait particulier, sans rien préjuger de la question générale, c'est chercher à arrêter l'exportation de notre monnaie d'argent que provoquent en ce moment les demandes de TOrient et que facilite la différence de valeur des deux métaux, c'est retenir une partie du numéraire que nous possédons, sans empêcher le numéraire et les lingots étrangers d'affluer sur notre territoire et par suite sans essayer de prévenir la baisse de la monnaie. Le premier moyen est une tentative faite pour empêcher une révolution économimique, le second n'est qu'un palliatif aux inconvénients d'un double étalon monétaire. En effet, pourquoi toutes choses renchérissent-elles? Parce que la quantité des métaux qui circulent sous forme de monnaie en France, a augmenté considérablement Or, pour quelle raison met-on un droit d'exportation sur l'argent, et quel effet attend-on de cette mesure? On sait que les banquiers et les négociants qui font le commerce des métaux profitent de l'égalité nominale qui existe en France entre la monnaie d'argent et la monnaie d'or, qu'ils achètent avec de l'or des pièces de cinq francs au prix légal de 1 kilogramme contre 15 kil. 1/2, et qu'ils les revendent à l'étranger, faisant un bénéfice qui, depuis quelque temps» peut varier de 1 1/2 à 2 p* O/o ; nous avons montré que c'était de cette façon que s'était écoulée une grande partie de l'argent que la France avait perdu depuis huit ans. On espère qu'en mettant un droit égal au bénéfice probable que peut faire l'exportateur, soit par exemple un droit de 1 1/2 ou de 2 p. O/q. on rendra impossible ce genre de commerce. La spéculation n'enlèvera plus à la France sa monnaie d'argent pour y substituer de la monnaie d'or. Soit; mais, en admettant que l'exportation de l'argent cesse^ l'importation de l'or cessera-t-elle en môme temps? Il est évi-
DROITS D*IlfP0RTÀT10N ET d'EXPORTàTION, ETC. 30S
dent que non. Si une barrière infranchissable eût existé depuis huit ans à la sortie, ou qu'il eût été possible aux lignes de douanes de ne laisser sortir qu'une quantité d'argent exactement égale à celle qui entrait, il est certain que la France n'aurait pas perdu 1,128 millions d'argent depuis dix ans, et que par conséquent nous n'aurions pas reçu les 1,1 S8 millions d'or qui sont venus combler le vide laissé par l'autre mëtal. Mais ce ne sont pas seulement 1,128 millions d'or qu'a reçus la France ; ce sont 2 milliards 514 millions. II y a donc 1 milliard 386 millions qui sont entrés sans rien remplacer, qui ont élevé notre capital monétaire de 3,500 millions à près de 4 milliards 900 millions, qui ont facilité nos transactions commerciales, animé notre industrie et notre commerce d'une activité plus grande, mais qui ont en même temps contribué à amoindrir la valeur de chaque pièce de monnaie et qui ont en un mot produit tous les effets économiques, bons et mauvais, que nous avons signalés. Le droit d'exportation sur l'argent n'aurait eu aucune influence sur ces divers effets; il n'a pour but que de remédier aux inconvénients d'un double étalon monétaire qu'un pays peut toujours supprimer d'une manière plus simple en adoptant un seul étalon.
Néanmoins cette mesure a été proposée dans la commission nommée en 1857 par le gouvernement pour étudier la ques-^ tion monétaire ; et, tout en comprenant quelle n'était pas un remède souverain, la majorité l'a accueillie avec faveur à titre de disposition transitoire, comme le meilleur expédient qu'on puisse imaginer contre les dangers de la situation présente^ Nous devons donc chercher quelle influence elle pourrait avoir.
On peut faire à ce projet à peu près les mêmes objections qu'au droit d'importation sur l'or. Sans doute Targent est moins facile à dissimuler que l'or, puisqu'il a environ quinze fois moins de valeur à poids égal, et que de plus une même poids occupe plus de volume en argent qu'en or. Cependant un litre d'argent vaudrait encore 2,286 francs, et on comprend que la