SUBSTITUTION DE LA MONNAIE DE PAPIER A LA MONNAIE MÉTALLIQUE
On a proposé aussi comme un remède infaillible la substitution de la monnaie de papier à la monnaie métallique. « L'expérience, a-t-on dit, prouve que les métaux sont une mesure de la valeur beaucoup trop variable. Si vous voulez éviter les pertes dont votre capital monétaire est menacé, changez de système. Imitez l-exemple des peuples qui, au moyen âge, imaginèrent la monnaie de compte, monnaie idéale et invariable, pour échapper aux variations perpétuelles des monnaies frappées à l'effigie des princes. Inventez une monnaie idéale; mais ne prenez ni Tor ni l'argent; prenez le papier de crédit qui s'est déjà fait dans le commerce une si large place. Remplacez entièrement les métaux par la monnaie de papier à laquelle vous donnerez une valeur de convention qui sera invariable ; par là vous échapperez à jamais aux incessantes perturbations que la découverte d'une mine ou d'un procédé chimique peut jeter dans toutes les relations sociales. x>
C'est encore une erreur. Le papier n'a par lui-même aucune valeur, et, quelle que soit la convention que l'on imagine, il faut de toute manière que cette convention repose sur une valeur réelle. Or prendrez-vous pour unité le blé dont la
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valeur commerciale peut tripler dans Tespace de quelques mois, ou le travail qui se paye à des prix différents suivant le besoin des mattres, le nombre et le talent des ouvriers » et dont nul ne pourrait fixer bien exactement le taux actuel pour toute la France? Cherchez dans le monde une base fixe de la valeur, et vous ne la trouverez nulle pari. L'eussiez- vous trouvée, qu'il vous serait encore impossible d'y appuyer solidement votre système de monnaie de papier. Car ce papier aura nécessairement un cours forcé, et ne sera pas remboursable; on ne viendra pas à la caisse de la Banque chercher un hectolitre de blé ou une heure de travail ; vous aurez émis un véritable papier-monnaie, n'ayant qu'une valeur tout imaginaire, aussi variable que l'opinion qui l'accueille ou le repousse, et descendant promptement sur une pente fatale jusqu'aux derniers degrés de la baisse. Il faut non-seulement que le papier soit le signe d'une valeur réelle, mais que ce signe puisse toujours être échangé sans peine et sans risque contre la chose signifiée.
Les métaux précieux ont seuls, grâce à leur nature, le privilège de circuler comme mesure universelle d'échange. Les billets ne pourront représenter qu'un certain poids de métal ou un certain nombre de pièces de monnaie. S'ils peuvent être échangés à présentation contre ce poids de métal ou contre ces pièces de monnaie, il est évident qu'ils subiront toutes les variations du métal, et que cent francs en billets n'auront jamais une plus grande valeur que cent francs en monnaie ou cinq cents grammes d'argent à 900/1000'. S'ils ne peuvent être échangés, ils n'auront aucune chance de hausse, mais la baisse sera certaine; ils tomberont d'autant plus rapidement que rien ne les soutiendra, et ils conduiront infailliblement l'Etat à tous les désordres de la banqueroute. Rappelez-vous les billets de la banque de Law, les billets de l'Union aux Etats-Unis, les assignats en France, et toutes les tentatives infructueuses qu'on a faites dans divers pays pour