‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 128 sur 148 · LA QUESTION M L*OR. LIV. IV, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LA QUESTION M L*OR. LIV. IV, CHAP. VIII

et il s'en est aperçu en payant plus cher les objets dont il avait besoin. Si aujourd'hui on convertit Tor en monnaie d'argent, si on parvient à donner une valeur plus grande à l'argent, on n'empêchera pas une révolution déjà faite : on fera une contre-révolution. Les créanciers gagneront, les débiteurs perdront. Les premiers recevront le nombre de francs stipulé au contrat, mais ces francs achèteront plus de marchandises au moment où on les leur rendra qu'au moment où ils les avaient prêtés ; les seconds, pour rendre ce nombre de francs, seront obligés de dépenser une plus grande somme de travail ou de vendre plus de marchandises. Par la même raison, tous les détenteurs de marchandises subiront une perte ; les propriétaires fonciers ne renouvelleront leurs baux qu'à un prix inférieur à celui sur lequel ils avaient compté en se rendant acquéreurs de l'immeuble ; ceux qui auront passé de longs baux, seront dans la situation des créanciers et feront sur leurs locataires un bénéfice imprévu. Tous les prix ne se mettront pas immédiatement en harmonie avec le nouvel ordre de choses ; les ouvriers, les employés et les rentiers recueilleront les premiers fruits du changement; mais la gêne sera ailleurs, parce qu'il n'y a pas de révolution économique qui ne cause quelques souffrances sur son passage. Il faudra, en un mot, remonter le courant que nous descendons depuis dix ans, et repasser en sens in* verse par toutes les perturbations sociales que nous avons traversées. Mais il y aura cette différence entre les deux révolutions, que la première a donné une impulsion vigoureuse à l'industrie, et que la seconde paralyserait pour quelque temps l'élan du travail et produirait une nouvelle crise commerciale. Je ne prends qu'un exemple : celui des fermiers. Ceux qui ont renouvelé leur bail depuis quatre oucinqans, l'ont renouvelé à un prix assez élevé ; mais, comme ils vendent leurs denrées à un prix encore plus élevé, ils y trouvent leur bénéfice et ne se plaignent pas. Ceux qui ont d'anciens baux, vendent aussi cher que les premiers et font double bénéfice : les campagnes sont

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dans Tabondance. Si la réforme monétaire abaissait tout à coup d'une manière définitive et permanente les priidu marché» ceux qui ont des baux anciens pourraient encore vivre de leur travail, mais ceux dont les baux sont récents ne pourraient plus suffire à payer leur fermage ; les campagnes seraient dans la misère, et on sait quelle influence la situation des campagnes exerce sur la prospérité générale du pays. Ainsi donc, en admettant que la baisse eût lieu, elle aurait aujourd'hui de tristes résultats.

L'argent ne pourrait pas être employé comme unique agent de la circulation ; très-propre au petit commerce de détail , il est très-embarrassant dans les payements importants et dans le grand commerce. Une somme de 200 francs pèse 1 kilogramme, et il n'est pas très-commode, quand on a quelques achats h faire, d'emporter avec soi un poids de plusieurs kilogrammes. Tout en laissant à l'argent seul la qualité d'étalon, il faudrait de toute nécessité lui adjoindre dans la circulation un aide qui eût cours légal. Différents projets ont été présentés à ce sujet et ont eu pour but de faciliter la circulation et de rendre en même temps la réforme moins coûteuse.

On a parlé du billet de banque. Les petits billets pourraient en effet remplacer très-avantageusement les pièces d'or, et la Belgique l'a si bien compris, qu'en adoptant l'argent pour étalon, elle a fait des coupures de billets de banque de 20 francs. Mais l'éducation économique de la Belgique est plus avancée que celle de la France. Les paysans wallons, comme les paysans écossais, acceptent sans hésitation le papier de crédit, et les billets de la banque circulent jusque dans les moindres villages. Nous avons fait en France de grands progrès à cet égard, mais les demandes d'argent dont la Banque est assiégée depuis quelques années, prouvent à elles seules que nous sommes encore loin de cette perfection. Rien de plus désirable que de voir l'usage des petits billets pénétrer dans toutes les parties de la France, et il faut espérer que la Banque elle-même ne tardera pas à travailler à cette œuvre d'éducation populaire et d'éco-

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nomie nationale^ par la création des billets de cinquante francs. Mais substituer tout à coup le papier à Tor, et chercher à lui donner dès aujourd'hui la même autorité» serait une tentative prématurée» et dont la précipitation même compromettrait le succès. D'ailleurs» quoi qu'il arrive» les billets ne pourront jamais remplacer dans tous les cas le métal, et on sentira toujours le besoin d'une monnaie plus portative que l'argent.

On a parlé aussi de conserver l'or en ne lui laissant plus qu'un r61e secondaire. Il ne peut pas être question de changer une seule fois le rapport de 1 à 15.5» d'y substituer par exemple le rapport de 1 à 14. S et de laisser ensuite les monnaies circuler après une simple refonte des pièces d'or : ce serait retomber dans le système du double étalon» et le nouveau rapport qui peut être vrai aujourd'hui cesserait de l'être demain. Il ne peut pas être question non plus de donner à la pièce d'or une valeur conventionnelle supérieure à la valeur réelle, comme on fait en Angleterre et aux Etats-Unis pour la monnaie d'argent» parce que l'or sous un petit volume représente des sommes trop considérables pour que le public se prête à cet arrangement.

L'or» s'il n'est pas étalon» ne peut pas avoir une valeur différente dfr celle du lingot sur le marché'; il faut par conséquent que la monnaie d'or suive toutes les variations du cours et soit assimilée sous ce rapport aux simples marchandises. C'est ce qu'ont compris ceux qui ont essayé de fonder un système monétaire sur cette base.

La loi du 28 thermidor an m (15 août 1795) avait adopté l'argent pour étalon et le franc pour unité monétaire, a L'unité monétaire portera désormais le nom de franc i, disait l'article premier. Aussi, pour êlre conséquente» avnit-elle laissé aux citoyens la liberté de prendre au prix qui leur conviendrait les pièces d'or, qui n'auraient été que de simples médailles» de poids et de titre garantis par l'Etat, k Art. L II sera fabriqué des pièces d'or... Art. IV. Chaque pièce sera à la taille* de dix

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