‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 16 sur 148 · LA R¥SSI£ ET LA SIBÉRIE · texte numérisé non relu

LA R¥SSI£ ET LA SIBÉRIE

L'exploitation des mines de Russie date de plus loin que celle des mines de Californie et d'Australie, mais elle est toute récente relativement à la plupart des mines qui approvisionnent le monde ; Tor russe n'a guère paru sur le marché qu'au Xîx* siècle; et, par l'étendue des terrains qui le renferment et qui sont encore à peine connus, il est peut-être appelé à jouer un rôle non moins important que ses deux rivaux dans la question des métaux.

L'antiquité connaissait l'existence de mines d'or dan$ les montagnes de la Scythie. Mais le secret s'en était perdu; Pierre le Grand fut le premier qui fit quelques tentatives sérieuses pour le retrouver : plusieurs usines furent organisées sous son règne; mais elle eurent peu de succès. Ce fut seulement en 1745 que l'on découvrit des minerais aurifères valant la peine d'être exploités Ils étaient situés dans le district de Kemsk, sur les frontières du gouvernement d'Olonetz : l'empereur y établit une usine. Le minerai y était encore si pauvre qu'en 36 ans on ne put en extraire plus de TjB kilogrammes d'or, et qu'en 1794 on abandonna la mine à la suite d'une inondation. Une autre usine, établie en 1752 à Bérésofsk, près d'Ekhaterinenbourg, réussit mieux; elle donna pendant quel-

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ques années (de 1807 à 18i0) jusqu'à 370 kilogrammes par an. C'est aujourd'hui la seule exploitation de mines d'or qui existe en Russie ; mais son produit n'est plus que de 33 kilogrammes.

L'exploitation des gites aurifères, c'est-à-dire de l'or déposé dans les terrains d'alluvion, comme en Australie et en Californie, a donné de meilleurs résultats. Elle commença en 1814 sur les terres de l'usine de Bérésofsk, où l'on avait déjà reconnu depuis longtemps la présence de l'or, et sur les bords de Ja rivière Malkofka, dans le district d'Ekhaterinenbourg. Plusieurs propriétaires de l'Oural, encouragés par l'exemple, cherchèrent et trouvèrent aussi des gîtes aurifères.

Le champ des exploitations ne tarda pas à s'étendre. Un mineur, nommé^ Jegor Liesnoï, exilé à Tomsk en Sibérie, s'enfuit dans les montagnes, y trouva des terrains aurifères et les exploita sans faire connaître son secret. Ce fut seulement après sa mort, en 1829, qu'un bourgeois d'Ekhaterinenbourg, Grégoire Zoloff, associé à deux marchands , Fedor Popoff et Joachim Riazanoff, qui étaient convaincus comme lui qu'il devait exister des terrains aurifères dans l'Altaï et qui avaient eu vent de la fortune de Liesnoï, parvinrent à faire parler sa femme, obtinrent un privilège de l'empereur, et commencèrent d'une manière régulière l'exploitation des gîtes aurifères de la Sibérie.

Il en fut de la Sibérie comme de l'Oural. La première découverte en fit naître une foule d'autres ; l'exploitation se fit sur un grand nombre de points. En 1838, on découvrit de l'or dans la Sibérie orientale, à plus de 5 et de 600 lieues de Tomsk. Le gouvernement a envoyé ses ingénieurs faire des reconnaissances et des fouilles, et il a reconnu la présence de l'or sur un nombre considérable de points disséminés sur toute l'étendue de la chaîne ; il a même constaté qu'il existait des terrains aurifères jusque sur les bords de la mer Glaciale.

Au nord de la Caspienne et de l'Aral, s'étendent les vastes

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plateaux entrecoupés de montagnes qu'habitent les Kirghiz. Depuis longtemps on pensait qu'ils renfermaient de Tor, et les découvertes de Sibérie rendaient cette opinion très-vraisemblable.

Un petit marchand de la Sibérie, Etienne Popoff, voulut s'en assurer. Il partit en 1820, parcourut le pays, fit des fouilles, et finit, en 4834, par trouver des terrains aurifères près de l'endroit où la rivière Tchar-Kourban se jette dans l'Irtysch. Il obtint une concession ; trop pauvre pour exploiter par luimême, il céda une partie de son privilège, et ne recueillit pas en dix années moins de 208 kilogrammes d'or. D'autres après lui poussèrent plus loin les explorations; le gouvernement envoya, en 1880 et en 1851 , des ingénieurs, qui reconnurent sur un grand nombre de points la présence de terrains aurifères, et signalèrent la ressemblance frappante qui existe entre les plateaux de la Kirghizie et ceux de l'Altaï. L'exploitation est encore peu avancée dans ce pays; mais elle a un grand avenir à cause de l'abondance des terrains aurifères, et du bas prix auquel les Kirghiz vendent leur travail.

Une autre découverte toute récente a encore étendu de ce côté les exploitations. A 500 kilomètres environ au sud de l'endroit où Etienne Popoff avait trouvé de l'or, près des bords de l'Ala-Koul, lac situé sur la frontière des Kirghiz du Céleste Empire, des soldats chinois révoltés commencèrent, en 1852, à exploiter de riches terrains aurifères. Chaque homme recueillait près de 40 francs par jour : la Californie ne produisait pas autant. Mais ces mines se trouvaient sur le territoire des Kirghiz ; le gouvernement russe ordonna aux Chinois de se retirer, et ces terrains sont aujourd'hui exploités par des chercheurs d'or qui payent une redevance aux propriétaires kirghiz.

Ces heureuses découvertes rappelèrent au gouvernement qu'on avait parlé autrefois de mines d'or dans le Caucase. L'aspect des montagnes y était semblable à celui des districts

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métallifères de la Sibérie. Des explorations eurent lieu, en 1851 et en 1852, et, dans toutes les fouilles qui furent faites, on trouva de For. Quelques exploitations se formèrent; mais jusqu'ici elles n'ont eu qu'un médiocre succès.

Il est constant aujourd'hui que les diverses chaînes de montagnes qui forment l'arête septentrionale du continent asiatique, et dont les principales sont connues sous les noms de Caucase, d'Oural et d'Âltai, renferment dans toute leur étendue des minerais d'or; que les torrents et les fleuves les ont portés au nord et au midi dans leurs eaux, les ont déposés au fond de leur lit et dans les terrains d'alluvion ; que l'or se trouve à la fois, dans les vallées du Caucase, depuis la Mingrélie jusqu'à Tiflis, Elisavetopol et Mozdok ; dans l'Oural, depuis Ekhaterinenbourg jusqu'aux bords de la mer Glaciale ; dans la Kirghizie, depuis lesrivesdel'Irtyschjusqu'àl'Ala-Koul, et même jusqu'au Turkestan, dans les eaux du Sihoun et du Djihoun ; dans TÂltaï, depuis le gouvernement de Tomsk, dans lequel se trouvent, sur la rive droite de l'Irtysch, des gîles aussi riches que ceux de la Kirghizie sur la rive gauche, jusqu'à Nertschinsk, dans le district d'irkoutsk, situé à plus de cinq mille kilomètres de la Mingrélie.

C'est sur cette immense région de 5,000 kilomètres que s'étend l'exploitation. Quelques points seulement ont été attaqués, et tous ne l'ont pas été avec le même activité ou avec le même bonheur. Mais la recherche de l'or est pour ainsi dire une industrie naissante en Russie. Il y a trente ans à peine que les travaux ont donné des produits sérieux, et ont commencé à prendre quelques développements ; il n'y a que dix ans que les découvertes, en se multipliant^ ont étendu d'une manière si prodigieuse le champ du travail, et ont attiré fortement de ce côté l'esprit d'entreprise et l'attention du monde. La Californie et l'Australie ont été un stimulant énergique pour les mines de Russie. Si le même élan n'a pas porté vers ces mines les émigrants du monde entier, comme il les a portés en Californie et

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en Australie, on doit attribuer cette différence à la difficulté des communications, qui rend la Sibérie et la Kirghizie cent fois plus éloignées de la civilisation que ne le sont Melbourne et San-Francisco; à la nature du gouvernement; aux formalités qu'il faut remplir pour obtenir la faveur d'une concession ; au genre de travail, qui se fait le plus souvent à bon marché par des serfs ou par des sauvages kirghiz. Cependant, sur plusieurs points Taffluence des travailleurs a été grande, et le prix de toutes choses a augmenté. M. Tchihatcheff rapporte que dans certains villages un bœuf, qui se vendait auparavant &fr., était payé 9 fr. depuis la découverte des mines» que, dans certains autres, le kilogramme de viande s'était élevé de 4 à 30 centimes, le kilogramme de beurre, de 13 centimes à 65 : il estimait qu'à Krasnoyarsk , le renchérissement était en moyenne dans la proportion de 1 à 6 . Mais aucune des révolutions économiques dont la Californie et l'Australie ont été le théâtre ne s'est produite avec autant d'intensité en Sibérie et en Russie, parce que les salaires, souvent imposés par les maîtres plutôt que librement discutés , ne s'y sont guère élevés au-dessus du taux ordinaire, que l'or n'est pas resté dans la contrée productrice, n'y a servi aux échanges qu'en petite quantité, et a été presque en totalité expédié directement à Saint-Pétersbourg pour le compte des seigneurs ou des négociants propriétaires de gttes aurifères.

Aussi l'ardeur du travail a-t-elle été moindre, et le produit moins abondant. Nous avons déjà dit que l'usine de Beresofsk, la seule où le gouvernement fasse exploiter le minerai, rend 33 kilogrammes par an. Les gttes aurifères sont plus riches : ceux des monts Ourals donnent environ S, 500 kilogrammes d'or pur; ceux de la Sibérie occidentale, 3,000 kilogrammes; ceux de la Sibérie orientale, 13,000 kilogrammes. On ne peut pas encore évaluer ce que produit la Kirghizie; en 1854, elle ne donnait, d'après les rapports officiels, que 61 kilogrammes; mais tous ces chiffres sont un peu au-dessous de la réalité.

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et ne rendent pas entièrement compte du produit total.

Ce produit total, qui, de 1745 à 1826, n'avait été que de 41,972 kilogrammes, ou 524 kil. par année moyenne, s'est considérablement élevé sous le règne de l'empereur Nicolas, pendant lequel ont été faites toutes les grandes découvertes de l'Oural et de la Sibérie. Il était, en 1826, de 3,875 kilogrammes; en 1847, il était de 27,862 kilogrammes. Durant cette période de 23 années, on avait extrait 231,543 kilogrammes, soit 10,067 par année moyenne.

Cette augmentation progressive n'a pas continué depuis 1848 ; il y a même eu diminution jusqu'en 1853, époque à laquelle la production a commencé à augmenter de nouveau. Voici les chiffres officiels de la production pendant cette dernière période de dix ans :

En 1848, — 27,154 kilogrammes. 89,608,000 fr.

Total. . 217,633 kilogrammes. 718,136,000 fr.

L'or n'est pas la seule richesse minéralogique de la Russie. Ses montagnes fournissent aussi de l'argent à l'Europe : elle exerce par là une double action sur les variations de valeur de la monnaie.

La plus ancienne mine d'argent qui ait été exploitée dans l'empire russe est celle deNerlchinsk : elle fut ouverte en 1704. Elle a donné jusqu'à 10,300 kilogrammes par an; elle n'en donne plus que 820.

Les mines de l'Altaï sont beaucoup plus importantes ; elles

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