LOIS QUI RÈGLENT LA VALEUR DBS MÉTAUX PRÉCIEUX. 1 S
La YdleurdeÉi mélaux précieux se règle-t*elie sur le coût de production?
Écartons d'abord^ afin de ne pas compliquer le sujet, toutes les définitions fausses ou étroites. Par coût de production, nous n'enlendons pas la quantité de travail et de capital qui a été strictement nécessaire pour tirer de la mine un poid^ donné d'or ou d'argent. Un mineur de la Californie a iicheté une pioche, un seau, un berceau qui lui coûtent 100 francs et dont il use par jour environ la centième partie ou 1 franc, il dépense par jour 6 francs pour sa nourriture, trois francs pour son entretien et son logement ; ses profits à SO p. O/q peuvent être évalués à 5 francs, total 15 francs. Il recueille par jour 10 grammes d'or. Dira-t-on que ces 10 grammes ne valent que 15 francs? Evidemment non. Ce n'est pas le travail particulier de tel ou tel mineur qu'il faut considérer, c'est l'ensemble des travaux de tous les mineurs. Pendant que certains travailleurs actifs ou heureux recueillent dix grammes, il y en a qui n'en recueillent que 5, que 2, ou qui entreprennent même l'exploitation de terrains entièrement stériles ; lesbénéficesdes uns doivent compenser les pertes des autres; et, dans ce cas, le véritable coût de production serait l'ensemble des capitaux dépensés par tous les mineurs pour se procurer la somme totale d'or qu'ils ont extraite.
Cette définition est encore étroite et incomplète. Il ne suffit pas de dire que le coût de production est le prix auquel revient le métal dans une mine donnée : c'est une erreur dans laquelle est tombé M. Stirling. Les mines ne sont pas également productives dans tous les pays, et les plus riches profitent des avantages de la nature. La théorie de la rente s'applique aussi bien à l'exploitation des mines qu'à la culture de la terre. Le coût de production est déterminé par le prix de revient à la mine la plus pauvre ; si l'on exploite tel gisement où l'or revient à 3,400 francs le kilogramme, c'est qu'à ce prix il trouve des acheteurs : sans quoi le gisement serait abandonné. Si, dans
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un dutre gisement» Tor ne revient qu'à 3,000 francs» le mineur ne le vendra pas moins 3,400 francs, puisqu'on trouve utilité à l'acheter à ce prix; il bénéficiera de 400 francs par kilogramme, s'il est propriétaire de la mine ; ou, s'il n'est que locataire, il payera un loyer équivalent à cet excédant de bénéfices : c'est là une rente aussi légitime que toute autre, et l'on doit entendre par coût de production le prix de revient, comprenant intérêts du capital, salaires et profits, dans la mine la moins avantageuse qui soit exploitée.
Ainsi défini, le coût de production semble bien être la règle de la valeur, et ce ne serait pas émettre une erreur capitale que de le croire. Il est certain, en effet, que le coût de production détermine un minimum au-dessous duquel la valeur des métaux ne saurait tomber ; mais il ne détermine pas le maximum. Le coût de production avait-il augmenté, quand, à la fin du XV* siècle et au commencement du xvi*, la valeur augmentait dans une proportion si rapide? Non; car au contraire, l'art d'exploiter les mines se pRrfectionnait. Le coût de production ne rend donc qu'imparfaitement compte des phénomènes.
La valeur des métaux précieux se règle-t-elle sur la quantité existant dans la circulation à chaque époque? Plusieurs économistes l'ont dit ; et pourtant cette proposition, ainsi formulée, est complètement fausse. Reportons-nous aux diverses périodes que nous avons indiquées dans l'introduction, et voyons si cette mesure s'applique à tous les cas. Sans doute, la quantité diminuait, lorsqu'au iv* siècle, à l'approche des barbares, la valeur des métaux augmentait, et la quantité augmentait, lorsqu'au xvi* siècle la valeur diminuait après la découverte de l'Amérique. Mais appliquerait-on la même loi à l'époque de Dioclétien et à celle de Louis XIV? Dira-t-on que la valeur était réglée sur la quantité, lorsqu'à la fin du m® siècle cette valeur avait diminué de .1/5 sans que la quantité eût sensiblement augmenté, ou lorsqu'au xvii* siècle cette même valeur avait augmenté de S/10, bien que la masse des métaux existant
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dans le monde eût été portée dans le cours du siècle de 3,875 millions à 10,678 millions. La proposition est évidemment fausse; on ne saurait soutenir un seul instant en présence des faits que la valeur des métaux est en raison inverse de leur quantité, et il faut renoncer au moyen qui serait assurément, s*il était admissible, le plus simple et le plus exact pour se ren* dre compte de cette valeur. Il y avait 31,500 millions en i848 ; il y en a aujourd'hui 37,789 millions : Taugmentation est de 30 p. 0/0, donc les métaux valent 20 p. 0/0 de moins qu'en 1848. Rien n'est plus facile et plus clair en apparence ; mais rien au fond n'est plus faux ; nous l'avons montré par des exemples ; et, pour peu qu'on veuille réfléchir, on verra combiep une pareille règle serait ridicule, puisqu'elle nous forcerail d'admettre qu'au commencement du xvi® siècle, où, de l'accord de tous les statisticiens, il ne circulait pas plus d'un milliard de métaux, l'or et l'argent avaient 37 fois plus de valeur qu'aujourd'hui, et qu'à l'époque d'Auguste, où la circulation n'étant alimentée que par les mines de l'ancien continent, était peu considérable, les métaux avaient au moins dix fois la valeur qu'ils ont aujourd'hui : il faut avouer que le blé eût été bien cher dans ces temps-là.
La. valeur des métaux précieux est-elle réglée par l'offre et la demande? C'est l'opinion de plusieurs économistes, et entre autres de M. John Stuart Mill. « La valeur ou puissance d'acquisition de la monnaie, dit-il, dépend en premier lieu de l'offre et de la demande. » Mais il est nécessaire, avant de s'attacher à cette opinion, de bien comprendre ce qu'on entend par l'offre et la demande de la monnaie.
S'agit-il d'une marchandise quelconque, du café, par exemple, on entend par offre non pas toutes les quantités qui existent dans le pays, mais toutes celles que les vendeurs sont disposés à livrer, etpar demande les quantités que des acheteurs désirent se procurer et qu'ils ont les moyens de payer. S'il existe 1,000 balles disponibles sur le marché, et qu'il y ait des acheteurs