‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 66 sur 148 · INFLUENCE 0S L'OR 6UH LE COMMERCE ET L*INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INFLUENCE 0S L'OR 6UH LE COMMERCE ET L*INDUSTRIE

s'élève à 144 millions, et les exportations montent à 1,875 millions. L'année 1853, pendant laquelle on a frappé le plus de monnaie (316 millions), est aussi celle où le commerce extérieur a été le plus actif (2,473 millions à Texportation).

La quantité de la monnaie a-t-elle été dans ces circonstances effet ou cause? En d'autres termes, y a-t-îl eu plus de monnaie, parce qu'il y avait plus de marchandises, ou plus de marchandises parce qu'il y avait plus de monnaie? Il y a eu l'un et l'autre, et ce serait tomber dans l'erreur que de prendre comme seule vraie l'une de ces deux explications.

Rappelons les paroles de M. Michel Chevalier : oc les métaux précieux convertis en monnaie ne sont pas inutiles à la production, en ce sens qu'on ne produit que ce qu'on est assuré de vendre, et la présence de bons et sûrs instruments d'échange est une des conditions d'une vente facile et avantageuse. » La présence de la monnaie est une facilité donnée aux échanges ; l'abondance de la monnaie est par la même raison un stimulant à la production. C'est un principe que nous avons établi dans le chapitre précédent : Jacques n'a exporté une grande quantité de marchandises et n'a fait de nouvelles commandes à Pierre, que parce qu'il y avait sur le marché une grande quantité d'or, et par suite de l'or à bas prix, dont il voulait avoir sa part. On a donc le droit de dire qu'il y a eu plus de marchandises, parce qu'il y avait plus de monnaie, et que l'or a été une des causes de l'extension du commerce.

Mais comment se procure-t-on de l'or? Avec des marchandises que l'on donne en échange. Or, il faut avoir ces marchandises. Un pays pauvre et sans industrie aurait beau vouloir posséder beaucoup de métaux précieux pour animer son commerce, les métaux ne viendraient pas d'eux-mêmes dans la bourse de ses habitants ; si même on parvenait à les y attirer par quelque moyen violent ou artificiel, par le pillage, par des tributs imposés à des peuples vaincus, par la découverte d'une mine, ils n'y resteraient pas et s'écouleraient bientôt dans des

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pays plus riches, comme Teau des torrents s'écoule dans les lacs. La Californie et TAustralie sont bien loin de conserver tout l'or qu'elles produisent ; elles ne garderont que la quantité que l'état de leur industrie leur permettra d'employer utilement. Un pays a donc en règle générale d'autant plus de métaux qu'il a de marchandises. Quand il n'est pas producteur d'or ou d'argent, il ne se procure l'un et l'autre qu'en donnant, comme la France, une valeur équivalente en marchandises ; et les 1,300 millions de métaux que nous avons acquis depuis neuf ans représentent 1,300 millions de nos produits que nous avons livrés à l'étranger. Nos importa lionsde tout genre augmentaient considérablement ; il était naturel que les importations de métaux suivissent le progrès général de notre commerce. C'est en ce sens que l'on peut dire que plus il y a de marchandises dans un pays, plus il y a de monnaie, et que l'abondance de la monnaie est un effet de la prospérité du commerce. L'une et l'autre qualité se mêlent perpétuellement et se confondent presque dans la réalité. Effet d'abord, parce qu'elle est achetée avec des produits préexistants , la monnaie devient cause, parce qu'une fois dans la circulation commerciale du pays, elle active la production et pousse à fabriquer de nouvelles marchandises qui achèteront, entre autres choses, de nouvelles quantités de monnaie; et cette nouvelle monnaie, d'effet devenue cause à son tour, servira aussi à la production. Pendant toute la durée de l'accroissement de la quantité des métaux qui correspondra à une baisse de leur valeur, il y aura à la fois et augmentation de la production et augmentation du numéraire, jouant toutes deux, à l'égard Tune de l'autre, le double rôle de cause et d'effet.

L'industrie a suivi d'un pas égal le commerce dans la voie du progrès. Les chiffres de l'importation et de l'exportation nous en ont donné la preuve ; il est inutile d'insister longuement sur ce sujet. Les contributions indirectes sont un des thermomètres les plus exacts de la prospérité publique : elles

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n'avaient produit darant les années 1848, 1849 et 18K0 que 376,280 et 285 millions ; elles ont rendu 354 millions en 1855, et 419 en 1856. Le mouvement des marchandises et des»voyageurs sur les chemins de fer est un autre thermomètre qui in« dique à peu près le même degré de prospérité ; la recette brute par kilomètre, qui était restée en moyenne à 35,000 francs, de 1849 à 1851, a été de 51,000 francs en 1855, et de 48,000 francs en 1856.

La Banque, qui avait escompté à Paris 340 millions en 1851, en a escompté 359 en 1852, 608 en 1853, 907 en 1854, 1,156 en 1855, et 1,752 en 1856.

Mêmes résultats en Angleterre. La circulation des billets de banque de toute espèce dans le Royaume-Uni était évaluée à 875 et à 840 millions en 1848 et 1849, à 1 milliard et à 975 millions en 1853 et 1854. Un relevé officiel de la situation des manufactures nous apprend que la production industrielle s'est accrue du travail de 19,200 ouvriers en 1851, de 14,220 en 1852, de 26,190 en 1853, de 24,000 en 1854, de 8,200 en 1855; total 91,810 travailleurs de plus en cinq ans *.

Dans l'industrie comme dans le commerce, l'abondance de l'or esta la fois effet et cause. Sans doute l'or n'est pas la seule cause de ce merveilleux développement des forces industrielles en Europe, et particulièrement en France. Les circonstances politiques, la sécurité intérieure, le télégraphe électrique, les chemins de fer et les institutions de crédit, qui sont mieux comprises et plus largement appliquées que par Fe passé, ont puissamment contribué au progrès, et il serait injuste de méconnaître ou d'atténuer leur influence. L'or est, comme les télégraphes et les chemins de fer, un moyen d'activer la circulation des produits; comme les institutions de crédit, il anime la spéculation et stimule l'industrie ; il a donc, comme les télégraphes, les chemins de fer et les institutions de crédit, à revendiquer sa part

^ Chaque cheval de vapeur est compté comme 4 ouvriers.

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dans le bien accompli. Mais, comme les institutions de crédit, il a aussi la responsabilité du mal. La spéculation a été surexcitée ; les esprits aventureux voulant profiter de la confiance et de la hausse, ont créé plus d'entreprises que les épargnes du pays n'en pouvaient soutenir, ou produit plus de marchandises que la situation actuelle du marché n'en comportait : de là proviennent en partie la crise dont nous venons d'être témoins et la dépréciation qu'ont subie la plupart des valeurs cotées à la Bourse. C'est un effet de la loi de la réaction qui ne s'applique pas moins au monde économique qu'au monde physique. La spéculation, pour s'être lancée trop loin, a été violemment ramenée en arrière; mais ce n'est là qu'un accident passager; les affaires reprennent déjà leur mouvement progressif, et on oubliera vite ce mal, dont l'or est en partie la cause, mais qui semble inséparable de tout progrès trop rapide.

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