LA QUESTION DE L'OR. LIT. III, CHAP. T
hausser ni baisser, tant que le système monétaire restera le même. Il s'agit du prix de location sous forme de monnaie, autrement dit du taux de Tintérèt. L'abondance de Tor fera-telle baisser le taux de l'intérêt? Telle est la question qu'on s'est tout d'abord posée, quand on a vu entrer dans les ports d'Europe des navires chargés d'or de Californie. Beaucoup, se fondant sur quelques phénomènes, passagers et sur une comparaison fausse de l'or avec les autres marchandises, se sont prononcés pour l'affirmative. Le taux de l'inlérêt a effectivement baissé ; ils en ont conclu que cette baisse devait être permanente, et ils se sont appuyés de l'exemple de tous les produits qui se vendent à un moindre prix quand ils sont plus abondants. Mais les économistes ont protesté avec raison contre cette théorie erronée.
Qu'est-ce, en effet, que l'intérêt? C'est une portion aliquote de la valeur des métaux que le prêteur exige de l'emprunteur pour prix de l'usage qu'il lui permet d'en faire, comme le propriétaire exige de son locataire, à titre de loyer, une partie aliquote de la valeur de sa maison. Que la valeur de la maison diminue de moitié, il est naturel que le prix du loyer diminue dans la même proportion, et descende, par exemple, de 1,000 à 500 francs. Est-il aussi naturel que le prix de l'argent diminue? Le taux de l'intérêt est en ce moment à 5 pour 100, c'est-à-dire au vingtième de la valeur du métal. Si le métal vient à perdre dans vingt ans la moitié de sa valeur, doit-on dire que l'intérêt ne sera plus que de 3 1/2 ? Mais si 100 francs ne représentent plus alors que la valeur de SO de nos francs, S fr. 50 c. ne représenteront que 1 fr. SS c. ; ce ne serait plus le vingtième, mais le quarantième de la somme prêtée, que recevrait le créancier. A la baisse de la somme prêtée correspond toujours exactement une baisse proportionnelle de la somme exigée à titre de loyer ; le rapport n'est pas changé ; et, quelle que soit la dépréciation de l'or causée par l'exploitation des nouvelles mines, il n'y a dans ce fait aucune raison
INFLUENCE DE l'OR SUR LE PRIX DES MARCHANDISES. 17 1
pour que le taux de Tintérét subisse une baisse permanente. C'est un contre-sens que d'appliquer à Tor, dont le prix n'est fixé que par son rapport avec lui-même, l'exemple de marchandises dont le prix est fixé par leur rapport avec une mar-cbandise,toute différente. Le taux de l'intérêt dépend de causes tout autres ; il dépend de l'abondance ou de la rareté du capital dont la monnaie n'est qu'une faible portion ; il dépend du taux moyen des profits . Là où le capital est très-abondant, les profits sont en général très-limités par la concurrence, et l'intérêt est peu éleyé. L'Angleterre a moins de monnaie que la France, et cependant l'intérêt est généralement moindre en Angleterre qu'en France. En Californie, au moment où l'exploitation des mines donnait les plus grands profits, l'intérêt était à 40 et 50 pour 100, bien que l'or y fût très-abondant; c'est une preuve évidente que la présence des métaux ne détermfte nullement le taux de l'intérêt.
^Cependant on ne saurait nier qu'ils exercent une certaine influence passagère. « On ne peut, dit M. Tooke, trop se pénétrer de cette idée que toute modification dans la somme de la monnaie en circulation produit un effet temporaire sur le taux de l'intérêt '. » Au moment, en effet, où les métaux commencent à arriver en grande quantité sur le marché, ils constituent un capital flottant qui ne trouve pas immédiatement son emploi. Les détenteurs de monnaie l'offrent à bon marché, et l'intérêt baisse. Mais la réaction ne tarde pas à se produire. Les emprunteurs accourent ; la monnaie trouve un placement; la production s'accroît ; et, une fois l'élan donné, la demande suffit à la consommation de tous les métaux précieux que les mines continuent à fournir : l'ancien niveau est rétabli, et quelquefois même dépassé, parce que l'ardeur de la spéculation a fait augmenter la demande plus rapidement que le travail n'a accru le capital.
< Considérations sur l'état de la eirctUation monétaire^ p. i4.