LA QDESTION DE L'OB. LIV. I, CHAP. I
On trouve aussi Tor au delà des couches d'alluvîon, dans la roche même; mais il faut détacher le quartz avec la pioche ou la mine, et le broyer avec des machines pour le réduire à l'état où il se trouve dans les terrains d'alluvion : c'est ce qu'on appelle bocarder le minerai.' Cette opération, qui n'est qu'une préparation au lavage; est très-coûteuse; elle est pourtant employée depuis longtemps en Russie, et elle a été depuis quelques années introduite en Californie ; mais on s'y plaint de n'avoir pas encore de machines à vapeur assez puissantes. Les exploitations ont commencé, vers 1851, à Grass-Valley, Carson-Creek, Ophir-City, et à Mariposa. Si les fr/iîs de production sont grands, le rendement est considérable. A Mariposa, la compagnie hongroise qui exploitait la mine a retiré jusqu'à 2,916 francs d'or d'un tonneau de quartz; le produit moyen s'est élevé de 400 à 1,000 francs par tonneau.
La condition des personnes a donc changé, mais le produit n'a pas diminué. A l'exploitation individuelle et désordonnée, se substitue l'exploitation régulière par compagnies ; aux bras de l'homme, les machines. L'extraction de l'or tend à devenir une industrie comme une autre, qui n'enrichit pas en un jour par un coup de hasard ceux qui s'y adonnent, mais qui, conduite avec activité et économie, soutenue par des capitaux, peut et pourra, pendant de longues années encore, rémunérer largement le travail.
Aussi la production et l'exportation ont-elles constamment augmenté.
On estimait que la production avait été de 782,400 kilogrammes, ou 2,508,000,000 francs, savoir :
En 1848, — 8,100 kilog. valant 27,000,000 fr.
A reporter. 142,200 kilog. 474,000,000 fr.
Report. 142,200 kilog. 474,000,000 fr.
Total. . 752,400 kUog. 2,508,000,000 fr.
L'exportation a presque égalé la production. Le vieux monde recherchait avidem^t Vor; et d'ailleurs, la Californie n'avait pas autre chose à donner en payement des marchandises qu'elle achetait. Au mois d'avril 1849, les journaux américains annonçaient qu'il s'était déjà répandu dans les États-Unis, depuis Boston jusqu'à la Nouvelle-Orléans, plus de 4,345,000 francs, que les îles Sandwich avaient reçu à elles seules 2,500,000 francs, l'Amérique du Sud 4 millions, l'Angleterre 1,500,000 francs, et que la France elle-même, si lente à profiter des découvertes lointaines, possédait 20,000 francs d'or nouveau. On écrivait au gouvernement français qu'il pouvait faire des bénéfices certains et considérables par la seule différence du change en envoyant des pièces d'argent; en 1851, l'argent obtenait encore une prime de 20 pour 100 ; et, si le gouvernement ne profita pas de l'avis, des particuliers •furent plus habiles • en mai 1851, le bâtiment la Perrière débarquait à San-Francisco une cargaison de pièces de 5 francs expédiées par la maison Rothschild.
La France ne reçut pourtant directement qu'une très-petite portion dé l'or californien ; la Nouvelle-Orléans, New-York et Londres furent les grands entrepôts qui reçurent, dans la période de 1848 à 1856, près de 2 milliards. Voici, d'après les relevés de la douane, et en tenant compte d'un dixième en plus pour l'or non déclaré, les quantités sorties chaque année de Californie :
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En 1848 et 1849, — 12,834 kUog. valant 42,780,000 fr.
Total. . . 642,492 kilog. 2,141,040,000 fr.*.
Que donnèrent l'Amérique et TEurope en échange de ces 2 milliards? Des marchandises de toute espèce. Les produits du monde entier affluèrent comme les travailleurs, attirés par Tor. Les ports de Monterey et de San-Francisco, si calmeis avant 1848, s'animèrent comme par enchantement et eurent par an un mouvement de 3,000 et 4,000 navires à l'entrée et à la sortie. Des entrepôts s'élevèrent de toutes parts dans la ville et jusque sur les eaux. Des paquebots transportèrent régulièrement voyageurs et marchandises des bords de la mer dans l'intérieur des terres, à Sacramento, à Stockton, à Marysville.
Mais l'arrivage subit d'énormes quantités de marchandises produisit de singulières révolutions, dans les prix.
En 1848, tout était hors de prix ; nous avons vu que la livre de farine valait 5 francs, la bouteille de vin 43 francs ; le quintal de biscuits se vendait 250 francs, la livre de riz 8 francs. La viande seule était à bon marché, grâce aux nombreux troupeaux de la contrée; elle ne valait que 10 centimes la livre. Le commerce ne pouvait d'abord suffire aux demandes des consommateurs ; et pourtant, de tous les ports du Pacî-
' Ces chiffres sont ceux de la statistique anglaise. La statistique française en a donné, dans les Annales du commerce extérieur , d'autres qui diiïèrent sensiblement de ceux-ci pour la production relative des diverses années, mais qui conduisent h un total à peu près semblable. Le total de la statistique française, augmenté d'un dixième, donne 2,123 millions de francs.
fique, on s'empressait d'envoyer des navires ; car, outre les gains énormes dus aux prix de vente, on avait encore un double bénéfice sur Tor, que Ton comptait seulement à raison de 2 fr. 40 c. le gramme.
L'hiver arriva. Les travaux cessèrent, les communications avec les mines furent interrompues par le mauvais temps; leà prix baissèrent, pendant que l'or s'élevait à 2 fr. 50. Ce fut un premier échec pour les spéculateurs étrangers. Cependant la crise ne fut ni forte, ni longue, parce qu'il n'y avait pas encore encombrement sur la place ; les prix remontèrent au printemps, et dépassèrent ceux de l'année précédente. Le vin et l'eau-de-vie valurent de SO à 200 francs la bouteille ; la cassonade, le thé, le café, 50 francs le kilogramme, un plat de bois ou d'étain de 13 à 50 francs, un œuf de 5 à 15 francs.
Dans de pareilles conditions, il n'y avait plus de profit possible pour les mineurs; l'or qu'ils trouvaient suffisait à peine à leur nourriture de chaque jour; les veines étaient déjà moins abondantes, et il était plus rare de s'enrichir; un chômage de quelques jours, un travail infructueux sur un mauvais terrain faisaient perdre au travailleur le fruit de ses bonnes journées, et l'endettaient pour longtemps. Aussi beaucoup d'émigrants, surtout parmi les Chiliens, désertèrent-ils, ne rapportant danis leur patrie que de tristes souvenirs du pays où • ils avaient rêvé une fortune. ^
Le commerce eut aussi ses mauvais jours. L'hiver de 1849 lui fut plus funeste que n'avait été celui de 1848, parce que l'approvisionnement était plus considérable. Au moment où les relations avec les mines furent arrêtées par les pluies, les magasins étaient pleins, et chaque jour de nouveaux navires, partis depuis longtemps des ports d'Amérique et d'Europe continuaient d'arriver à San-Francisco. Il fallait mettre à terre la cargaison. Les frais de débarquement étaient énormes ; un bateau de vingt tonneaux était loué par jour, sans l'équipage, 800 francs, et ne pouvait faire qu'un voyage ; chaque homme