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Ainsi, comparativement à Tannée 1836, la baisse des pro« daits manufacturés était de 13 pour 100 en 1847, de 17 pour 100 en 1848, de 13 pour 100 en 1849, de 7.5 pour 100 en 1850, de 5 pour 100 en 185i, et de 2 pour 100 en 1852.
192 LA QUESTION DE l'OR. LiV. 111, CBkP, Y.
L'année 18â3 accuse une hausse de 1.5 pour 100. C'est qu'à cette époque l'affluence de l'or, s'ajoutant toutà coup à la quantité des métaux précieux, déplaçait le rapporlau détriment de l'industrie : M (métaux) augmentait beaucoup plus rapidement que T (trayail). Mais l'industrie triomphe l'année suivante, et il y a sur le prix de 1826 une baisse de 2.5 pour 100 ; en 1855, cette baisse est de 7.5, comme en 1850. Cependant les métaux l'emporteqt à leur tour ; et, sans que la production industrielle ait été sensiblement ralentie, la proportion change, et la valeur des marchandises augmente ; elle se trouve au pair avec la valeur en 1826, et en hausse de 14.94 pour 100 sur la valeur en 1847.
Nous pouvons donc dire que depuis dix ans le prix des produits manufacturés a augmenté de 14.94 pour 100.
Déjà, nous avons trouvé que le prix des produits naturels avait augmenté de 67.19 pour 100.
Si nous voulons avoir le rapport de l'argent avec la production en général, il faut joindre les produits naturels, les produits manufacturés et les matières premières.
Nous trouvons ainsi : .
En 1847, — 91.8. baisse de 8.2 pour 100 sur 1826
1848, — 96. . baisse de 7 — 1847
1849, — 91.2. hausse de 6 — 1848 1850;— 96.4. hausse de 5 — 1849
1851, — 95.8. baisse de 1 — 1850
1852, — 101. . hausse de 5 — 1851
1853, — 112.8. hausse de 11 — 1852 1854,-119.. hausse de 5 — 1853 1855,-118.6. baisse de 1 — 1854 1856, — 130. . hausse de 9 — 1855
La hausse de 1856 sur 1847 est de 41.61 pour 100, c'est-àdire que 141 fr« 61 c. ne pouvaient pas, en moyenne, acneter plus de marchandises en 1856 que n'en achetaient 100 francs en 1847, L'argent eu France avait donc perdu, en 1856,29
INFLUeKCE DB l'oB SOR Lfi PftU D£S MAECHAIIDISES. 193
poar 100, ou environ les 2/7 de sa valeur, dépréciation énorme dans un si court espace de temps, et à laquelle on aiiiait peine à croire, si elle n'était démontrée par des chiffres incontestables. Nous ne sommes pourtant qu'au début d'une révolution dont nous ne voyons pas encore le terme, et nous ne devons pas oublier, quelque inouïs que nous paraissent de tels changements, qu'au xvi' siècle la hausse des marchandises a été, en cent vingt ans, de 1300 pour iOO, et que les métaux précieux ont perdu les 11/12 de leur valeur. Nous ne sommes pas dans une pareille situation, et il est certain que l'activité industrielle et l'extension du commerce arrêteront la baisse bien en deçà d'une pareiQe limite.
Il y a, toutefois, une remarque importante à faire sur ce chiffre de 29 p. 100. Il est évident que, de quelque monnaie qu'on se serve, il fallait en 18S6, en France, à peu près sept pièces de 1 franc ou l'équivalent de sept pièces là où cinq pièces suffisaient il y a dix ans. Mais il faut démêler dans ce renchérissement général la multiplicité des causes, voir ce qui est permanent et ce qui est passager, et ne pas attribuer uni-* quement à l'or un changement dont il n'est pas seul coupable. S'il y a eu cherté, c'est que depuis quelques années la disette du blé a fait monter le prix de toutes les substances alimentaires au delà de la proportion naturelle; c'est que nous avons soutenu au loin une guerre coûteuse, pour laquelle le gouvernement a dû faire d'immenses approvision<> nements et produire la hausse par une demande considérable de produits; c'est enfin que l'industrie française, comme nous l'avons dit, a fait depuis quelques années de rapides progrès , et qu'en appelant un nombre de consommateurs plus grand qu'autrefois à prendre une part des jouissances de la vie, elle a créé parmi les acheteurs une concurrence qui devait infailliblement produire la hausse : singulier effet des progrès de l'industrie, qui provoquent à la fois la baisse en créant plus de produits, et la hausse en créant plus de con-
194 LA QUESTION Dfi L'oR. LIV. III, CHÂP. V.
sommateurs. La disette, la guerre, le développement de Tindustrie amenant une augmentation dans le nombre des consommateurs : trois causes qui ont contribué, aTecTavilissenient de For, à la cherté. De ces trois causes, deux sont passagères : la guerre a cessé depuis le traité du 30 mars 18S6, et la disette depuis la récolte de 18S7; Mais la troisième Ost permanente, et contribuera avec Tor à élever d^une manière définitive les prix de foutes choses: Quelle sera cette élévation, abstraclion faite des causes passagères? Nous avons pu fixer d'une manière certaine les chiffres de 67.49 pour les produits naturels, de 14.94 pour les produits manufacturés, et de 41.61 pour les marchandises en général, parce que, pour arriver à ces résultats, nous n'avions qu'à constater les prix réels du marché. Au delà, nous n'avançons plus qu'à travers des hypothèses. Cependant, il est un fait certain, c'est que les causes passagères ont dû, par leur nature même, agir beaucoup plus fortement sur les produits naturels que sur les produits manufacturés, et que 67.19 et 14.94 ne marquent pas le rapport véritable des deux ordres de pt*oduits dans les temps ordinaires.
On reste dans les limites les plus probables de la vérité en disant que la guerre et la disette ont augmenté le prix des produits naturels de 20 pour 100 en moyenne, et celui des produits manufacturés de 2 pour 100; que la spéculation, qui a porté si haut tous les prix, a dépassé la baisse des métaux, et l'a exagérée d'une manière factice d'environ 8 pour 100; que par conséquent il resté une hausse permanente
De 42.19 pour iW sur les produits naturels ; De 7.94 pour 1 00 sur les produits manufacturés ; D'environ 25 pour 100, en moyenne, sur toutes les marchan
dises en général.
Sur cette augmentation de 28 pour 100, 8 pour 100 à peu près sont dus au développement de l'industrie et à l'augmentation du nombre des consommateurs : il reste donc 20 pour
INFLUENCE DE l'OR SUR LB PRIX DES MARCHANDISES. 195
100 gui sont un effet de l'abondaDce des métaux précieux.
Quand les causes passagères auront cessé d'agir, il faudra encore 128 francs pour acheter ce qui coûtait 100 francs i! y a dix ans; autrement dit, il faudra une pièce de cinq francs pour se procurer la mftme quantité de marchandises qu'on avait auparavant pour quatre francs : Targent aura perdu 20 POUR 100, ou 1/5 DE SA valeur. Si on faisait abstraction de la cause permanente que nous désignons sous le nom de développement de l'industrie, on trouverait que Tabondance seule des métaux précieux a produit une baisse de 16.67 pour 100 sur leur valeur.
L'abondance de l'or et l'augmentation du nombre des consommateurs en seront-elles les seules causes? Non. Rappelonsnous la formule que nous avons donnée au chapitre n de ce livre. La valeur de la monnaie diminue, non seulement à mesure qu'augmente (M — R) C, c'est-à-dire la quantité des métaux en circulation, multipliée par la rapidité de cette circulation, mais encore à mesure qu'augmente Cr, c'est-à-dire le crédit sous toutes ses formes. Or, depuis quelques années, non-seulement M, la quantité des monnaies, a augmenté en France de 37 pour 100, mais R, la réserve ou thésaurisatioij, a diminué, C a beaucoup augmenté par la facilité des communications et par les habitudes nouvelles du commerce, Cr a peutêtre doublé ; par conséquent tous les éléments du dénominateur ont augmenté à la fois dans une très-forte proportion ; il n'est pas étonnant que, malgré l'augmentation très-grande des quantités T et C, c'est-à-dire du travail et de la circulation des marchandises, le rapport ait changé, et que, même en faisant abstraction des causes accidentelles, on trouve une baisse de 20 pour 100 sur la valeur des métaux précieux.
Dans tous les calculs que nous avons faits jusqu'ici, nous ne nous sommes servi que des prix ^u marché, des prix en gros, les seuls qui obéissent régulièrement à la loi de l'offre et de la demande, et qui puissent servir de base solide à un pareil tra-
196 LÀ QUESTION DE l'oR. LIV. tll, CBAP. V.
vail. Cependant les prix de gros sont ceux du marchand et non ceux du consommateur. Le consommateur achète au prix de détail, qui souvent est bien différent du prix de gros. Le prix de détail a pour fondement le prix de gros, mais il s'en éloigne plus ou moins» selon la concurrence, selon le quartier qu'habite le vendeur et la réputation dont il jouit, ou même selon la fortune de Facheteur et son habileté à marchander. Il a une grande influence sur la condition des personnes, puisque tout le monde le subit, depuis Touvrierqui se procure au jour le jour tout ce dont il a besoin et qui paye cher, jusqu'au négociant qui achète au prix de gros pour son commerce et au prix de détail pour ses dépenses particulières. Il faut donc en tenir compte, et, sans chercher à fixer à cet égard une moyenne introuvable, on peut dire qu'en général la hausse a été plus grande encore sur les prix de détail que sur les prix de gros.
La hausse, avons-nous déjà dit, est contagieuse. Le détaillant entend dire de toutes parts que tout renchérit, et il voit en effet hausser les prix du marché. Il s'empresse de hausser les siens, afin d'être un des premiers à profiter de la différence en vendant plus cher les marchandises qu'il a achetées à bon marché, et qu'il avait encore en magasin. Il s'excuse auprès de ses pratiques sur la cherté générale, et se plaint de ne rien gagner. Le marchand, son voisin, en fait autant, et bientôt la hausse s'établit sur la plupart des articles,* et même sur ceux dont le prix n'a été nullement affecté sur le marché en gros. Il y a quelque temps, je voyais, dans le passage .du Commerce, un homme marchander une souricière, et se plaindre qu'on voulût la lui vendre trop cher, a Âh ! Monsieui;^ répliqua la marchande, la marchandise a tant renchéri I »
Le renchérissement commence par les denrées alimentaires qui, dans le détail, suivent assez exactement les prix du gros. Des denrées alimentaires, il passe rapidement aux divers produits simples qui se cotent à la Bourse. Les marchandises qui exigent beaucoup de main-d'œuvre ne sont atteintes que plus
INFLUENCE DE L'OR SUR LE PRL\ DES MARCHANDISES. l97
tard, et celles sur lesquelles le vendeur réalise d'ordinaire de grands bénéfices sont les dernières à se mettre au niveau de la hausse. Si l'épicier peut augmenter le prix de son sucre, parce que le prix du gros a augmenté de 28 pour 100, le parfumeur ne peutpas augmenter sa pommade, ni le pharmacien son extrait de Saturne, bien qu'il y ait sur la graisse et le plomb une hausse de 20 et de 29 pour 100. Ils ne le feront qu'après que l'élévation des prix sera devenue un fait général et accepté du public. Jusque-là, leurs profits seront quelque peu diminués; mais la plupart trouveront une compensation dans le chiffre de leurs affaires qui grossira à mesure que se développera l'industrie : on exporte aujourd'hui deux fois autant de parfumerie qu'on en exportait il y a dix ans.
Cette exagération de la hausse dans le commerce de détail n'est que passagère; la concurrence ramènera, et déjà la crise a commencé à ramener chaque chose à son véritable niveau; mais, en attendant, le consommateur en souffre, et l'on reste assurément beaucoup plus tôt en deçà qu'au delà de la vérité, en disant que pour lui l'argent a perdu 20 pour 100 ou 1/5 de sa valeur.