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LA QUESTION DE L*OR. LIV. I, CHAP. I

' Eq dUendant» les salaires, comme les marchandises, seront à des prix plus élevés en Californie que dans le reste de TAmérique. Ils ont subi les mômes variations. C'étaient d'abord, nous Favons vu, des profits fabuleux. La concurrence du travail produite par rémigration les a fait promptement baisser. Dans les premiers temps, il n'y avait pas, ou du moins il y avait très- peu de salariés aux mines; chacun voulait tenter la fortune pour son propre compte. On trouvait alors en moyenne, par jour, de 90 à 128 grammes d*or, c'est-à-dire de 180 à 378 francs. En 1849, le gain n'était plus que de 120 à 160 francs; cependant, quand on avait besoin d'un charpentier pour construire une cabane ou pour établir une pompe, il fallait encore le payer de 100 à 180 francs. A la ville, les salaires étaient bien moindres : on avait un ouvrier pour 100 francs et même pour 60, un manœuvre pour 28 et 80 francs; les domestiques étaient payés de 800 à 1,000 francs par mois.

' En 1880 et en 1881, la diminution était déjà très-sensible. Les journées de 60 francs étaient devenues rares. Un mineur, travaillant pour son compte, ne gagnait guère plus de 30 à 38 francs en moyenne ; le journalier se faisait payer 40 francs, et en dépensait environ 18 pour sa nourriture. Il est à remarquer que le travail du mineur indépendant a toujours été le moins rémunéré. Ce n'est pas un fait qui doive étonner : l'homme à qui l'on n'offrait pas un salaire plus élevé que la moyenne des profits préférait conserver sa liberté, avec l'espérance de rencontrer quelque pépite ou quelque riche dépôt.

En 1882 et en 1883, les journées du mineur n'étaient plus que de 28 francs, et on commençait à trouver dans \esplacers des gens qui s'engagaient au mois pour 800 francs. On ne donnait à un valet de ferme que 280 francs, mais on le nourrissait. Un charpentier gagnait encore 82 francs, un chapelier 37 francs par jour.

En 1884, on trouvait des ouvriers au mois depuis 400 francs jusqu'à 280 ; la journée se payait 20 francs, la nuit 28 ; un

mineur travaillant pour son compte ne gagnait pas en moyenne plus de 10 h 15 francs par jour.

La baisse continua en 1855 et en 1866. A cette dernière date, la journée du terrassier n'était plus que de 1 à 1 8 francs, et le gain d'un mineur libre de 7 à 10 francs, en moyenne; sur le nombre, il y en avait quelques-uns qui faisaient parfois des journées de 100 francs, tandis que beaucoup d'autres ne gagnaient absolument rien, a II y a des camps, écrivait en 1856 un Français, où la moyenne de ce que fait le mineur ne s'élève pas à 3 francs 75 centimes. » Mais un maçon, un briquetier gagnaient encore 30 francs, un fondeur et un mécanicien, de 15 à 35 francs; l'employé d'une maison de commerce, de 100 à 175 francs par mois, un cuisinier, de 300 à 800 francs.

Malgré l'énorme diminution qui a eu lieu depuis 1848, les salaires de la Californie sont encore bien supérieurs à ceux de l'Amérique et de l'Europe. C'est, nous l'avons déjà vu, parce que l'or en Californie est encore comparativement plus abondant et moins cher qu'ailleurs. Déjà, cependant, celui qui l'exploite n'a plus que de minces profits, et il portera bientôt ses bras vers un travail plus lucratif. Ce n'est pas à dire que la production cessera ; mais elle se transformera : au travail individuel et aux petites associations, se substitueront partout les grandes compagnies, et une exploitation méthodique classera les mines au nombre des industries régulières du pays. Le génie américain saura trouver des machines plus fortes que celles qui ont été employées ; et, après que le sol aura été retourné dans tous les sens, il attaquera de toutes parts la roche. C*est de ce côté qu'est l'avenir , et pendant longtemps encore la Californie trouvera probablement dans ses mines une source abondante de richesses.

Déjà elle leur doit sa prospérité actuelle. Il y a dix ans, c'était un désert; aujourd'hui, c'est une contrée qui compte 500,000 habitants, qui a de grandes villes industrielles, des ports fré-

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qaentés par des milliers de navires, de grands fleuves sillonnés par des paquebots, de riches vallées dont le sol, fouillé et bouleversé d'abord par la pioche du mineur, est aujourd'hui retourné par la charrue et se couvre de moissons. Beaucoup d'émigrants, qui étaient venus pour travailler quelques années aux mines, se sont faits industriels et cultivateurs, et se sont fixés avec leur famille dans cette patrie, qu'ils enrichissent de leur travail. L'élan est donné ; le courant de l'émigration continue, et de nouveaux habitants, attirés parle commerce, viennent peupler cette vaste contrée.

Qu'est-ce qui constitue la richesse d'un pays? C'est la production. Or, la Californie produisait à peine avant 1848 de quoi subvenir aux besoins de 15,000 habitants chétifs et misérables; aujourd'hui elle produit de quoi nourrir 800,000 personnes, et la condition qu'elle leur fait est assez heureuse pour attirer encore chaque année de nouveaux émigrants.

La Californie s'est donc enrichie, et enrichie grâce h l'or : c'est un fait qu'on ne saurait nier. Si elle avait continué à ne produire que du blé ou de la laina, il aurait peut-être fallu plus d'un siècle pour la civiliser, pour y créer ou y attirer des capitaux. La découverte d'une richesse soudaine, facile à exploiter, telle que celle d'une mine d'or, de cuivre, de mercure, pouvait seule changer tout à coup la face du pays, et l'élever à une hauteur de civilisation d'où il ne descendra plus. L'or a donc été un bienfait réel pour la contrée qui Ta produit : c'est incontestable. A-t-il été également un bienfait pour les contrées qui l'ont reçu? Peut-être. Mais c'est là une question toute différente et beaucoup plus complexe, que nous examinerons dans la troisième partie de ce travail.

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