‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 92 sur 148 · MONTANT · texte numérisé non relu

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L'augmentation est considérable. Le chiffre de 1847 en donnerait sans doute une idée exagérée, puisqu'à cette époque il y avait les billets des banques départementales qui circulaient dans neuf départements en concurrence avec ceux de la Banque de France. Mais on peut prendre le chiffre de 1848 et de 1849 et dire que l'augmentation est de plus de 42 pour O/o ; depuis cette époque, la Banque, il est vrai, a étendu par ses succursales son influence dans plusieurs départements ; mais elle ne l'a fait que parce que les besoins nouveaux du commerce lui permettaient de donner avec avantage cette extension à son crédit.

2ZA LA QUESTION DE L'OH. LIV. III, CHAP. Yll.

Od voit qu'elle a dépassé de beaucoup la baisse des métaux, et que ce surcroît de monnaie de papier et d'opérations de crédit n'a pas servi seulement à combler le vide, mais à fournir un nouvel aliment à l'activité croissante de l'industrie et du commerce. Dans le cours des dixannées précédentes, l'augmentation n'avait été que de 20 p. O/o sur la circulation des billets. Les escomptes de la Banque de France ne représentent qu'une partie du mouvement du crédit en France. Bien des effets de commerce circulent et arrivent à leur échéance sans avoir passé par son portefeuille. Le Comptoir d'escompte, qui n'existait pas avant 1848, a escompté à lui seul pendant l'exercice 1885<^56, 736,380 effets représentant 649,822,782 francs. On peut dire, sans avoir les éléments nécessaires pour fixer un chiffre, nonseulement que la masse du papier de crédit en circulation est beaucoup plus grande que ne l'indiquent les comptes de la Banque, mais même que l'accroissement a été beaucoup plus rapide qu'ils ne le font supposer. L'affluence de l'or est donc plutôt favorable que défavorable aux banques et aux institutions de crédit. En amoindrissant la valeur de la monnaie et en stimulant l'industrie, elle augmente d'une part la somme des billets en circulation, et d'autre part l'escompte des effets de commerce et toutes les opérations lucratives. Nous en avons sous les yeux des preuves incontestables : le dividende de la Banque de France, qui ne dépassait pas 150 francs avant 1848, était »de 272 fr. en 1856; celui du Comptoir d'escompte s'était élevé durant les trois derniers exercices de 36 à 42 , puis à 47 francs.

L'affluence de l'or a pourtant créé quelques difficultés à la Banque de France.

La première est due à l'excès de la spéculation. L'industrie lancée dans la voie du progrès a voulu marcher sans attendre la formation du capital qui devait la soutenir. On a abusé du crédit, et la Banque, pour ne pas être débordée, a été obligée d'élever le taux de l'escompte et de rapprocher les échéances.

INFLUENCE DE l'OR SDR LE GOUVERNEMENT. 2S5

La seconde est due en grande partie à la nature de Tindustrie agricole en France. Le crédit, malgré Teitension qu'il a prise, n'a jusqu'ici pénétré que d'une manière très-imparfaite dans les campagnes. Les ventes et les achats ne s'y font d'ordinaire qu'en espèces sonnantes ; et, comme le prix des den^ rées naturelles avait augmenté de 67.19 p. O/q, il a fallu, pour les échanger, une quantité beaucoup plus grande d'or et d'argent. C'est un fait qu'a signalé avec raison dans son rapport de 1886 M. Darblay, un des hommes les plus capables de juger ces questions : et Tout commerçant, dit-il, sait, par expérience, que chaque fois que les denrées qui font l'objet de son commerce augmentent de prix, il est forcément obligé d'augmenter dans la même proportion son fonds de roulement ; c'est là une conséquence inévitable de la cherté qui s'applique au pays tout entier aussi bien qu'à chaque particulier. Or, depuis quatre ans, les choses les plus nécessaires à la vie, les céréales surtout, qui se soldent presque toujours en numéraire dans nos départements éloignés, se sont maintenues constamment à des prix presque doubles de l'ordinaire. Il a donc fallu que dans la circulation le capital, déjà énorme, appliqué habituellement à ce commerce, fût presque doublé : c'est de là évidemment qu'est résulté, bien plus que de toute autre cause, In pénurie d'espèces métalliques qui se fait sentir depuis quelque temps dans nos caisses. » C'est une conséquence de Taffluence de l'or que nous avons déjà indiquée au chapitre v du livre II, et nous avons vu que la Banque, le grand réservoir des espèces métalliques, a dû payer, pour fournir des métaux aux campagnes, 10,170,400 francs de prime en dix-huit mois.

Les mauvaises récoltes ont toujours eu pour effet de faire sortir une grande quantité de numéraire des coffres d'une banque. Celle de 1846, entre autres, épuisa la réserve et causa les mêmes embarras que celle de 1853, 1854, 1855 et 1856 : l'encaisse baissa de 252 à 80 millions. A cette époque on n'était pas d'accord sur les causes de cette rareté subite du nu-

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méraire. Les uns l'attribuaient, très-faussement, à une dîminu- |ion dans la production des mines, les autres, avec plus de raison, à rinfluence de la récolte. <c Quoi qu'il en soit de ces deux conjectures, disait M. d^Argout, Faccroissement des besoins d'argent et leur multiplicité est un fait certain qui n'est contesté par personne. »

Ce besoin d'argent est devenu moins grand depuis la récolte abondante de 1887, et surtout depuis la stagnation produite par la crise. Mais je ne crois pas que la difficulté ait entièrement disparu, parce que la cherté ne provient pas seulement de la cause accidentelle des mauvaises récoltes, mais de la cause permanente de l'amoindrissement de la valeur de l'or : après le retour des années fécondes, il faudra encore un supplément d'argent proportionné à la hausse des prix causée par l'affluence de l'or, et par le progrès de la consommation. Le remède à ce mal n'est pas seulement dans les bonnes récoltes ; il est aussi dans te développement du crédit. Que les campagnes apprenneqt à se servir des billets, et elles ne soutireront plus l'or de la Banque. Déjà depuis quelques années, principalement depuis la création des billets de cent francs et l'établissement des succursales, elles ont fait de grands progrès sous ce rapport. Elles en feront encore; mais il faut du temps pour former l'éducation commerciale des paysans.

Les besoins de la circulation sur les marchés des campagnes forment assurément la demande la plus considérable d'argent à la Banque. Cependant l'écoulement des métaux a encore une autre cause qu'on ne doit pas passer $ous silence et dont nous nous occuperons bientôt : je veux parler delà spéculation qui s'exerce en France sur l'argent et qui l'exporte en Angleterre ou en Hollande pour profiter de la prime dont il jouit.

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