DE LA GRISE GOMMERCIALET
Les causes des crises commerciales sont connues *. L'homme a le désir de s'enrichir et le besoin d'exercer son activité ; il cherche toujours à produire, et la production n'a d'autres limites que celles que lui imposent les capitaux et la consommation. Sans capitaux, la source même du travail est tarie, et le travailleur est impuissant à produire; sans consommation, le travail est arrêté en quelque sorte à son embouchure et les canaux trop pleins ne tardent pas à déborder. Mais l'homme actif, au moment où il forme une entreprise, ne sait pas encore au juste quelle sera la consommation ; il s'en inquiète peu, et on doit se féliciter de cette audace ; car, sans cette initiative de la production, il n'y aurait ni activité, ni progrès industriel, ni bon marché : c'est l'abondance de la production qui souvent détermine l'abondance de la consommation. Il ne sait pas même s'il aura les capitaux nécessaires pour poursuivre son œuvre ; il engage aujourd'hui tous ceux qu'il peut se procurer; sait-il si demain il pourra les dégager par une vente avantageuse ou en trouver d'autres à emprunter? D'ailleurs c'est
^ La marche générale des crises commerciales a été très-bien eiposée par M, Clément Jaglar dans le Journal det Économùtet (avril et mai i857|«
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d'ordinaire avec le crédit qu'il s'établit et qu'il se soutient. Or, le crédit est une avance de services hypothéquée sur l'avenir ; l'emprunteur reçoit sous une forme quelconque un certain capital qu'il engage et qu'il promet de dégager et de rendre à une époque convenue. Cette époque arrivée, le capital sera-t-il réellement dégagé et disponible? c'est ce qu'on espère toujours, *mais aussi ce qu'on ignore au moment où l'on forme Tentreprise. Production, capital, consommation, trois choses qui dans toute société sont étroitement unies et s'accroissent ou diminuent ensemble, mais qui pourtant ne marchent pas tellement de front que l'une d'elles ne devance parfois les autres et ne s'écarte imprudemment de ses compagnes.
Par un effet naturel de l'activité humaine, c'est la production qui tend d'ordinaire à devancer le capital et la consommation. Dans les temps de calme commercial, lorsque les capitaux sont à bon marché, et que la production suffit à peine aux besoins du consommateur, on trouve de grands bénéfices à produire, et tout le monde se met à produire ou à acheter pour revendre. Les prix des marchandises s'élèvent; c'est un nouveau stimulant pour l'industrie qui en recueille les bénéfices, et le mouvement s'accélère. Tous les capitaux sont sollicités à se jeter dans l'industrie ou dans les grandes sociétés : c'est le moment où s'élèvent les usines, où se construisent les chemins de fer, où se créent les compagnies de toute espèce. Le nombre des spéculateurs à la hausse augmente : on spécule sur les actions, on spécule sur les marchandises. Tel en achète, parce . qu'il prévoit qu'un mois plus tard il les vendra plus cher : il n'a pas l'argent pour payer, mais il espère l'avoir quand il aura vendu ; il l'a en effet un mois après, et il a de plus le bénéfice à l'aide duquel il s'enrichit promptement en renouvelant sans cesse la même opération. Mille spéculateurs, et bientôt dix mille, cent mille font comme lui. Mais il arrive un moment où les ressorts trop tendus se briàent. Lorsque tous les capitaux sont engagés, il faut du temps pour les dégager ou pour en
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former d'autres. La spéculation ne peut attendre ; une fois lancée dans la voie de la hausse sur la pente du crédit, elle ne peut plus s'arrêter; car la continuation seule du crédit et de la hausse lui permet de faire face à ses engagements antérieurs. Il n'en est pas de même de la consommation. Elle subit quelque temps la hausse sans murmurer; mais, quand cette dernière devient trop tyrannique, elle proteste, à la manière des faibles, par sa résistance passive. Quand toutes les marchandises sont très-chères, ceux qui n'ont pas l'intention de spéculer achètent moins ; on se procure au jour le jour ce qui est indispensable; mais on ne fait pas de provisions, et l'on remet à un autre temps tous les achats qu'il est possible de remettre. Alors le divorce se fait entre la production et la consommation, et le moindre accident le fait éclater. Il faut nécessairement que la baisse se produise, mais elle ne se produit pas sans des déchirements et des souffrances : c'est là justement la crise.
Les spéculateurs à la hausse résistent quelque temps en continuant à acheter et en refusant de vendre, pour maintenir les cours ; ils emploient toutes les forces que peut leur prêter le crédit. On voit alors le portefeuille des banques se gonfler et la circulation des billets et des effets de toute espèce devenir plus active. Mais enfin il faut céder devant l'inertie de la consommation, et la résistance ne sert qu'à aggraver les pertes. La déroute devient bientôt générale ; les spéculateurs, succombant à la baisse, s'empressent de vendre afin de ne pas tout perdre, et par là même ils augmentent la baisse. Pour faire face à leurs engagements, ils demandent de l'argent à tout prix; mais les capitaux sont engagés et il faut se les disputer; les banques sont assiégées, les billets de banque demandés partout; le numéraire, qui ne représente toujours qu'une très-petite partie du capital circulant, et dont aurait besoin partout à la fois dans de pareils moments, devient toujours insuffisant, quelque abondant qu'il soit : c'est pourquoi on donne à ces crises le nom de crises monétaires aussi bien que celui de crises corn-