DE LÀ CRISE COMMERCIALE
M. d'Argout, gouverneur de la Banque, au sujet de la crise de 1837 : on n'écrirait pas autrement Thistoire de celle de 1887.
a La marche de nos manufactures, disait-il, avait été si rapide qu'elle devait nécessairement subir un temps d'arrêt. Quelques exportations de numéraire dont on a exagéré l'importance et qui maintenant se sont sensiblement réduites, excitaient un certain ombrage, lorsqu'une crise assez grave est survenue aux Etats-Unis. La pénurie du numéraire y avait fait monter l'intérêt de l'argent à un taux exorbitant. C'est à Londres que se fit d'abord ressentir le contre-coup de cette crise. La Banque d'Angleterre, malgré la puissance de ses moyens d'action et son habileté si connue, se vit obligée d'élever le taux de ses escomptes de 4 à 4 1/2 p. O/o et plus tard à 5. La Banque d'Amsterdam imita cet exemple ; la France ne pouvait se soustraire entièrement à l'influence de ces événements, car le commerce du monde entier est plus ou moins solidaire... L'argent devint rare , des demandes d'espèces furent adressées à Paris de divers points de la France et de quelques pays voisins. La réserve delà Banque pouvait seule en fournir... y>
C'est ce qui est arrivé en 1857. Après les trois années de langueur qui suivirent la révolution, le commerce, sollicité par l'abondance de l'or et rassuré contre les agitations politiques, s'est laissé emporter par l'ardeur de la spéculation. Rarement on avait vu sur le marché français une aussi grande activité ; dès l'année 1852, une foule d'entreprises nouvelles se cotent à la Bourse ; les capitaux, à peine formés, sent absorbés ; la guerre, les travaux publics, les emprunts, la disette elle-même, tout y contribue. On spécule à la hausse, et les cours s'élèvent. Cemouvement a été général ; les pays, tels que l'Allemagne et les Etats-Unis, qui n'ont pas eu comme la France à payer la guerre et à subir la disette, ont été entraînés comme elle. L'abondance de l'or, nous l'avons démontré, n'est pas étrangère à ce grand mouvement, qui s'est communiqué partout où les métaux se sont répandus.
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Cependant le marché, surchargé de litres de crédit , avait paru plusieurs fois sur le point de s'affaisser. Le gouvernement avait voulu contenir la spéculation sans y parvenir. Dans le cours de Tannée 1856 les transactions étaient difficiles à la Bourse ; les cours languissaient, cependant les marchandises en général restaient fermes et se maintenaient en hausse. Le même embarras s'était fait sentir en 1857.
Au mois d'août, la récolte est bonne, et une baisse inévitable, excellente sous tous les rapports, se produit sur les céréales. Mais, déjà la déroute commence dans les rangs des spéculateurs à la hausse. Sur ces entrefaites, la crise éclate avec via lence aux États-Unis; tout crédit disparaît; les faillites se multiplient, les banques ne remboursent plusieurs billets. Des États- Unis, la crise se communique en Angleterre, à Hambourg, en France. Le mal gagne tous les marchés importants, et la défiance est générale. Une baisse se produit sur toutes les marchandises, 20 p. O/o sur les cuivres, 10 p. O/o sur les laines, 20 p. O/o sur les cotons. Pendant les mois de novembre et de décembre, les meilleures maisons d'exportation de Paris estiment à 50, et plusieurs même à 75 p. O/q la diminution de leurs affaires. Ce n'est pas que les commissionnaires aient manqué de débouchés; des ordres d'acheter leur étaient adressés de tous côtés, mais ils n'osaient les exécuter. Les affaires se faisaient argent comptant, et l'argent était rare parce que tout le monde avait besoin du sien. Durant le dernier trimestre de 1857, les droits de douane à l'importation sur les marchandises diverses produisent 4,600,000 francs de moins que dans le trimestre correspondant de 1856. Au mois de novembre, l'encaisse est tombée à Paris de 120 millions à 73, dans les succursales de 128 à 115. Cependant la liquidation se fait sans secousse violente et sans faillite ; pendant que les États-Unis sont bouleversés, que l'Angleterre et Hambourg sont si violemment agités, la France résiste, elle reste ferme.
Pourquoi cette différence? C'est d'abord parce que la France