LE BIEN ET LE MAL
Rassemblons les divers résultats auxquels nous sommes parvenus et voyons le lien de tous ces effets produits par une même cause.
En France, le monnayage actuel est depuis 1848 trois fois plus considérable qu'il n'était sous le gouvernement de Juillet. On avait frappé, de 1795 à 1848, 5,176 millions ; on a frappé depuis 1848 jusqu eu 1857, 2,890 millions, c'est-à-dire qu'on a augmenté la somme des pièces frappées à l'effigie de la France dans la proportion de 100 à 155.
Le pays possédait sous diverses formes 3,500 millions de métaux précie.ux ; il en avait reçu, de 1848 à 1857, 4,111, c'està-dire qu'il avait passé dans la circulation le double de ce que possédait auparavant le pays. Mais il n'en était resté que 1,300 millions, et en réalité le capital métallique de la France avait augmenté seulement dans la proportion de 100 à 137. L'année 1857 a ajouté à l'importation 665 millions et au capital métallique 86 millions. Le mouvement n'est pas arrêté; la crise semblerait même l'avoir fortement accéléré. Le premier trimestre de 1858, dont les résultats viennent d'être publiés au moment où ces pages étaient sous presse, nous apprend que l'Angleterre, le grand entrepôt des métaux précieux, a im-
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porté, da premier janvier au 31 mars, 195,288,325 francs d'or, et 60,994,000 fr. d'argent, total 256,282,325 fr., et qu'elle a exporté 63,776,525 fr. d'or et 68,851,525 fr. d'argent, total 132,628,050 fr. ; ses importations dépassent ses exportations de 123,654,275 francs. La douane française accuse, durant la même période, à l'importation 47»578,036 fr. d'argent et 178,710,840 fr. d'or, total 226,288,876 fr., et à l'exportation 24,148,696 fr. d'argent et 5,241,390 fr. d'or, total 29,390,086 fr. Ces derniers chiffres ne sont pas tout à fait d'accord avec ceux de la douane anglaise, qui pense avoir reçu de France 23 millions d'argent et 8 millions d'or. Il resterait h chercher la cause de cette différence. Mais il ne ressort pas moins de ces chiffres que les métaux continuent plus que jamais à affluer en Europe, et le capital métallique de la France, en particulier, à s'accroître, puisque l'excédant des importation durant le trimestre est environ de 197 millions, d'après la douane française, et que la masse des métaux existant dans notre pays se trouverait ainsi portée à 5,083 millions au commencement d'avril 1858; d'après ce calcul l'augmentation serait de 45 pour O/q.
Par suite de cette affluence de métaux et par suite de diverses autres causes telles que la guerre, la disette, le progrès de l'industrie, l'extension du crédit, l'accroissement du nombre des consommateurs, l'argent avait perdu, en 1856, 29 pour O/o de sa valeur.
Le prix du blé (comparé au prix de 1848) avait doublé.
Le prix des produits naturels (comparé au prix de 1847] avait augmenté de 67.19 pour O/q.
Le prix des produits manufacturés (comparé au prix de 1847) avait augmenté de 14.94 pour O/q.
Le prix moyen de toutes les marchandises réunies avait augmenté de 41 .61 pour O/q.
Mais nous étions, en 1856, à la veille d'une crise commerciale. La spéculation avait exagéré la valeur de toutes choses,