IJ
Luxembourgeois
Tunisiens Marocains .
Autrichiens .
Hollandais .
Américains .
3il
Hongrois. . ,
Turcs. . . .
Divers
Ceux du 1er régiment sont empruntés à un r.rticle de M. Stéphane Lauzanne, qui venait
de se renseigner sur place, à Bel-Abbès (Matin du 2 octobre 1913) ; et ceux du 2e régiment sont pris dans l'ouvrage de M. Poimiro, lequel les tenait du colonel Passard, commandant le régiment (1).
Ces chiffres appellent un commentaire. Ils signifient, en effet, que 4.749 hommes au moins sont certainement et réellement des Français : ce sont : 1° les gradés servant au titre français ; 2° les hommes qui, tout en établissant leur qualité de Français, se sont engagés au titre étranger ; et 3° des étrangers qui, engagés d'abord comme tels, ont obtenu leur naturalisation ; en moyenne, on accorde environ 140 naturalisations par an dans chaque régiment ; et sur l'ensemble des deux régiments,
(i) Rappelons à ce propos que la Légion étrangère est, en réalité, une brigade commandée par un général. Elle se compose, en effet, de deux régiments divisés chacun en 6 bataillons à 4 compagnies, plus deux compagnies de dépôt (une de recrues et une de convalescents) ; il existe en outre un bataillon de marche : au total, l'effectif de plus de trois régiments ordinaires. Actuellement, 5 bataillons «ont au Maroc, 3 en Indochine, le reste en Algérie.
il y a en permanence environ 300 naturalisés originaires d'Alsace-Lorraine (1).
Mais, sur les 5.772 hommes qualifiés d'étrangers, il se trouve un nombre tout à fait inconnu de Français qui, ne pouvant ou ne voulant pas fournir de pièces d'identité, se sont donnés pour étrangers; ceux-là se fontgénéralement inscrire comme Belges, Luxembourgeois ou Suisses, c'est-à-dire d'un pays de langue française.
D'autre part, les engagés allemands se donnent souvent pour Alsaciens ou pour Autrichiens, dans l'espoir d'être mieux accueillis ; et de toute façon, les fils d'immigrés, nés en pays annexés, sont officiellement comptés comme Alsaciens-Lorrains. De sorte que, finalement, la statistique ci-dessus doit être interprétée de la manière suivante :
Sur 10.521 hommes, la Légion compte au moins 4.749 Français, et au plus 5.772 étran-
(i) Voir à ce sujet l'intéressant article de M. André Fribourg, Les Alsaciens- Lorrains et la Légion étranger e9 d&nsVOpinion du i5 novembre i()i3.
gers. Et, parmi ces derniers, on trouve au plus 704 Alsaciens-Lorrains non encore naturalisés, 775 Belges, 624 Suisses, etc., et au moins 1.855 Allemands.
Mais enfin, dans l'impossibilité où Ton est dé préciser absolument les chiffres, nous les admettrons comme bons, ou au moins comme suffisamment approchés. Et nous dirons donc que la Légion comptait, en 1913, 10.521 hommes, dont 704 Alsaciens-Lorrains et 1.855 Allemands, soit 2.559 ressortissants de l'Empire.
S'ils sont malheureux, c'est en nombreuse compagnie, puisque nous brutaliserions également 3.213 autres étrangers et, ce qui est plus étrange encore, au moins 4.749 Français Et si Ton songe que tout le bruit fait par la presse pangermaniste n'a trouvé aucun écho en Alsace-Lorraine, il ne reste plus, pour motiver tant d'alarmes, que 1.855 Allemands, formant environ un sixième de l'effectif total.
Sans doute, le nombre ne fait rien à l'affaire ;
et y eût-il. encore moins de victimes, on comprendrait que leurs compatriotes s'en montrassent émus. Mais encore — à supposer, toujours, que les faits allégués soient exacts— on est en droit de s'étonner de la disproportion existant entre la cause et ses effets, et de se demander si, de leur côté, les pangermanistes •ont là conscience bien nette.
Ils protestent violemment contre la situation faite à 1.855 de leurs compatriotes, — ou plutôt de leurs anciens compatriotes, car enfin ces hommes, en venant à la Légion, ont volontairement abandonné leur nationalité •d'origine. Mais ne compte-t-on pas, à l'intérieur de l'Empire, sur trois de ses frontières, plusieurs millions d'habitants qui n'ont nullement demandé à devenir Allemands, et qui se montrent médiocrement satisfaits de leur sort? Et que diraient nos voisins, si les peuples qui ont plus d'affinité qu'eux avec ces populations cédaient aux excitations de leurs nationalistes, et prétendaient transporter sur te terrain- international la question du régime
qu'elles subissent en vertu de la loi du plus fort ? D'une part, une poignée de « Prussiens libérés », suivant l'expression que s'appliquait à lui-même Henri Heine; de l'autre, des millions de Mussdeutsche, d' « Allemands par force » : quelle serait, pour des tiers impartiaux, la question la plus internationale?
Je n'insiste pas sur ce sujet délicat et qui, je le répète, réserve le point de savoir si les légionnaires sont réellement tant à plaindre ; j'ai voulu indiquer seulement que, s'il est toujours imprudent de s'immiscer dans les affaires du voisin, il existe des cas où il ne suffit même pas d'y regarder à deux fois.
Pour en finir avec cette question des effectifs, une précision est encore nécessaire, afin d'éviter des interprétations erronées et malveillantes.
On sait en effet que certains Allemands représentent la Légion comme le tombeau de leur race : d'après les écrits cités au chapi-
tre IV, 200.000 d'entre eux y auraient déjà péri, soit une moyenne de 2.400 par an. C'est notablement plus que la Légion n'a reçu d'hommes de toutes nationalités depuis sa création.
Il importe de ne pas confondre le nombre des engagés avec celui des départs de Marseille, mentionné à la page 123. Ce dernier, pour les trois années 1910, 1911 et 1912, dont on avait les résultats complets, s'élevait à 10.724, soit, en moyenne, 3.574 par an. Mais il comprend, outre les engagés partis de France, des rengagés, des hommes des cadres, et enfin des hommes rentrant de congé. Sur les deux premières catégories, un grand nombre d'hommes sont refusés à l'examen médical subi à l'arrivée en Afrique, qui est plus sévère que celui des bureaux de recrutement. Et par contre, beaucoup d'engagements sont contractés en Afrique même, et ne figurent donc pas dans la statistique au départ de Marseille.
Le nombre véritable des engagements, tel
qu'il a été fourni officiellement à M. Poimiro, a été de :
1.704 en 1907 2.595 en 1908 2.397 en 1909 2.118 en 1910 Total : 8.844, La moyenne pour ces quatre années est donc 2.203, comprenant environ 1.200 étrangers, sur lesquels environ 280 obtiennent, par la suite, leur naturalisation.
D'autre part, on vient de dire que l'effectif de la Légion, en 1913, peut être évalué à 10.521 hommes. Si l'on admettait ce nombre tel quel, on arriverait à une conclusion qui, sans justifier pleinement le pessimisme des anti-légionnaires allemands, révélerait un rendement bien insuffisant du nombre des hommes incorporés.
La proportion des rengagés, en effet, s'élève à 48 0/0 du total. Sur 10.521 hommes, elle donnerait donc, en nombre rond, 5.000 rengagés et 5.500 soldats de moins de cinq ans de
services. Et ces derniers étant répartis en cinq classes, on arriverait à une moyenne de 1.100 hommes présents, par année de recrutement Le déchet serait donc de 50 0/0.
Seulement, d'après les renseignements que je dois à un ancien officier de la Légion, l'effectif ci-dessus ne comprend que les hommes instruits, incorporés dans les unités actives* Il faudrait y ajouter, pour chaque régiment, la compagnie des recrues, dont l'effectif est très considérable et varie constamment, selon les arrivées mensuelles de France, les engagements contractés en Afrique et le degré de préparation antérieure des engagés; d'après cet officier, qui a commandé une de ces compagnies, son effectif s'est élevé une fois jusqu'à 1.400 hommes. En fait, le nombre total des légionnaires varie entre 13.000 et 14.000. Et, tout compte fait, autant qu'il est possible d'établir des moyennes en pareille matière, le déchet peut être compris, suivant les époques, entre 18 et 36 0,0.
Encore n'est-il pas imputable uniquement
à des décès et à des infirmités contractées au service. Il comprend également un nombre variable de désertions, de condamnations, et surtout de ces renvois par mesure disciplinaire dont il a été question au chapitre précédent, et que ne mentionne aucun auteur allemand.
Quant aux pertes proprement dites, causées par le feu et la maladie, il serait illusoire de chercher à en donner une moyenne, car elles varient naturellement dans des proportions considérables. On pense bien que ce n'est pas sans de douloureux sacrifices que la- Légion a mérité de voir inscrire sur ses drapeaux les noms de Sébastopol, Kabylie, Magenta, Camerone, Extrême-Orient, Dahomey, Madagascar, auxquels on pourrait ajouter ceux de la guerre franco-allemande, du Maroc, et de tant d'expéditions obscures et souvent fort meurtrières: en une courte campagne dans le Sud-Oranais, il est arrivé à une compagnie de perdre 60 hommes, dont deux officiers. Mais ce sont là des risques de guerre, tels qu'ils ne
s'en produit que dans des circonstances exceptionnelles, et auxquels il faut évidemment penser avant de contracter un engagement. Ils représentent ici la part que tout homme est bien obligé de faire au hasard, au moment de prendre une détermination quelconque; et cette part est certainement toujours considérable quand on prend du service dans une armée coloniale. Mais nous avons pleinement le droit de dire que, dans l'espèce, elle est réduite au minimum. En garnison, et même dans les postes les plus reculés, la vie à la* Légion, dont on verra plus loin tout le confort, ne comporte pas plus de souffrances ni de deuils que celle d'aucune autre troupe. Et c'est là l'essentiel.