POPULARITÉ DE LA LÉGION EN FRANCE
régiments seulement ont ainsi obtenu le droit de suspendre l'étoile de la Légion d'honneur à la hampe de leur drapeau.
Or, le 1er étranger est un de ces régiments. C'est dire que, dans l'esprit de tout Français, son nom évoque tout un trésor de gloire, toute une tradition de dévouement et de vaillance, qu'il est intolérable de voir chercher à ternir. Et si un Allemand veut bien ajouter à cette considération celle, également appréciée par tous les Français, et sur laquelle nous reviendrons plus loin, du service incomparable que la Légion rend à des malheureux auxquels elle offre un refuge et une occasion de relèvement, il comprendra quelle lourde faute ses compatriotes commettent en s'attaquant à elle.
PAMPHLETAIRES ET CONFERENCIERS
Il est difficile de parler sans passion des protagonistes de cette campagne ; et aussi bien, ne m'occuperai-je que le moins possible de leurs productions. Ces dernières présentent un tel ramassis de mensonges éhontés et d'injures grossières, qu'elles sembleraient devoir dépasser le but, et ne pouvoir toucher que des esprits naïfs, plus à plaindre qu'à blâmer. Il faut pourtant les mentionner en passant, puisque, par la vertu magique de la répétition, elles sont arrivées à émouvoir réellement une bonne partie du public : ce serait fermer les yeux à l'évidence que de contester qu'elles ont réussi à ébranler des esprits plus pondérés
que ceux des membres de la Ligue pangermaniste,dela Ligue militaire, âe la Ligue navale, ou de cette Ligue allemande de protection contre la Légion étrangère (Deutscher Schutzverband gegen die Fremdenlegion), qui s'est constituée à Munich sous la présidence du prince Hermann von Sayn-Wittgenstein, ou encore de son émule, YÀssociation pour combattre Vesclavage des Allemands dans la Légion étrangère (Verein zur Bekaempfung der Sklaverei Deutscher in der Fremdenlegion).
Parles soins de ces dernières associations, et aussi des industriels avisés qui, en tous pays, savent battre monnaie avec le scandale, non seulement l'Allemagne, mais tous les pays de langue allemande sont inondés d'articles, brochures et livres haineux, ainsi que de placards illustrés, destinés à annoncer ces publications et les conférences publiques par lesquelles on les commente. Un article de M. André Fribourg,paru dans YOpinion du 11 octobre 1913, en donne d'intéressants spécimens, que AI. Oc-
tave Mirbeau ne pourra manquer de collectionner pour la prochaine édition de son Jardin des supplices. On voit là des dessins représentant un légionnaire nu, fustigé avec une barre de fer ; un autre, également nu, et violemment frappé par un chef barbare ; un autre, toujours nu, suspendu à deux troncs d'arbre par les mains et les pieds, à un mètre au-dessus dune troupe de fauves dévorants. Je passe sur un autre qu'on fusille, et sur celui qu'on laisse mourir de faim et de froid dans la neige qui lui monte à mi-corps : au moins, ceux-là sont habillés, et ne témoignent pas du sadisme qui paraît jouer un si grand rôle dans l'imagination des auteurs de cette méprisable littérature.
Les textes, naturellement, sont à l'avenant. Il est entendu, une fois pour toutes, que la Légion étrangère est « la honte de ce siècle..» l'enfer sur terre », que, les Allemands ne peuvent y trouver que « le déshonneur, la torture de l'âme et du corps, la mort » ; que, s'ils s'en tirent, ils en reviennent brisés, blanchis avant
Tàge, perdus pour la joie et le travail; mais que « la plupart sont enfouis dans les sables du désert », et que « depuis que la Légion existe, 200.000 Allemands sont tombés, victimes de cette dévorante bête de proie » : deux cent mille, c'est-à-dire, depuis que la Légion existe, une moyenne de 2.400 par an !
Ces insanités sont soigneusement collectionnées dans les bibliothèques régimentaires de Bel-Abbès et de Saïda, où elles font la joie des légionnaires, allemands ou autres. Mais en Allemagne,elles sont certifiées et commentées, dans des réunions publiques organisées à grand orchestre, par des gaillards qui se présentent comme anciens légionnaires, souvent revêtus d'un uniforme plus ou moins authentique, et qui s'entendent à faire frémir leur auditoire.
Le nommé Hasselmann, de Cologne, qui s'est livré à des exhibitions de ce genre en août 1913, peut être donné comme un modèle du genre (1). Il a servi, prétend-il, pendant
(i) Voir Y Humanité du ier septembre 191 3 et l'article précité de Y Opinion,
sept ans à la Légion, et y a obtenu le grade de sergent-major. Pendant tout ce temps, norij seulement on ne lui a pas donné un seul morceau de viande, et il a dû se contenter de pain et de riz, mais il n'a dormi que quarante-trois fois sur une paillasse, — soit une fois tous les deux mois, et le reste du temps, à la belle étoile.
Si tel est le sort ordinaire des soldats, el même d'un sergent-major, on peut imaginer quelles épreuves subissent les hommes punis: le brave Hasselmann n'hésite pas à raconter que l'un d'eux a eu les oreilles, le nez et les doigts coupés ; après quoi, on l'aurait enterré jusqu'au cou, en le recouvrant d'une cloche en iil de fer remplie de rats, qui l'auraient dévoré vivant !
Cet homme à l'imagination si fertile n'esl malheureusement pas un isolé. On lui a déjà trouvé des imitateurs, ou, pour mieux dire.' des concurrents, car il semble que la qualité d' « ancien légionnaire » soit en passe de devenir une profession lucrative ; cela, bien en-
tendu, à la condition d'être exercée par de tristes victimes, péniblement échappées de notre enfer colonial. Les réunions où on les exhibe font assez penser à celles des salutistes, où l'assistance est toujours édifiée par l'autobiographie de quelque pécheur repenti.
L'un d'eux a même fourni au Matin l'occasion inattendue de défendre le kronprinz contre les affirmations compromettantes des pangermanistes ! Ce journal contenait, en effet, le 6 octobre, le télégramme suivant de Berlin :
Le Hamburger Fremdenblatt, une feuille très importante d'Allemagne, prenant texte d'une conférence faite par un certain Mertinat, lequel se dit ancien légionnaire, écrit que les révélations faites par cet individu sont tellement atroces qu'on aurait peine à les croire si l'authenticité de ses récits n'était pas garantie par certaines personnalités, notamment par le prince héritier d'Allemagne.
11 semble presque certain que le faux légionnaire, en se disant recommandé et protégé par le kronprinz, a dû mentir une fois de plus, le prince héritier d'Allemagne ne s'occupant pas d'affaires aussi délicates.
Un démenti ne saurait tarder d'être infligé à cette |j
nouvelle, que nous ne reproduisons que parce qu'elle
■ est donnée par le Hamburger Fremdenblatt , un des |
journaux, nous le répétons, les plus considérés en '
Allemagne.
Autre exemple. Dans les premiers jours I d'octobre 1913, je me trouvais à Nuremberg. Les vitrines des libraires y étaient garnies -de. ;: biographies d'un nommé Hans Kull, ancien légionnaire ou prétendu tel, et de placards illustrés annonçant des conférences qu'il devait faire. Le volume, pour 139 pages de texte serré avec 44 illustrations et 4 planches hors texte, ne coûte que 80 pfennigs, soit 1 franc, et porte l'indication « 410e mille » ; cela, assurément, ne suffit pas à faire croire que le I public en ait acheté pour 410.000 francs,' ni même que le tirage réel ait approché de ce chiffre fantastique ; mais, toute part faite à l'exagération, on reconnaît là quel formidable effort de propagande ont fait les éditeurs de ce libelle.
Le ramassis d'inepties qui constitue ce vo-
lume échappe à toute analyse. On y trouve des détails vraiment extraordinaires sur la vie intérieure d'un corps de troupe de notre armée. Par exemple, le soir même de son arrivée, le jeune légionnaire assiste à une scène qui lui fait « connaître la discipline qui règne ici ». Au moment où l'adjudant se présente dans la chambrée pour faire l'appel, les hommes l'assaillent et le rossent d'importance. Comme ils avaient pris soin de commencer par renverser les lampes, on ne peut reconnaître les coupables, et alors, « on appliqua un singulier procédé. On nous fit numéroter, et chaque septième homme fut traduit devant le conseil de guerre » !
Quant aux illustrations de l'ouvrage on y trouve, entre autres, celles qui ont été reproduites dans YOpinion. Il convient de noter à ce propos que le croquis où Ion voit un légionnaire nu, suspendu par les pieds et les mains au-dessus d'une troupe de fauves, ne représente pas, comme on a cru, un supplice prétendument en usage à la Légion : Hans Kull
ne manque pas d'aplomb, mais il ne va pourtant pas jusque-là. Mais ce dessin et le texte qu'il accompagne jettent un jour intéressant sur la véracité de Fauteur et sur la crédulité de son public. On y apprend, en effet, que notre homme a été fait prisonnier, à Madagascar, par des indigènes, qui l'ont ainsi exposé aux bêtes. Mais heureusement, il est doué d'une grande présence d'esprit, qui lui permit de se tirer d'affaire. D'abord, attaqué par de vulgaires moustiques, il dut se résigner à subir leurs piqûres. Mais quand arrivèrent des chacals et des hyènes, qui ne mangent que de la charogne, il poussa des hurlements qui les mirent en fuite. Ils sont remplacés par une panthère, animal qui ne touche pas aux cadavres ; aussitôt, notre vaillant ami de faire le mort, et la panthère, déçue, s'éloigne piteusement. Alors les hyènes et les chacals viennent à la rescousse, et il recommence à crier ! Dès qu'ils sont partis, survient un lion; mais heureusement, le roi du désert est rassasié, et se contente d'aller boire au ruisseau voisin. Enfin,
ie sont des vautours. Rien à faire, cette fois : e malheureux va succomber, quand arrivent des indigènes, qui s'écrient, stupéfaits : « Toi vivre encore, chien blanc! » On le délie, on 'emmène, il devient esclave d'un chef. La fille de ce dernier est enlevée par un lion. Le vaillant héros, bon tireur, la sauve en abattant la bête d'un coup de fusil. Devenu, à la suite de cet exploit, un grand personnage dans la tribu, il s'empare d'un cheval et parvient à s'enfuir. Au cours de sa route, il est encore attaqué par unej panthère, et la tue d'un seul coup de sabre, ce qui constitue encore une jolie prouesse sportive. Enfin, il rejoint la Légion, où l'on s'étonne, à bon droit, qu'il ait échappé à tant de dangers. Je demande pardon au lecteur de lui infliger le résumé de ces inventions pitoyables, dont l'auteur se^montre un digne descendant du baron de Mùnchhausen, l'émule allemand de notre baron de Crac. Mais elles remplissent vingt-deux pages in-octavo de texte serré, soit la sixième partie du volume; et il n'était pas
inutile de montrer à quels artifices frelatés s'est laissé prendre la sensibilité de tant de braves gens.
La couverture du livre de Hans Kull est ornée d'un croquis, le seul bien dessiné de toute la série, qui représente un légionnaire subissant le supplice de la crapaudine, sous la garde d'un tirailleur algérien ; et cette illustration est visiblement inspirée d'une autre, qui se trouve sur les placards annonçant les conférences, et dans laquelle j'ai reconnu un cliché qui circula en France vers 1900, à l'époque où furent révélées les abominables punitions corporelles alors en usage aux compagnies de discipline, et dont une poussée d'opinion publique sut avoir raison. L'auteur aurait tout aussi bien pu illustrer son texte au moyen de dessins représentant un des supplices du moyen âge : justement, une photographie de la « vierge de fer » que Ton voit au musée germanique de Nuremberg aurait fait l'ailaire.
/ ce propos, d'ailleurs, on notera que, soit ignorance, soit mauvaise foi, la plupart des tableaux par lesquels on s'efforce de déconsidérer la Légion se rapportant, non à elle, mais aux compagnies de discipline, ou du moins à ce que celles-ci étaient avant le décret du 2 janvier 1902, qui les réforma à la suite du mouvement rappelé plus haut.
Ce fait a été reconnu, en Allemagne, par bien des auteurs qui, tout en se montrant hostiles à la Légion, voudraient au moins qu'elle ne fût combattue que par des arguments valables. Tel est le cas d'un article de la Gazette de Coblence, reproduit dans la Gazette de Cologne du 1er janvier 1913, et cité par M. Heinrich Pohl. Et de même, M. F. von Papen, dans les Preussische Jahrbùcher (1912, tome CXLVIII), s'élève contre une littérature dont le fond est constitué par des lettres et déclarations de soi-disant légionnaires qui n'ont jamais servi à la Légion.
Ce n'est d'ailleurs pas seulement sur la Légion, c'est sur toute l'institution militaire française que l'on peut constater la complète ignorance de la plupart des auteurs qui collaborent à cette campagne.
Voici, par exemple, une brochure de propagande intitulée : « Ce qu'un Allemand doit savoir de la Légion étrangère française » (Was der Deutsche von der franzœsischen Fremdenlégion wissen muss), par M. von Witzleben. On y lit, à propos de l'abus des punitions :
C'est avec une préméditation rusée que, pour perdre un homme qu'on a pris en grippe, on profite de ce qu'il se trouve en état d'ivresse. S'il arrive au malheureux de rentrer ivre à la caserne, l'astucieux sous-officier le suit à la chambrée et lui donne un ordre quelconque. Que, sous l'influence du vin, l'homme ne pense pas au danger qui le menace* et réponde par une injure, le but est atteint. Même en exécutant l'ordre, il n'évitera pas une punition sévère ; mais qu'il en vienne au « relus d'obéissance », et c'est le conseil de guerre.
Quiconque a servi dans l'armée française
PAMPHLÉTAIRES ET CONFÉRENCIERS Basait que « l'ivresse ne peut, en aucun cas, être considérée comme circonstance atténuante » — cette inscription est portée, en caractères gras, sur les livrets des militaires, — et que, précisément pour éviter les peines excessives pouvant résulter de ce principe, le règlement sur le service intérieur prescrit à tout gradé qui rencontre un inférieur en état d'ivresse de s'écarter de lui, et de ne le faire appréhender que par des égaux en grade. Le sous-officier qui se livrerait à la vexation que M. de Witzleben signale comme courante, trouverait en face de lui, non des témoins du refus d'obéissance de l'homme, mais des témoins de son propre abus d'autorité, et ne pourrait pas échapper à une punition sévère.
Il serait fastidieux de reprendre une à une toutes les histoires dramatiques qui, depuis deux ou trois ans, ont fait le tour de la presse allemande, et où l'on voit de pauvres jeunes gens torturés, ou fusillés sans jugement, à
propos de peccadilles qui méritaient peut-être deux jours de consigne au quartier. Quand le tapage qu'elles soulevaient devenait trop fort, on a procédé à des enquêtes sérieuses, desquelles résultait, en règle générale, que la victime n'existait pas, ou bien qu'elle se portait à merveille et ne demandait rien à personne.
Je rappellerai seulement, dans cet ordre d'idées, la comique aventure de Paul Trœmel, le légendaire bourgmestre d'Usedom.
Dans les premiers mois de 1913, les journaux allemands entreprirent une de leurs belles campagnes d'ensemble, sur le cas de ce fonctionnaire honorable, marié et père de deux enfants, qu'on aurait entraîné à la Légion en abusant de sa faiblesse d'esprit (singulier compliment à faire à un bourgmestre royal prussien) ; la France était sommée, plutôt vivement, de le rendre à sa famille et à ses administrés. Trœmel fut aussitôt visité dans sa garnison par des journalistes, à qui il déclara qu'il s'y trouvait fort bien, et ne demandait qu'une chose, c'est qu'on le laissât en paix»
L' Illustration du 31 mai publia son portrait, avec le fac-similé d'une note de lui disant :
Entré dans la Légion étrangère à Saïda, je déclare, qu'il me plaît ici très bien et pour cela je ne veux pas retourner à Allemagne. Je veux tout volontièreinent rester dans la Légion.
Troemel alias Tunze.
Saïda, le 16 mai igi3.
M. Nr. i3.6i7.
Vers la même époque, les journaux allemands durent annoncer que l'adjoint d'Usedom avait reçu de lui une carte postale illustrée portant les mots :
Je vous adresse en signe de vie mes salutations. Je supporte très bien le service. Je pense souvent à vous. Mille choses pour vous et votre famille. De votre :
Paul Troemel.
Finalement, il fut réformé pour surdité légère, et arriva à Marseille le 25 novembre. — Pour rentrer en Allemagne, pensera-t-on, et pour échapper définitivement à ses bour-
reaux? — Nullement: pour venir se fixer à. Paris, sans aucune intention de retour au pays natal !
Son histoire est la suivante, d'après les interviews publiées dans les journaux des 26 et 27 novembre.
Né à Francfort en 1881, il fit de bonnes études à l'école militaire de Metz, et fut nommé sous lieutenant au 56e d'infanterie, à Cassel. En 1911, il démissionna pour se lancer dans la politique. Nommé bourgmestre d'Usedom, puis député au Landtag, il entra en conflit avec le gouvernement impérial à cause de ses idées libérales : et, le 26 mars 1913, il contracta un engagement de cinq ans, au titre du 2e étranger, à Saïda, sous le nom de Tunze.
Libéral... faible d'esprit, tout s'explique!
Quoi qu'il en soit, Trœmel, devenu un personnage notoire, fut interviewé par tous les correspondants de journaux, à son arrivée à Marseille. L'Illustration du 29 novembre publia un nouveau portrait de lui, en civil cette fois, et toujours dans l'état le plus florissant.
Et le Temps du 27 donna, de sa part, les déclarations suivantes:
« Mes impressions sur mon séjour dans la Légion sont excellentes. J'avoue même que je regrette de n'avoir pas pu y rester plus longtemps mais la petite infirmité dont je suis atteint ne l'a pas permis.
<( Ce que j'ai admiré dans la Légion étrangère, c'est l'esprit de corps qui y règne et surtout la bienveillance des chefs pour les soldats ».
Parlant des incidents de Saverne, M. Trœmel estime qu'il ne faut y voir que le prélude d'une campagne menée par les journaux nationalistes d'outre- Rhin. .
« Ces vexations », a-t-il ajouté, « ont leur répercussion dans la Légion étrangère, mais cette réper-
* cussion est tout autre que ce que l'on escompte en Allemagne. Je puis dire que, pendant le temps très :ourt que j'ai passé à la Légion, j'ai pu constater que la campagne menée contre elle en Allemagne lui fait plus de bien que de mal. Les recrues n'arrivèrent jamais si nombreuses que depuis que certains
. journaux allemands la représentent comme une
colonie pénitentiaire, »
Je ne sais s'il est exact que, comme l'écrivai le Gaulois du 4 octobre, on ait retrouvé, dan un des conférenciers de la Ligue contre 1 Légion, un ancien marchand de cacaouettes bien connu au Quartier Latin, qui, après avoi servi aux bataillons d'Afrique (!), aurait entre pris une tournée de conférences de « légior naire », à raison de vingt marcs par jour, toui frais pajTés. Mais ce qui est vraisemblable c'est qu'on embarrasserait fort les Hassel mann, les Mertinat et les Kull en leur de mandant de produire leur livret militaire Ce doivent être, tout au plus, de proches p;; rents de ces nombreux légionnaires all<, mands qui, pour des peccadilles, ont été to turés et fusillés sans jugement...
Leurs inventions, d'ailleurs, ne sont passa] paraître un peu grosses à certains de leurs a diteurs. Le 25 août, à Cologne, le sieur Hass< mann, après avoir terminé au cri de : « A b la France ! A bas la République ! », fut sifflé,
i socialiste vint déclarer à la tribune que les gionnaires n'étaient pas plus malheureux le les soldats de l'armée allemande prussiasée ; le 31 août, de Vorwœrts résumait sa mférence d'après le Westfaelisches Volksblatt en faisait ressortir l'absurdité ; et le 8 sep mbre, le même journal revenait à la charge i exprimant le souhait que les soldats alleands fussent aussi bien traités que leurs calarades de la Légion.
PareiLle mésaventure surprit à Berlin un Dnférencier du même genre, d'après le Joural du 3 décembre :
La ligue fondée pour combattre la Légion étrangère rait organisé dans la salle « Germania », à Berlin, ne réunion au cours de laquelle le u capitaine » /olff, ex-légionnaire, devait prendre la parole. Alléîés par cette promesse que répétaient d'énormes ffiches, les auditeurs vinrent en foule. Hélas ! il y yait maldonne et lorsque le sieur Wolff prit posseson de la tribune, il dut commencer par avouer que l'imprimeur s'était trompé (sic) », et qu'il avait servi à la Légion qu'en qualité de caporal !
Cette réunion devait d'ailleurs tourner à la confi sion des organisateurs. L'un des orateurs ayant fi un tableau effroyable des tortures infligées aux li gionnaires en Afrique et à Madagascar, de violent protestations se firent entendre : « Menteurs, toi ce que vous racontez est faux ! » « Où étais-tu à I Légion?» crièrent des légionnaires retraités, authen tiques, ceux-là, et l'un d'eux escaladant lestradi j commença un petit discours : « Je veux explique pourquoi je me suis engagé à la Légion. C'est parc que dans le régiment prussien où je servais... »
On n'en entendit pas davantage. Le présideni agitant furieusement sa sonnette, couvrit la voix d pauvre diable qui, quelque peu bousculé, dégringo! plus vite qu'il ne l'aurait voulu. Ce fut le signal la débandade. Le public quitta la salle et on du pour cette fois, renoncer à voter la résolution porté* à l'ordre du jour.
Mais enfin, tant d'assertions, répétées av un aplomb inlassable, ne peuvent manquer d produire quelque impression. De la calomnie « il reste toujours quelque chose », et le public
tout en convenant qu'on exagère peut-être, se dit qu'il n'y a point de fumée sans feu.
Cela d'autant plus, qu'on ne se trouve pas seulement en présence de personnages falots comme ces légionnaires de pacotille, mais que le feu est attisé par des hommes occupant les situations les plus élevées, — et Ton sait combien les Allemands sont sensibles à l'argument d'autorité.
Par exemple, la pângermaniste Post du 14 août 1913 publiait un article du général baron von Puttkammer (1), débutant par ces mots : ce Combien de temps encore la France mettra-telle à l'épreuve, avec sa Légion étrangère, l'inlassable patience de l'Allemagne ? »
Suit, le tableau inévitable des tourments imposés aux légionnaires, et de leur sinistre résultat :
Des milliers d'Allemands, qui sont entraînés à la
(i) Ce militaire peu courtois ne doit pas être confondu avec lé baron Charles de Puttkammer, chambellan el ancien conseiller provincial, pacifiste convaincu et partisan actif du rapprochement franco-allemand.
Légion, il n'y en a pas la moitié qui revoient leurs foyers, et parmi ceux-là, beaucoup sont affaiblis pour le reste de leur existence. Et nous supportons cela depuis quatre-vingts ans !
Et voici le gracieux tableau des motifs pour lesquels nous maintenons cette institution :
La France a besoin de la Légion à cause de la diminution de sa natalité, et aussi à cause de la dégénérescence physique qui n'a cessé d'augmenter dans ce pays depuis les guerres de Napoléon. Les Français, en outre, sont intoxiqués par l'alcool et par les excès sensuels, par tout ce qui résulte du manque de morale et de religion. Le Français de nos jours est beaucoup plus faible que l'Allemand, et un simple exemple suffit à le prouver : dans les gares, les portefaix doivent se mettre à deux pour porter une malle qu'un Allemand chargerait négligemment sur son épaule. D'ailleurs, on reconnaît partout des signes caractéristiques de dégénérescence, maladies des dents, des oreilles, etc., et cependant les Français songent toujours à la revanche.
Quant aux moyens d'empêcher l'enrôlement des Allemands dans la Légion, le gé-
néral n'hésite pas à proposer ce qui suit : 1° Aggravation de l'article 141 du Code pénal, punissant de prison toute personne ayant enrôlé des allemands pour une armée étrangère. Désormais, le racoleur et ses complices devraient être punis de réclusion ;
3° Mesures spéciales contre l'Alsace-Lorraine, où se trouvent plus de la moitié des anciens légionnaires allemands ; expulsion de tous les anciens légionnaires résidant dans les provinces annexées, exception faite de ceux dont le loyalisme allemand aura été éprouvé ;
3° Tout espion français saisi en territoire allemand ne devrait être gracié que contre la mise en liberté de deux légionnaires allemands ;
4° Interdiction aux Français de venir chasser en Alsace-Lorraine ;
5° Aggravation des conditions de séjour pour les militaires étrangers en Alsace-Lorraine ;
6° Les fils des étrangers résidant en Altamagne seraient soumis au service militaire,
sous peine d'expulsion (l'auteur croit que cette disposition existe dans la loi française) ;
7° Enfin :
Il faut mettre un terme à la politesse et à l'amabilité que beaucoupd'Allemands témoignent aux Français. Ceux-ci ne nous rendent pas cette politesse, et la considèrent comme une marque de faiblesse. Or, nous ne devons pas oublier que la France vit principalement sur son prestige d'autrefois, alors que la force de l'Allemagne ne cesse d'augmenter.
On voit que le brave général n'y va pas de main morte, et qu'en ce qui concerne le manque de politesse et d'amabilité, il sait prêcher d'exemple. Le Temps du 16 août écrivait à ce propos, avec beaucoup de modération : « Sûrement, un tel article est loin de représenter les sentiments de la majorité de l'opinion allemande. Il est certain pourtant; que cette violente campagne d'agitation contre la Légion ne saurait manquer de produire de l'effet sur l'opinion allemande, mal informée, et particulièrement sensible aux histoires dej brigands ».