CHAPITRE PREMIER
HisroriQquE
SECTION I
Nous n’avonsiciniàrecommencer l’histoiresouvent faite du pacifisme, ni à rechercher dans les diverses combinaisons imaginées pour rendre la guerre impossible ou plus rare, tout ce qui, de près ou de loin, peut ressembler à une limitation des armements (1). Nous voudrions seulement caractériser par les exemples les plus marquants le caractère purement spéculatif et humanitaire de toute cette première période qui s’étend du xvr° siècle jusqu’à la fin du xix°, et dans laquelle la limitation des armements n'apparaît qu'à titre accessoire, comme un moyen entre autres, ou comme pis aller.
C'est sous le patronage de Thomas Morus qu’à un double point de vue, on pourrait placer tous ces auteurs, car c’est en utopie que l’on trouve d’abord
un plan de paix perpétuelle, si « utopique » el si 1. Certains auteurs dans cette recherche whésitent pas à remon-
ter jusqu'aux institutions si peu connues encore et qui ont donné lieu à tant de lieux communs, des amphyctions et des fétiaux,
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vague, si dénué de moyens pratiques d’assurer l'organisation rêvée qu'il paraît inutile de s'y appesantir. Arrivons tout de suile au grand dessein de Henri IV (1), que Sully nous révèle dans les Economies royales. Le but principal, ici encore, c'est d'assurer la paix, non la paix en Europe. Il ne s'agissait de rien moins que de remanier la carte de l'Europe en la divisant en quinze États répartis selon les religions, formant une vaste confédération dont les affaires seraient traitées au sein d’un conseil général et de six autres conseils provinciaux. La confédération a pour objet principal la guerre contre les infidèles, contre les Turcs en particulier. Ces opérations auront le double avantage, le premier d'uliliser les éléments de troublequi se rencontrent dans toutes les sociétés, de détourner l’activité malfaisante des individus de sac et de corde, et le second de
ou bien aux prescriptions des livres saints et de l'Église, telles que le trève de Dieu, etc. Il n’y a rien en tout cela qui rappelle la limitation des armements, mais seulement des tentatives pour porter remède aux guerres incessantes ou en adoucir les horreurs. (V. R. Coulet, op. cit. — Weiss, le Droit fétial et les fétiaux à Rome. — E. Nys, les Origines du droit des gens, articles de la Revue belge de droit international.
1. V. la thèse de M. Seroux d’Aguicourt. Paris, 1905. Si l'on voulait rechercher les origines les plus lointaines du pacifisme, on pourrait les trouver dans un livre publié en 1623 par Crucé : le Nouveau cynée ou discours des occasions et moyens d'établir une paix générale et la liberté du commerce pour tout le monde. Voyez Vesnitch, Revue d'histoire diplomatique, 1910 et la préface de M. Gabriel Hanotaux au livre de M. Jaray sur {a Politique franco-anglaise, 1904.
débarrasser l'Europe des ennemis du Christ. Mais où le projet de limitation des armements apparait, c'est lorsqu'il s’agit de réaliser l'équilibre entre les quinze États guerriers, et de réduire leurs forces sur terre et sur mer (1).
Sur mer, le chiffre des vaisseaux n’est pas fixé, il semble même que Sully songe à ne conserver que des flottes de commerce avec des places de sûreté (2). Sur terre, la confédération aurait disposé de 97.000 hommes, 22.500 chevaux, 116 canons. Le roi de France aurait mis sur pied 20.000 hommes de pied, 8.000 suisses, 4.000 lansquenets et une bonne jrartie de la cavalerie et de l'artillerie. En outre, il aurait payé les troupes du Pape, de Venise et de la Savoie. Le reste des forces militaires étaient arbitrairement réparties entre les autres confédérés : petils États allemands, Angleterre, Suède, royaume de Hongrie, de Bohême, de Pologne, Provinces-Unies, Espagne,
1. C’est au chapitre CCX VII des Æéonomies royales d'Etat que se trouvent ces détails.
2. Ce qu'il y a de remarquable dans le passsage, c’est que Sully proclame la nécessité de la liberté des mers. C’est l'époque de l’entreprise téméraire de la Grande Armada qui avait fait sur les contemporains une énorme impression. € Il semble à propos d'établir un tel ordre au fait de la navigation, et surtout pour ce qui regarde les voyages de long cours, que la mer soit aussi libre que la terre à tous les Princes, Estats et Nations, lesquels réclament le nom du Christ... ceux de la Maison d’Autriche... ni aucun autre potentat.. ne pourront plus s’entreguerroyer les uns les autres, ny tenir forts ny garnison en aucun lieu, sinon pour la conservation de leurs marchandises et retraitte de leurs facteurs et agents. »
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etc., etc. Ici, déjà l’on voit que cette répartition toute arbitraire d’ailleurs et sans aucune espèce de base raisonnée, aurait pu se heurter à l'hostilité des divers États, car l’espèce de République armée que l’Europe fût devenue, aurait eu pour président le roi de France, qui disposait finalement, par ses forces et son argent, de l'influence prépondérante. Signalons ce défaut du premier projet, pourtant si chimérique, de limitation des armements ; car il fait apparaître nettement le plus gros écueil de toute tentative de ce genre: la difficulté d’établir une égalité de forces véritable: allons plus loin, la difficulté de consentir à cette égalisation, d'admettre que son pays n'ait aucune supériorité, aucune chance d’en acquérir une, sur les autres membres de l’association. Il y a là un phénomène psychologique à retenir, car s’il se trahit déjà dans les imaginations purement platoniques de Sully, quelle ne doit pas être sa force lorsqu'il s’agit de discuter, entre hommes d'État responsables, les moyens matériels et pratiques de mettre à exécution une convention internationale. Notons encore que Sully prévoit la nécessité et la possibilité d’une sanction. Le Conseil fédéral devait juger les ditférends qui pourraient survenir entre les quinze États, et notamment les contestations relatives aux contribulions armées. Ces jugements devaient être acceplés sans résistance, autrement «le premier qui eût fait la moindre démonstration
d'y vouloir manquer, tous les autres quatorze potentats se fussent bandez contre lui » (x).
Et voilà très nettement le second écueil de tous ces projets qui les ramène fatalement à un cercle vicieux : la nécessité d’une force de contrainte mise à la disposition d'un directoire international quelconque, investi d'une souveraineté sans appel, et devant éventuellement assurer le maintien de la paix par le moyen de la guerre ! Encore faut-il admettre que l’associé récalcitrant n’ait pas trouvé quelque procédé subreptice d'augmenter suffisamment sa force militaire pour faire face aux forces, extrêmement réduites, par hypothèse même, de ses confédérés ou de ses contractants.
Après Sully, c’est d'ordinaire à un projet de paix perpétuelle de l’abbé de Saint-Pierre que l’on songe immédiatement (2).
Voltaire l’appelait déjà « l’impraticable paix de l’abbé de Saint-Pierre ». 1 ne se distingue guère, en effet, que par la forme et l’abondance, du projet de Sully. Comme lui, e’est somme toute à une sorte de confédération qu’il entend avoir recours, mais il la