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longtemps la sous-commission, la discussion dura pendant quatre séances. Le colonel Gilinsky(Russie) fit une proposition aux termes de laquelle il proposait la fixation d’un terme de dix à quinze ans durant lequel les fusils actuellement en service ne seraient pas remplacés par d’autres modèles. On admettail que le fusil automatique n'existait encore nulle part à l'époque, et l’on admettait que le perfectionnement des modèles actuellement en service serait permis, à condition que letype fondamental ne fût pas changé. Ceci fut admis sur l’observation du délégué du Portugal, le capitaine Ayres d’Ormellas, qui craint pour l'armement défectueux de son pays.
Immédiatement on demande des précisions : que faudra-t-il entendre par améliorations ; les fusils sont d’un calibre différent qui varie de 6 à 8 millimètres, ne convient-il pas de préciser un minimum et un maximum de calibre. La Russie sur ce point ne peut être suspectée car elle possède l’un des moins perfectionnés (calibre de 7 mm. 1/2). La discussion se termine le 26 mai par des déclarations dont il ressort que si plusieurs puissances sont disposées à admettre ad referendum les décisions de la souscommission (Bulgarie, Suède, Belgique, Danemark, Espagne), quelques-unes les trouvent oiseuses (États- Unis) et la plupart demandent des précisions (France par exemple). En résumé, une très grande divergence de vues et l'impression très nette cependant
qu’on veut, pour le début, montrer de la bonne volonté. Le président exprime l'espoir qu’à la prochaine réunion on pourra présenter des propositions précises, en ce qui concerne le minimum de calibre, le poids du projéctile, la vitesse initiale, le minimum de coups par minute, et l’extension du chargement automaiique.
Immédiatement, le colonel Barantzew, délégué russe, transmet ces vœux à son gouvernement, par télégraphe. Il importe d’agir vite et de ne pas laisser les velléités d’accord se reprendre. Le gouvernement russe répond immédiatement par des propositions précises :
1° Le minimum du poids du fusil est fixé à 4 kilogrammes ; 2° Le minimum du calibre à 6 mm. 1/2; 3 Le poids de la balle ne sera pas inférieur à 10 gr. 1/2; 4° La vitesse initiale ne dépassera pas 120 mètres ; 5o La rapidité du feu se tiendra à 25 coups par minute; 6° Les balles explosibles et délatables,ainsi que le chargement automatique,sont interdits.
La discussion, à la séance suivante, s'ouvre sur ces propositions (1). Bientôt il n’en reste rien. Elles sont cette fois trop précises et soulèvent des objections sans nombre. S’agit-il,par exemple,du poids du
1. Séance de la sous-commission du 29 mai. Actes, Loc. cit., p. 45, et 31 mai, p. 5r ets.
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fusil, le colonel de Goss de Schwarzoff se demande s'il est bien utile d'établir un minimum. Il pense beaucoup plus humanitaire d’aliéger le poids que le soldat doit porter que de fixer un minimum qu'on ne pourra pas dépasser. S’agit-il de la vitesse initiale ? le colonel démontre que si l’on peut obtenir une poudre beaucoup plus forte, la vitesse augmentera, mais qu’on réalisera une économie de fabrication et d’usure du fusil; s’agit-il de la rapidité du feu ?. elle. dépend de l’habileté du tireur et on ne peut vraiment prescrire de négliger l'éducation des hommes. S'agit-il de l’admission du perfectionnement et de la défense d’adopter un type nouveau, il faudrait déterminer où vise le perfectionnement et où commence la nouveauté. Sur ce dernier point beaucoup de puissances le suivent. Il vote non contre la proposition russe, les États-Unis, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'Italie, le Japon, le Portugal, la Serbie, le Siam, la Suisse et la Turquie votent non également.
Seuls votent oui, les Pays-Bas, la Perse, la Russie et la Bulgarie, celle-ci ad referendum. Le général Mounier, délégué de France, attend des instructions. Le délégué de Roumanie, qui a déclaré le 26 mai qu'il est sympathique à la proposition, mais voudrait qu'elle présentât un caractère plus clair et plus précis, tire la conclusion de ces premiers débats, en déclarant qu’il ne peut que renouveler ses déclara-
tions, la question n'ayant à son avis pas fait un pas.
Approbation dure, mais exacte.
Le général den Beer Portugaël présente alors une formule à la fois plus évasive et plus précise, qui, dans l'esprit du gouvernement néerlandais, pourrait peut-être rallier plus de suffrages.
«Les États conviennent de ne faire usage dans leurs armées et flottes, pendant cinq ans, à partir du moment où le présent acte sera signé, que des fusils en usage ou à l'étude en ce moment, »
« Pour les fusils à l'étude, ne seront tolérés que ceux d’un type existant et d’un calibre ne variant qu'entre 6 et 8 millimètres.
» Les perfectionnements permis devront être de nature à ne changer nile type, nile calibre, ni la vitesse initiale existante. »
Les représentants de la Russie s’y rallient, et assurent qu'ils n'avaient augmenté la précision des détails que dans le but de satisfaire la commission, mais le colonel Schwarzoff objecte encore que si l’on précise les améliorations aux fusils existants on ne définit pas ceux-ci. Il demande où est l'autorité qui déciderait en cas de doute? Il faudrait également en ce cas, pour observer toute la loyauté désirable, faire connaître le nouveau modèle aux autres puissances, obtenir leur consentement avant de l’adopter.Comme il y a là vraiment une exigence inadmissible, 1l vote
non encore, suivi cette fois par la France, l’Angleterre, l'Autriche, les États-Unis, l'Italie, le Japon, le Portugal, la Serbie, la Turquie. La proposition n'obtient que 9 oui contre 10 non.
Pourtant le délégué de Hollande ne se décourage pas, le 7 juin, il revient à la charge. (1)
« Dans une circonstance ordinaire je me serais certainement fait scrupule, après le débat et les discours de cette Haute Assemblée, d'apporter une proposition nouvelle sur la matière des fusils. Mais, comme la tâche que nous avons à poursuivre n'est pas une tâche ordinaire, commeje suis convaincu, MM. les délégués, que vousn’êtes pas moins pénétrés que moi-même du devoir impérieux qui nous est imposé de ne pas lâcher prise avant d’avoir résolu la question qui nous est soumise, elc…
» De toutes les questions indiquées...la question du fusil est évidemment celle quioffrele moins de difficultés. Voussavez en effet que presque toutes les armées sont en possession de bons fusils à peu près du même type, etc...
» Non seulement à un point de vne économique mais même à un point de vue politique. il est nécessaire el même urgent que nous fassions au moins quelque chose.
»Si,... cette conférence pompeusement annoncée
1. Quatrième séance de la sous commission, eod., loc. p. 53. |
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et constituée et qui n’a jamais eu sa pareille, ne fait rien sur le terrain des économies tant désirées,.… pous aurons forgé des armes pour l'ennemi commun de tous les gouvernements, pour ceux qui veulent bouleverser l’état actuel du monde... etc. »
Ce plaidoyer met en plein relief l'état d'esprit dans lequel on travaille, non seulement à la première souscommission de la première commission, mais dans toute la Conférence,et c’est pourquoi nous y insistons. Le général annonce qu’il va proposer un minimum, partout ce sera la même chose, et cependant ces minima échoueront piteusement. Celui du représentant hollandais, sur ce point spécial du fusil, est ainsi conçu :
« Pour une période de cinq ans, à compter de la date du présent acte, les États conviennent de ne pas remplacer les fusils actuellement en usage dans leurs armées par des fusils d’un autre type. Mais ils ne s’interdisent pas d'apporter aux fusils actuellement en usage toute amélioration ou tout perfectionnement qui leur paraitrait avantageux.
» Les États qui ont un fusil de modèle arriéré,c’està-dire d’une calibre supérieur à 8 millimètres,ou sans magasin, pourront adopter les modèles existants. »
Cette proposition édulcorée, et défendue avec une éloquence si mâle, si puissante, ne trouve pourtant pas grâce devant l’opposition que mène le délégué allemand. Le colonel de Schwarzhoff déclare un
peu inopinémént, semble-t-il, que comme simple délégué technique, il n’est pas en état de suivre le général den Beer Portugaël dans le domaine de la haute politique. Il critique ensuite la proposition néerlandaise. Le but technique est de réaliser des économies ou d’arrêter des dépenses nouvelles ; or la formule proposée permet à tous les États d’apporter des améliorations et des perfectionnements à leurs fusils actuels pourvu qu’ils n’en changent pas le type. Si une grande puissance effectue des changements dans cet ordre d'idées, avec des modifications restreintes mais coûteuses, il est possible de créer une arme très supérieure au fusil actuel, et cela forcera les autres puissances à emboîter le pas. En outre, on ne sait si les modèles actuels pourront se prêter aux transformations nécessaires. Le délégué de la Bulgarie, D' Stancioff, dit que son pays se servant du calibre avec un modèle perfectionné, craindrait d’être obligé de s’en tenir à ce calibre, alors que d’autres États,dont le fusil est moins bon, pourraient en adopter un plus petit. Le général anglais, sir John Ardagh, soulève à nouveau la question du contrôle : en supposant qu'une nation fabrique un nouveau modèle, et laisse les approvisionnements dans les arsenaux jusqu'au moment de s’en servir.
MM. Raffalcwitch et Gilinsky ne peuvent que répondre que la garantie la plus efficace est dans la bonne foi des États et le contrôle de l'opinion,
réponse qui, évidemment, ne pouvait guère calmer les inquiétudes émises, car le premier remède est sujet à caution, et l'opinion est aisée à égarer. Au vote deux non seulement (l'Allemagne, l'Italie), mais contre les neuf oui, surgissent neuf abstentions, dont les plus grands États : la France, l'Angleterre, l'Autriche, les États-Unis, le Japon, etc.
Après un pareil échec il n’y avait plus lieu d’insister. Pourtant c'était & la question la plus facile à résoudre ». En principe, peut-être, et les objections faites n’étaient évidemment pas irréductibles, mais ce sont les esprits qui l’étaient. L'Allemagne se considérait comme assez riche pour renouveler incessamment sor outillage. L'Italie avait conscience de l’infériorité de son fusil, aucune n’est assurée que les engagements corrélatifs aux siens seront réellement tenus, et c’est la méfiance réciproque qui, ici, fait tout échouer.
b) Canons. — Ici le résultat devait, a jortiori,être identique. En matière d'artillerie les armements, en effet, sont loin d’être analogues, beaucoup d'États ne sont pas en possession d’un type satisfaisant, et ne veulent pas selier. Les grandes nations, elles, ne veulent pas renoncer à une supériorité péniblement acquise, ici on redoute que la Russie ne plaide pour sa propre cause, car elle a bésoin de régénérer son artillerie, enfin la question du contrôle, pas plus
ici qu’à propos du fusil,ne peut recevoir de solution.
La proposition du colonel Gilinsky était la suivante :
Les États conviennent de ne pas changer le canon de campagne actuel. Toutefois les pays arricrés auront la faculté de se mettre au niveau des autres (1). Le général Zucchari (Italie) demande si les perfectionnements des pays arriérés pourront aller jusqu’à la complète assimilation avec les artilleries les plus perfectionnées, et par là, soulève nettement l'inquiétude des États qui les possèdent. M. Bihourd (France) objecte, dès lors, que la formule ira à l’encontre du but d'économie visé. Ce n’est peut-être pas là la raison fondamentale de la légitime opposition du délégué du pays dont l'artillerie est à bon droit reconnue comme étant l’une des meilleures, sinon la meilleure. Aussi le rapport constate-t-il que «les votes ont fait apparaître la grande difficulté d'un accord ». Cinq États seulement votent oui : États-Unis, Belgique, Italie, Serbie et Siam, ce sont ceux qui pourraient profiter de la proposition en mettant au point leur artillerie défectueuse. Les délégués allemands s’abstiennent
1. Rapport cité du général den Beer Portugaël, p. 11, et mêmes séances de la sous-commission. Les deux discussions s’entremêlent.
prudemment, soucieux de n’avouer aucune infériorité, mais de ne fermer la porte à aucune amélioration (1). Le délégué du Danemark dit que son pays doit changer son matériel, qu’il serait nécessaire d'essayer les types pour, prendre le meilleur, mais que les États qui les possèdent ne les communiquent pas. Cette objection est d’une naïveté touchante. Le délégué anglais déclare nettement que son gouvernement n’est disposé à accepter aucune imitation.
Par suite de ces votes significatifs, le président croit devoir se borner à poser la question de principe : y a-t-il lieu pour un temps à juger, et pour des raisons d'économie, de modifier les armementscanons en excluant l'emploi de toute invention nouveille ? Le résultat du vote est admirable. Un seul État répond oui : c’est le Siam ; la Russie elle-même s’abstient, la Bulgarie l’imite, toutes les autres délégations répondent non. Le rapport conclut dans une forme encore adoucie : « Le président constatant qu’une très grande majorité est hostile à toute limitation en ce qui concerne les canons, conclut que sur ce point il n’y a plus lieu à discussion. »
c) Les poudres et les explosifs. — Sur la question de la poudre et des explosifs, l'échec au sein de la
1. Le rapport s'exprime ici curieusement : « Les délégués d'Allemagne, d’Autriche-Hongrie, des Pays-Bas, de Suisse s’abs* tiennent à cause de certaines restrictions qui s'imposent. »
sous-commission est le même. En ce qui concerne les poudres, le capitaine Crozier (États-Unis) déclare que l'interdiction de l'emploi de poudres plus puissantes que celles adoptées actuellement, pourrait aller à l'encontre de l’un des principaux buts de la proposition russe, à savoir l’économie. Il explique qu’une poudre étant puissante en proportion de la production de gaz formé par la charge et la température de combustion, on pourrait très bien produire une poudre qui,fournissant un plus grand volume de gaz à une température plus basse decombustion,pourrait être plus puissante qu'aucune poudre actuellement en usage et qui, en même temps, en raison de la bassetempérature, fatiguerait moins le fusil, ce qui permettrait de le conserver plus longtemps.
C'est là un prétexte scientifique, analogue à celui que le colonel de Schwarzhoff développait pour les fusils, mais les délégués s’en emparent avec joie, et se prononcent à l'unanimité en faveur de la liberté absolue de chaque Étal en ce qui concerne l'emploi de poudres nouvelles de chargement.
Quant à l'emploi des explosifs dans l'artillerie de campagne, le colonel Gilinski propose de ne pas faire usage dans cette artillerie des obus brisants ou à fougasse et de se limiter aux explosifs existants, avec interdiction des explosifs foudroyants qui sont employés dans les sièges. Mais ces explosifs très puissants sont déjà employés par quelques armées
pour Partillerie de campagne, croit-on qu'elles y renonceront de bon gré? Aux voix, douze États votent négativement, et ce sont les plus importants, neuf seulement votent oui. Cette question encore est enterrée. Elle devait cependant, sous une autre forme, purement humanitaire, et qui n’a plus rien à voir avec la limitation des armements, être reprise par la Conférence.
d) Lancement de projectiles du haut des ballons. — Ici, comme l’utilisation des modes de locomotion aériens semble encore une chimère, nous pouvons nous attendre à un résultat, au moins à un résultat apparent.
La proposition du gouvernement russe « de prohiber le lancement de projectiles ou d’explosifs du haut des ballons ou par des moyens analogues », vient en discussion à la deuxième séance de la commission (1). Comme on n’a pas encore trouvé le moyen de jeter des poids énormes du haut des ballons, sans que ceux-ci fassent immédiatement un brusque bord dans les airs, et qu'il n’est pas encore question d’aéroplanes, la discussion semble oïiseuse. Cependant, le gouvernement néerlandais a chargé le général den Beer de l’appuyer vigoureusement, et le général lit la déclaration suivante :