‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 31 sur 70 · Lapradelle, op. cit · texte numérisé non relu

Lapradelle, op. cit

R. Picard 9

la meilleure volonté, il est impossible de voir là à aucun degré un effort vers la limitation des armements. Cette fois, et d’une façon complète, la sous-commission déviait vers la discussion des moyens licites de nuire à l'ennemi. Le rapport du général den Beer Portugaël à la sixième commission, se terminait mélancoliquement par ces mots :

« De ce qui précède, il résulte, messieurs, que voire sous-commission n’a à vous soumettre que la proposition relative à l’interdiction des balles s’épanouissant ou s’aplatissant dans le corps humain, ainsi que celle relative au lancement des projectiles du haut des ballons... » Autrement dit, en ce qui concerne la limitation des armements, les débats avaient été purement stériles.

L'accord impossible à faire au sein de la souscommission l'était bien plus encore dans la commission plénière. Elle ratifia les conclusions de sa sous-commission en ce qui concernait les dum-dum, elle réduisit à cinq ans l'interdiction de lancer des projectiles du haut de ballons, reconnaissant ainsi le bien fondé des observations du général Mounier (1).

En ce qui concernait les fusils, comme beaucoup de délégués avaient déclaré s'abstenir faute d'’ins-

1. Voir la troisième séance de la Commission, 22 juin, op. et loc. cit., p. 9 et suiv.

tructions, le président tente une fois encore d’obtenir quelque chose et s’enquiert du point de savoir s'ils en ont reçu. La plupart sont défavorables.

Dans ces conditions, le Jonkheer van Karnebeek veut au moins sauver la face. Il joint à la question des fusils, celle analogue, des canons. « Ces deux propositions, dit-il, sont difficiles à résoudre en ce moment ; elles nécessiteraient un examen approfondi de la part des techniciens des différents pays, et cela exigerait un temps considérable. Il serait à craindre que le temps pour cet examen faisant défaut, on aboutit à une conclusion négative, alors que plus tard on pourrait arriver à une entente ». Il proposa donc de réserver la question du canon et des fusils pour une conférence ultérieure, et il ajoute :

« Il y aurait donc à constater que la question demeure ouverte et qu’elle reste à l’étude par les différents gouvernements ». Cette façon ingénieuse de renvoyer la question à une conférence ultérieure est naturellement adoptée à l'unanimité.

On adopte la même solution en ce qui concerne la question de principe ; à savoir, s’il est bon de discuter sur les moyens d’arriver à une entente relative à l'interdiction de nouveaux moyens de destruction, dûs par exemple à la chimie et à l’électricité. Les délégués, suivant le mot du colonel de Gross de Schwarzoff, sont d’avis que les engins de guerre actuels suffisent, mais qu’on ne peut se lier les mains

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d'avance car on ignore les moyens plus humains (!) qui pourraient être inventés dans l'avenir.

Ce charmant euphémisme qui consiste à ne vouloir pas compromettre l’espoir de trouver dans l’avenir des moyens plus humains de s’entre-détruire,

clôt dignement la discussion.

B. — Deuxième sous-commission

La première sous-commission avait abonti à deux semblants de résultats et à un vœu. La deuxième chargée d'étudier la limitation de certains armements navals n’aboutit-elle absolument à rien. Elle devait s'occuper des canons de marine, des torpilleurs, sous-marins, et navires à éperon. Elle y employa sept séances (1) et le rapport du comte Soltyk (2), à la commission dut avouer le résultat négatif de tous les efforts.

« Dès qu’on a examiné de plus près les idées se dégageant des points principaux... (de la circulaire russe) il s’est presque toujours produit une diversité d'opinions qui, en dépit de la bonne volonté évi-

T. Du 26 mai au 30 juin sous la présidence du Jonkheer van Karnebeek, op. et loc. cit., pp. 60 à 94.

2. Présenté à la troisième séance de la Commission également, avec celui du général den Beer Portugaël, le 30 juin, op. et Loc. CHLPND AIO

dente, a empêché d’arriver à des conclusions réunissant upe entente générale ».

a) Les canons de marine. — La commission s’occupe d’abord de la proposition russe d'interdire les nouvelles armes à feu. Les doutes naissent aussitôt sur le sens même du terme de la discussion : interdiction de toute nouvelle arme à feu. C'est d’abord le mot « interdiction » qui soulève toutes sortes de craintes. « S'agit-il d’une interdiction de construire un engin de guerre quelconque, ou doit-on y voir l'interdiction d'introduire une nouvelle arme dans un pays indépendant ? Au premier cas il ne peut s’agir que d’une mesure d'ordre intérieur regardant uniquement le gouvernement du pays où se trouve l'inventeur ou le fabricant de cet engin. Dans le second, l'interdiction devrait toujours être considérée comme une atteinte à la souveraineté d’une nation. Même une interdiction limitée. resterait sans aucune conséquence utile, et ne pourrait avoir comme résultat posilif que la suspension temporaire d'une industrie très développée qui occupe actuellement des capitaux très considérables et des milliers de personnes ».

On le voit c’est la double question économique, (et elle n’est pas ici sans importance car les constructions navales sont une des branches importantes des

industries nationales), et politique, la question de la

souveraineté, qui se posait dès le début. Comme on l’a très bien dit (1): « Les délégués ne pourraient l’accepter (l'interdiction) pour cette raison majeure que restreindre les inventions,c’est paralyser le droit de défense du pays, sans lui assurer le cas échéant une réciprocité que le texte promet sans doute, mais que dans la pratique rien ne garantit ».

Quant à l'expression « nouvelle arme à feu », le délégué russe, M. Scheïne, explique que cela veut dire Qtype entièrement nouveau», mais n'exclut pas les améliorations, et l’amiral Pephau de répondre fort justement que cela ne fait que poser la question en d’autres termes. Aussi admet-on immédiatement l'opinion de sir John Feslix, c'est-à-dire que chaque pays peut se servir de la meilleure arme qu'il pourra se procurer, et que même une restriction dans les inventions et constructions mettra les peuples civilisés dans une position désavantageuse vis-à-vis des barbares ou des sauvages. Curieux faux-fuyant, qui ne saurait tromper personne, sur l'intention qu'a la sous-commission de se dérober.

Pourtant le délégué russe insiste. Il fait des concessions, il indique qu’on ne propose pas cette interdiction indéfiniment, mais pour trois ou quatre ans. Comme d'ici là il n’y aura guère de changements probables, on ne risque rien, mais on peut toujours

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