‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 35 sur 70 · V. ci-dessus p · texte numérisé non relu

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se pratique depuis longtemps dans quelques pays. Ainsi en Allemagne, il y a le septennat, c’est-à-dire que le total des troupes, en temps de paix, est fixé pour cinq à sept ans. En Russie, le budget de la guerre est ainsi fixé pour cinq ans. Il s’agit donc de procédés connus... il s’agit de les adopter, à titre d'essai, pour un lemps plus court si vous voulez. Il n'y a ici de nouveau que la décision, le courage de constater et de dire qu'il est temps de s'arrêter... »

On ne saurait être plus conciliant, et le colonel insiste à plusieurs reprises, pour bien faire saisir sa pensée : Q Il ne s’agit absolument pas de déterminer le total des iroupes...; mais uniquement de ne pas l’augmenter pendantun certain temps, à titre d'essai. Il n’est pas question de mettre des entraves aux gouvernements dans l'organisation de leurs troupes, d'empêcher la création de nouvelles unités... Quant à la réduction des effeclifs, Je vous prie, Messieurs, d'oublier complètement ce second thème... il ne serait possible de le discuter que dans le cas où l’entente se ferait sur le premier... el même dans ce cas la discussion de ce second thème ne serait dans cette conférence que théorique... échange d'idées qui serviraient.. pour étudier ces questions... peut-être dans une des conférences suivantes... »

Et pensant avoir rassuré toutes les inquiétudes, le délégué russe indique les moyens de réaliser la stabilisation indiquée, tout en se déclarant prêt à admettre

toutes les autres suggestions que d’autres puissances pourraient présenter.

Ses propositions sont les suivantes :

1. Établissement d'une entente internationale pour un terme de cinq ans, stipulant la non augmentation du chiffre actuel des effectifs de paix des troupes entretenues dans les métropoles ;

2° Fixation, èn cas de cette entente, s'il est possible, du chiffre des effectifs de paix des armées de toutes les puissances, non compris les troupes coloniales ;

3 Maintien pour le même terme de cinq ans, du montant du budget militaire actuellement en vigueur.

De son côté le capitaine de frégate Schénie dépose des propositions parallèles en ce qui concerne les armements navals :

« Accepier le principe de fixer, pour un terme de trois ans, le montant des budgets de la marine avec l'engagement de n'en pas augmenter le total pendant cette période triennale, et l'obligation de faire connaîlre à l'avance pour la dite période :

1° Le total des tonnes des vaisseaux de guerre qu'on se propose de construire, sans préciser les types mêmes des bâtiments :

2° Le nombre des officiers et des équipages de la marine :

3e Les dépenses pour les travaux des ports tels

que forts, bassins, arsenaux, etc.

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11 y a dans la façon dont ces propositions sont présentées toute une tactique. La question, au fond identique, est présentée sous ses deux aspects, terrestre et maritime, pour que les délégués puissent voter dans l’un des domaines tout en s’abstenant dans l’autre. La stabilisation est ici de trois ans, là de cinq ans, pour que, si le premier terme parait trop long, on puisse se rallier au second. On peut également remarquer que les articles 1 et 2 semblent se répéter dans les propositions du colonel Gilinsky, mais le premier vise le principe, et le second l’application. afin que l’on puisse donner au premier une approbation tonte de façade tout en se refusant à prendre l'obligation précise que le deuxième seul implique. Autrement dit, la combinaison des deux articles permet de dire à la fois oni et non. Enfin la proposition visant à la fois les budgets et les effectifs, les puissances peuvent à leur gré s'engager sur l’un des deux chefs et garder leur liberté sur l’autre (1).

Cependant tout cela ne peut pas suffire pour dissiper les soupçons. La proposition exclut ies armées coloniales de Ja limitation. Le délégué russe explique que les colonies sont toujours en effet en danger, voire en état de gucrre. Maïs il ajoute que

la Sibérie et la circonscription de l'Amour sont con-

1. Voir les explications données par le colonel Gilinsky à la 5e séance de la Commission le 26 juin 1899, op. et loc. cit., p. 26.

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sidérées par la Russie comme des territoires coloniaux et dès lors on se demande si la Russie ne veut pas lier les mains à ses voisins d'Europe, pour les avoir elle-même plus libres en Asie. Le colonel a beau insister sur le désintéressement du {zar qui consent à une limitation d'effectifs, alors que la Russie a un pourcentage de recrues de moitié moins fort que les autres puissances, l'impression première ne se dissipe pas.

En ce qui concerne les budgets, le colonel indique que la stabilisation ne vise que les budgets ordinaires « c’est-à-dire le budget nécessaire pour l'entretien des troupes existantes... mais du yôe,s pipuenbchangement complet de canons ou de fusils, ainsi que de la reconstruction de places fortes... ces sommes-là sont demandées par les gouvernements de tous les pays en dehors des budgets extraordinaires... «et pour les budgets extraordinaires la limitation n’interviendra pas. Dès lors on se prend à penser qu’il suffira d’un simple jeu d’écritures budgétaires pour se libérer de toute obligation ; de même que dans les pays où l’unité budgétaire n’existe pas,le budget extraordinaire sert à dissimuler des dépenses ordinaires, de même ici, les pays dont la comptabilité publique est la moins stricte pourront donc indirectement faire des armements extra-conventionnels au détriment de ceux que leur sincérité financière obligera par contre-coup à respecter leur obligation internationnale.

Aussi l’opposition sur le principe même de la proposition se dessine-t-elle immédiatement, et c’est encore l'Allemagne qui la mène « en toute franchise et sans aucune arrière-pensée », proclame le colonel de Schwarzoff, ce qui prouve qu'ilétait au moins possible qu’on lui supposât quelqu'’arrière pensée. I1 commence par rassurer l’assemblée sur la fatalité inéluctable d’une faillite des gouvernements,amenée par les armements croissants, et il le fait avec une verve qui n’est exempte ni d’ironie, ni même de quelque provocation: «Je ne crois pas qu'il y ait parmi mes honorés collègues, un seul prêt à concéder que son souverain, son gouvernement soient en train de travailler à la perte de sa patrie... Quant à l'Allemagne je puis complètement rassurer ses amis et dissiper leurs bienveillantes angoisses. Le peuple allemand n’est pas écrasé sous le poids des charges et des impôts, il n’est pas entraîné sur la pente de J’abime, il ne court pas à l'épuisement et à la ruine. Bien au contraire, la richesse privée et publique augmente, le bien-être commun, le standard of life s’élève d’une année à l’autre. Quant au service obligatoire qui est intimement lié à ces questions, l’Allemand ne le regarde pas comme un fardeau pesant, mais comme un devoir sacré et patriotique à l’accomplissement duquel il doit son existence, sa prospé-

ritéet son avenir. »

Et cette petite leçon donnée, le colonel passe à la critique serrée des propositions russes.

Tout d’abord on ne saurait examiner à part et isoler la question des effectifs, elle est liée à mille autres, le degré d'instruction publique, la durée du service actif, les cadres, les périodes d'instruction, la distribution des corps de troupes, les réseaux des chemins de fer, le nombre et la situation des places fortes, les frontières. « Dans une armée moderne tout cela se tient et forme en son ensemble la défense nationale que chaque peuple a organisée d’après son caractère, son histoire, ses traditions... Je crois qu’il serait très difficile d’opposer à cette œuvre éminemment nationale une convention initernatio nelie (1).

En présence des deux thèses, l’attitude se dessine. Les délégués hollandais piqués de l’attitude ironique du colonel de Schwarzoff soutiennent avec ardeur les propositions russes ; le ministre de Bulgarie prononce un discours poétique en leur faveur, oubliant sans doule que son pays entretient la plus grosse armée des Balkans ; le délégué de Serbie s'associe à

1. Il ajoute même que le quinquennat militaire allemand, dont Le colonel Gilinsky a tiré argument, serait au contraire une raison pour l'Allemagne de s'abstenir, puisque le délai international de cinq ans ne concordait pas avec le délai national, et qu’en outre le quinquennat ne prévoit pas une détermination fixe pour toute sa durée, mais au contraire une augmentation continue.

cette manifestation (1), d'autant plus que la Serbie qui se recueille a été récemment obligée de réduire d’un quart ses effectifs.

Cependant, malgré l’appel aux petites puissances qui, suivant M. Bourgeois, doivent être partisantes de la paix, il en est qui se déclarent ouvertement contre les propositions russes. Telle la Suède et Norvège, par l’organe du baron de Bildt, parce qu’elle n’a qu'une sorte de garde nationale, et veut reformer son armée, et M. de Bille, premier délégué du Danemark, déclare se rallier à sa façon de voir. De même M. Delyannis, ministre de Grèce, et pour cette même raison, qu'elle doit réorganiser son srmée annihilée par la récente guerre avec la Turquie.

Ainsi les petits États eux-mêmes se dérobent, sous des prétextes divers, cependant que les grands refusent plus brutalement la discussion.

Il est remarquable, en effet, que tandis que sur les questions accessoires la discussion a été jusqu'aux moindres détails, ici, elle s’arrête à la surface, demeure volontairement superficielle.

Sans doute, la commission recomposée par la discussion générale, se sépare à nouveau aussitôt qu’elle est close, en deux sous-commissions techniques, mais celles-ci, après une discussion rapide

1. Dans la séance suivante, la sixième, du 30 juin, eod. loc., P- 31.

en une ou deux séances, reviennent devant elle avec des rapports succincts constatant seulement l’impossibilité d'aboutir. Le rapport de la première souscommission (budgets et effectifs de l’armée de terre) tient en quelques lignes (1) :

Les membres du comité chargé d'examiner les propositions du colonel Gilinsky quant au premier point de la circulaire du comte Mouravieff se sont réunis à deux reprises.

A l'exception de M. le colonel Gilinsky ils ont ‘unanimement reconnu :

1° Qu'il serait très difficile de fixer, même pour une période de cinq ans, le chiffre des effectifs, sans régler en même temps d'autres éléments de la défense nationale ;

20 Qu'il serait non moins difficile de régler par une convention internationale les éléments de cette défense, organisée dans chaque pays d’après des vues très différentes.

En conséquence le comité regrette de ne pouvoir accepter la proposition faite au nom du gouvernement russe. La majorité de ses membres estime qu'une étude plus approfondie de la question par les gouvernements eux-mêmes serait à désirer.

Toujours la même formule d’'impuissance, à laquelle la commission se rallie.

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