De Lapradelle, op. cit., p
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constaté que « quelques délégués entrevoient une possibilité d'accepter en principe les propositions russes, mais doivent attendre pour se procurer définitivement les instructions de leurs gouvernements», il demande à la première commission de vouloir bien attendre l’arrivée de ces instructions avant de clôturer ses travaux par un vote définitif. Mais la Commission ne se fit pas les mêmes illusions, et trouvant inutile de perdre encore du temp, clôtura la discussion en renvoyant sur ce chef comme sur tous les autres la question de la stabilisation à l’étude des gouvernements et à la discussion d’une confé-
rence ultérieure.
SECTION IV
LA ProPosiriIon BouRGEoIs ET LES ACCORDS DE LA CONFÉRENCE
Le rapport de la première commission à la Conférence plénière n’aurait pu être que négatif, et l’échec de la conférence tout entier n'aurait été que trop patent, si le premier délégué de France, M. Léon Bourgeois, n'était intervenu, dans la double pensée de pallier la faillite aux yeux de l'opinion, et d'adoucir la déception dans l'esprit da tzar et de nos alliés
russes,
La proposition, et la façon dont elle fut présentée étaient d’une habileté consommée :
« J'ai lu attentivement, dit-il, le texte des conclusions adoptées par le comité technique. Ce texte indique avec beaucoup de précision et de force les difficultés qui s'opposent actuellement à la conclusion d’une convention internationale pour la limitation des effectifs... Mais la commission a le devoir de considérer d’un point de vue plus général et plus élevé le problème posé... Elle ne veut certainement pas se désinitéresser de la question de principe posée devant le monde civilisé par l'initiative généreuse de Sa Majesté l'Empereur de Russie. Et il me paraît nécessaire qu’une résolution complémentaire soit adoptée par nous pour manifester plus nettement le sentiment... qui doit nous faire souhaiter à tous que l’œuvre entreprise ne soit pas abandonnée.
Cette question de principe se résume en termes fort simples : la limitation des charges militaires qui pèsent sur le monde est-elle désirable ?
Posé ainsi le problème n’en était plus un, et l'appel à l’union qui terminait le discours de M. Bourgeois ne pouvait réunir que d’unanimes applaudissements.
En conséquence la commission adopta à l’unanimité la rédaction suivante :
« La Commission estime que la limitation des charges militaires qui pèsent actuellement sur le monde est grandement désirable pour l’accroisse-
ment du bien-être matériel et moral de l’humanité. »
J1 ne restait plus à la première commission qu’à présenter son rapport à la conférence plénière pour lui faire entcriner les maigres résullats auxquels elle était parvenue. Gette cérémonie eut lieu dans la sixième séance plénière de la conférence, Le 21 juillet 1899 (1).
Par suite, les seuls résultats des discussions de la première Conférence de La Haye,que consacre l’Acte final, en ce qui concerne la limitation des armements, si l’on néglige la convention concernant les balles dum-dum qui ne peut, pensons-nous, passer pour une limitation véritable, sont les suivants :
1° La déclaration concernant l'interdiction de lancer des projectiles et des exposifs du haut des ballons ainsi COnÇue :
« Les puissances contractantes consentent, pour une durée de cinq ans, à l’interdiction de lancer des projectiles et des explosifs du haut des ballons ou par d’autres modes analogues nouveaux » ;
2 La déclaration concernant les explosifs asphyxiants ainsi conçue :
«Les puissances contractantes s’interdisent l’em -
1. Op. cit., 1° partie, p. 55 et suiv. Le rapport ne faisant que présenter succinctement les explications ci-dessus données, il nous à paru inutile de le rapporter ici en tout ou partie.
ploi de projectiles qui ont pour but unique de répandre des gaz asphyxiants ou délétères ».
3° La résolution suivante adoptée à l'unanimité :
«La Conférence estime que la limitation des charges militaires qui pèse actuellement sur le monde est grandement désirable pour l'accroissement du bien-être matériel et moral de l'humanité ».
4° En conséquence, parmi les six vœux émis par la Conférence, les deux suivants :
3 La Conférence émet le vœu que les questions aux fusils et aux canons de marine, telles qu’elles ont été examinées par elle, soient mises à l’étude par les gouvernements, en vue d'arriver à une entente concernant la mise en usage de nouveaux types et calibres.
4° La Conférence émet le vœu que les gouvernements, tenant compte des propositions faites dans la Conférence, mettent à l’étude la possibilité d’une entente concernant la limitation des forces armées de terre et de mer et les budgets de guerre.
Tel fut le résultat du grand effort que fit en 1898 le monde civilisé pour secouer le fardeau des armements continuellement progressifs. On avouera qu'il est mince et que les populations ne sauraient en ressentir un grand soulagement, et que la déconvenue des pacifistes était légitime.
Faut-il en faire grief à la Conférence. Nous ne le croyons pas. La bonne foi des délégués, leur bonne
volonté furent manifestes, mais contre les lois naturellesil n’est pas de force humaine qui vaille, et nous voudrions maintenant démontrer qu'il n’y a eu qu’une illustration du vieux proverbe: à l’impossible, nul n’est tenu.