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LE PROBLÈME DE LA LIMITATION DES ARMEMENTS

Le problème de la limitation des armements paraît en effet insoluble, il se heurte du moins à des diffcultés qui, dans l’état actuel des relations internationales et étant donné la psychologie non seulement des différents gouvernements mais des populations elles-mêmes, semblent insurmontables.

PREMIÈRE SECTION

LrEs SYSTÈMES

À. — L'Arrêét des armements

Le moyen le plus simple auquel on songe tout d’abord, et c'est bien à celui-là que s'était finalement arrêtée la Russie, c’est l’arrêt des armements. Chacun s’engagerait à rester où il en est, au point de vue des effectifs et des budgets. Pourtant ceci est inac-

ceptable, pourquoi? parce que l'effet ne serait pas identique pour toutes les nations. Comme on l’a fort exactement remarqué (1) : « Limiter les forces militaires à un moment donné, c’est consacrer définitivement la prépondérance du plus fort à ce moment. »

C’est ainsi par exemple que si, en 1857, on avait adopté la stabilisation de l’armement maritime, la France aurait eu une supériorité sur l’Angleterre, par le seul fait qu’elle venait de lancer un cuirassé, la Gloire, le premier qui eût été construit.

Si la mesure eût été prise en 1866, elle eût eu sur la Prusse cei immense avantage de posséder des fusils chassepots et des canons à âme rayée, au lieu de fusils à aiguille et de canons à âme lisse.

La même chose se fut produite en 1898 pour les sous-marins, la même chose peut-être à notre époque pour les aéroplanes.

De même à l'heure actuelle les États-Unis possèdent le plus puissant Dreadnought connu, l'arrêt brutal leur donnerait peut-être une supériorité indéfinie, si vraiment l'avenir est aux grosses unités, c'est pourquoi il est impossible d'admettre l'opinion que M. Roosevelt exprimait en 1907, avant la seconde conférence de La Haye, lorsqu'il disait que

1. Cloarec, le Nouveau programme naval (Ligue maritime, octobre 1906).

la proposition de limiter le tonnage des navires était la seule acceptable.

Ainsi l’arrêt pur et simple, le statu quo brutal n’est pas possible.

Les nations qui ont l'espoir d’améliorer dans l’avenir leurs forces militaires ne peuvent, je dirais ne doivent pas y consentir. Sans doute, on peut, comme le font les Russes, admettre la possibilité d'améliorer l'armement, de modifier la composition de leurs troupes, etc... etc... Mais alors ce serait les mieux armés qui ne consentiraient pas à se laisser rejoindre. En outre, si l'on paraîtfaire une distinction entre « modification » et « amélioralion » ou «augmentation », c'est une distinction verbale, théorique, qui en pratique peut soulever et doit soulever les pires difficultés. C’est à cette difficulté qu’on s’est heurté à La Haye, en discutant la question des fusils, et en cherchant à distinguer le « type nouveau » du type modifié. Lorsque la question s'élargit et qu’il s’agit de limitation générale, la difficulté s’amplifie, se multiplie, considérablement revêt une gravité toute nouvelle.

Autre inconvénient. L'arrêt des armements serait une duperie pour les nations prospères. Celles dont la natalité augmente rapidement ne pourraient profiter de cet avantage pour incorporer plus de conscrits, celles dont la richesse s’accroit ne pourraient pas profiter de cet accroissement pour s’armer plus

et mieux. C’est aller contre nature, car il est fatal que les peuples comme les individus mettent à profit les avantages que la nature leur donne, et ilest parfaitement oiseux de leur demander le contraire. C’est une abnégation à laquelle peuvent consentir des individus épris de sainteté, non des gouvernements pénétrés de leurs devoirs.

Nous ajouterons, avec M. de Pressensé (1), que ce système serait encore à rejeter parce qu'il est contraire au progrès «en mettant une borne à l'esprit d'invention humaine ». On peut regretter de voir les inventeurs appliquer leur intelligence aux moyens de destruction, mais il est impossible de nier que souvent leurs conquêtes sont à deux fins et servent la civilisation, contribuent au bien-être, en tant qu’elles contribuent à augmenter les moyens de guerre.

B. — Za Limitation proportionnelle

La stabilisation écartée, on a songé à un autre procédé, qui au point de vue logique est d'apparence plus séduisante: la réduction proportionnelle,

Le raisonnement est facile, et il a été présenté,

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