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croyons-nous, avec le plus de force par Lorimer (1). Lorimer part de la constatation à laquelle nous venons nous-même d’être amené :
1° « Aucun État libre ne consentira à un changement quelconque dans sa situation vis-à-vis d’autres États, si ce changement doit avoir pour effet, soit de diminuer sa force défensive, soit d’entraver son développement futur. »
Et ie savant auteur explique sa pensée : « Ce n’est pas par une négociation pacifique que l’on pourrait aboulir, soit à modifier le statu quo, soit à redresser la balance des forces. Pour altérer sous ce rapport les conditions existantes, il ne faudrait rien moins qu'une guerre, ou l’action graduelle de ces causes de progrès ou de décadence qui échappent à tout contrôle humain immédiat. Si notre objet est de diminuer les chances de guerre, il nous faut accepter l'équilibre établi, si instable ou si peu satisfaisant qu'il puisse nous paraitre. »
2° « Si la proposition qui précède est exacte, il en résulte que nos efforts dans le sens du désarmement doivent inévitablement se rattacher au principe de la proportionnalité... Si l’on agit d’après ce principe, quelle que soit la réduction absolue à opérer sur
1. Lettre à M. Robin Jacquensyres, sur sa proposition à l’Institut de droit international (V. ci-dessus, p. 39). Revue de droit international, 1887, p. 472, et déjà dans le volume de 1885, p. 50.
R. Picard 9
l'effectif d’un État, sa situation relative vis-à-vis des autres États demeurera la même. »
Et Lormier prend un exemple : « L'état de défiance mutuelle où vivent la France et l'Allemagne... est pour le moment irrémédiable et aucun pouvoir sur terre ne pourra persuader à l’un des deux États d'accorder à l’autre le moindre avantage sur lui... Mais aucun d'eux n’a quelque motif d'augmenter les charges de l’autre, tandis qu’il a tous les motifs de diminuer ses propres charges. S'ils peuvent maintenir leurs situations relatives en réduisant leurs armements aussi bien qu’en continuant à les accroître, il ne semble pas qu’il faille désespérer de les amener à choisir la première alternative. »
Oserons-nous dire que cette démonstration ne semble nullement convaincante, et pèche au contraire par la base?
La réduction proportionnelle a, en effet, le même défaut que le statu quo. Elle suppose que les États les plus faibles accepieront leur situation el abandonneront tout espoir de rattraper leurs concurrents, et cette hypothèse est parfaitement chimérique. Lormier ne s’est pas souvenu qu'il n'avait pas dit seulement: « Aucun État libre ne consentira à un changement dans sa situation, si ce changement doit. diminuer sa force défensive ; mais qu'il ajoute « ou entraver son développement « futur ». Orsi faible qu'on soit, on espère toujours dans l’avenir, et
c'est cet avenir que vient anéantir la réduction proportionnelle.
En outre, elle se heurte à des impossibilités de fait. À supposer la proportionnalité établie à un moment donné, qui peut garantir qu'elle se maintienne ? Il faudra alors la compliquer par la fixation du chiffre des budgets et des effectifs, et imposer l’immobilité, l'unification des procédés militaires, sans quoi toute amélioration et toute diminution chez l’une des puissances devrait amener un changement correspondant et proportionnel chez toutes les autres. On voit la complication, les difficultés, ou plutôt la chimère.
Un troisième groupe de procédés surgit alors, dont l’idée commune serait, en abandonnant tout terme de comparaison en relation avec le stade actuellement atteint par les armements, de chercher un criterium à l'entraînement des armements, soit dans les possibilités, soit dans les nécessités des États.