Lettre au Président de la République
5. La Politique franco-anglaise et l'arbitrage international,
plement la diminution desarmements,quelesprit ne le souhaiterait pas ? Mais franchement il faudrait ne pas vouloir regarder autour de soi pour croire que nous marchons actuellement vers la paix perpétuelle. Ne voyons-nous pas, pour ne parler que de nos voisins immédiats, l'Allemagne se proposer d'augmenter son armée de 10.000 hommes, l'Angleterre construire un nouveau port de guerre, se ménager une flotte auxiliaire nouvelle ! et pousser son budget de la marine en 1903-1904 à 870 millions de francs, soil à 80 millions plus haut que l’année précédente. Sont-ce là des symptômes de désarmement ? Et qui oserait dire que nous sommes en cause, nous autres Français, le moins du monde ? Qui oserait douter de notre volonté nettement pacifique que nous avons assez affirmée et prouvée, peut-être même criée trop haut, sans toujours la pudeur qui conviendrait à ceux qui furent vaincus ?... Depuis douze ans nos dépenses militaires ont augmenté de 115 millions alors que l'Allemagne et l'Angleterre gouvernent.… leur budget de sommes quatre ou neuf fois plus importantes... Lorsqu'on songe qu'il s’agit d’un pays comme le nôtre, qui doit poursuivre tout à la fois une politique continentale et maritime, qui possède des colonies toujours plus développées depuis 1891, où il faut entretenir des effectifs, ne sommes-nous pas en droit de dire que nous nous tenons sur une stricte défensive ? Si quelqu'un doit donner l'exemple de la dimi-
nution ou de l'arrêt des armements, ce n’est pas à notre pays qu'il faut s'adresser.
On ne saurait mieux dire en ce qui nous concerne et mieux réfuter les affirmations légères et dangereuses de MM. Jaurès, Maquet, Messimy, d’Estournelle, etc... Mais il faut aller plus loin et dire que ceci ne s'applique pas qu’à la France. La première nation qui commencerait à vouloir donner l’exemple courrait les mêmes risques, appellerait sur elle la tempête, car il est trop naturel à l’homme ct surtout aux peuples, plus passionnés encore que leurs gouvernements, de profiter de la faiblesse d'autrui. Et ceci, c'est un philosophe qui nous le dit, M. Fouiz- LIÉ (1) :
«Nous devons faire notre profit du grand avertissement donné par Kant lui-même qu’au moment suprême de la constitution des États-Unis d'Europe, que chaque peuple ait la main sur la garde de son épée; autrement, il pourrait disparaître avant le grand jour. »
Ce sont là, enfin, des paroles sensées.
Il ne faudrait pas croire d’ailleurs, que le danger des idées de désarmement n'existe que pour le pays qui s'y laisserait prendre, en multipliant en ce qui le concerne, les chances de guerre, parallèlement aux possibilités de la défaite, La défense est