‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 54 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA LIMITATION DES ARMEMENTS ET LA SECONDE CONFÉRENCE DE LA Paix

PREMIÈRE SECTION

D’uNE CONFÉRENCE À L'AUTRE

Malgré l’échec de la Conférence de la Paix, l'idée de désarmement continuait, nous l’avons vu déjà, à faire son chemin. Nous avons signalé les principaux de ses adeptes ; en France il convient d’ajouter que notre pays n'a pas, heureusement, le monopole en cette matière. Ainsi, en 1904, au Sénat américain, le général Nudes présenta une proposition de désarmement global et partiel sur le pied d’un effectif proportionnel à la population à raison de 1/1000. Mais ce furent surtout les innombrables sociétés internationales qui mirent la question à leur ordre du jour.

Pour ne parler que des principales, c’est en 1900, à l'Exposition universelle, le Congrès inlernational

du commerce et de l’industrie qui propose, en s’inspirant sans doute des conventions argentino-chiliennes :

1 Que les puissances civilisées concluent entre elles des traités d'arbitrage permanent;

2 Qu'on s'applique dans les écoles à tous les degrés et dans tous les pays, à affranchir l'esprit des enfants d’un chauvinisme agressif de façon à atténuer progressivement les haïnes des peuples (1). On espère ainsi que l’opinion publique pourra presser sur les décisions gouvernementales en matière d'armements.

La même année, la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté adresse à l'Union interparlementaire un projet de loi à introduire dans les divers États (2) :

Article premier. — Il sera prélevé 1 franc par 1.000 francs sur toute somme destinée aux armements deterre ou de mer, en quelque chapitre du budget qu'elle figure.

Art. 2. — Le montant du prélèvement ainsi effectué sera affecté : 1°... ; 2°... à la recherche internationale des moyens les plus propres à assurer le maintien de la paix et la réduc-

tion des armements.

Le projet de loi'ne fut pas discuté par l’Union

1. Journal des économistes, octobre 1900, 2. Rooue géx. c'e droit intern. privé, 1900, p. 530.

interparlementaire. Ces manifestations platoniques sont en tout cas sans danger.

À partir de 1900, il convient de signaler un autre organisme qui se réunit tous les ans, c’est le Congrès universel de la Paix, qui tient ses assises tantôt dans un pays, tantôt dans un autre (1). A Glascow, en 1901, le Congrès « convaincu que l'application aux nations d’un système de justice, de nature à résoudre pacifiquement les conflits internationaux, conduira nécessairement et normalement à une réduction progressive et simultanée des armements qui pèsent sur toutes les nations, estime que l'existence et surtout l’usage de la cour de La Haye, ainsi que la signature de traités d'arbitrage permanent... sont de nature à assurer ce résultat ».

Cette opinion est à retenir, car c’est celle, croyonsnous,qui se rapproche le plus de la vérité.

En 1903, à Rouen,le même Congrès «est persuadé que le temps est venu de remettre au premier plan de la propagande des sociétés de paix, la tentative d’une trêve internationale, des armements ». Et comme il estime que l’année précédente le gaspillage en armenents a pris des proportions fantastiques, le Congrès » salue avec une satisfaction particulière,

1. Revue gén. de droit intern., comptes rendus dans ses divers numéros.

‘les déclarations sages et courageuses de MM. Jaurès, d’Estournelle de Constant,etc... Il invite les amis de la Paix dans tous les pays, à insister près des gouvernements pour qu’ils reprennent l'étude de cette question en vue d’une nouvelle Conférence. Ici le congrès retombe dans l'utopie et dans l'impossible.

En 1906, à Milan, il exprime le vœu que « la nouvelle Conférence de La Haye concentre avant tout son attribution sur la question des bases préparatives de l’union juridique des États civilisés et sur la question de la limitation des armements » (1).

Citons les vœux. analogues du Congrès national des Sociétés Françaises de la Paix, à Nimes, le 7 avril 1904.

Mais la première place en cetie matière appartient à l’Union interparlementaire de la paix, qui, fondée sur l'initiative d’un membre du Parlement anglais, a aujourd’hui à sa tête M. Beernaert. Elle tint ses conférences à Paris en 1900, à Vienne du 7 au 9 septembre 1903, à Saint-Louis, lors de l'Exposition en 1904, à Bruxelles en 1905, à Londres du 23 au 25 juillet 1906.

C’est la session de 1904 qui devait avoir le plus

1. Voici la liste des sessions du Congrès Universel de la Paix, entre 1899 et 1907 : Paris, 30 septembre-5 octobre 1900 ; Glas- Cow, 10-13 septembre 1901 ; Monaco, 2-6 avril 1902 ; Rouen, 22- 27 Septembre 1903; Boston, 3-7 octobre 1904 ; Lucerne, 19-22 septembre 1909 ; Milan, 15-22 septembre 1906.

grand intérêt. Le 24 septembre 1904 une délégation de l’Union se rendit auprès du Président Roosevelt et sollicita de lui l'initiative d’une seconde Conférence de La Haye, où, bien entendu, la question du désarmement était entière. Le Président des États-Unis accepta cette mission « comme une chose tout à fait opportune qui se rattachait à une idée chère au gouvernement et au peuple américains ». Et ce fut là certainement l’une des origines de l’initiative à la seconde Conférence de la Paix, dont nous allons parler tout à l’heure.

En 1906, à lu veille de la Conférence, l’Union interparlementaire, sur le rapport de M. d’Estournelle de: Constant, insistait d’ailleurs encore sur ce point de: vue, dans l’ordre du jour suivant : « La Conférence interparlementaire, considérant que l’accroissement des dépenses navales et militaires qui pèsent sur le monde est universellement reconnu comme intolérable, émet le vœu que la question de la limitation des armements soit inscrite au programme de la prochaine Conférence de La Haye.

Elle le fut en effet, et voicicomment.

SECTION II

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