LE PROGRAMME DE 1907 ET LES ARMEMENTS
Le gouvernement russe avait d’abord pensé à convoquer la conférence pour mai 1906, mais à ce moment l'entente n'était pas faile, et la conférence pan-américaine de Rio vint à propos pour motiver une année de retard et permettre aux États de l’Amérique latine, nouveaux venus, de se rendre à la nouvelle conférence.
Dès les premiers pourparlers, Nicolas II avait nettement manifesté son intention que la question des armements ne fût pas posée. Il y avait à cela des raisons évidentes et multiples :
1° L’échec de 1899 était une note suffisante, la première conférence ne s'était sauvée du ridicule que par ses efforts sur les autres points, il était bien inutile d'exposer la seconde à un échec ;
2° La Russie à l’extérieur, battue et affaiblie, sous la menace de l’anarchie et de la révolution à l’intérieur, avait besoin de s’armer à nouveau, de reconstituer son armée, ses flottes, ses budgets, ses administrations. [l ne pouvait donc être question de
1. Voir pour les textes le livre de M. Renault : Les Deux conférences de la Paix. Paris, Rousseau, 1908.
UT désarmer, et ceci doit nous montrer combien les idées humanitaires se modifient avec la situation politique. En 1899 on peut suspecter la Russie de vouloir se réserver en Europe,pour mieux combattre en Asie. Elle propose la limitation, mais en ayant bien soin d’en excepter ses possessions mandchouriennes. En 1907 elle a besoin de refaire ses forces, elle écarte délibérément la question : ce parallèle est instructif; aussi bien que l'attitude des États-Unis, il montre à l’évidence que les propositions relatives aux armements sont dictées par les nécessités politiques des gouvernements, par les besoins financiers ou autres, peu importe, mais nullement dans des buts humanitaires ou désintéressés.
Plus claire encore que l'attitude de la Russie et des États-Unis en cette question, fut celle des autres États.
La note russe du 16-29 mars 1906, qui invitait à la conférence les puissances du monde entier, fut suivie d’une deuxième du 3 avril 1905, qui indiquait le programme proposé; il n’y était question que de l'arbitrage et des lois de la guerre (1) eton en excluait formellement la question de la limitation des armements :
«Estimant qu'il n’y a lieu actuellement que de pro-
1. V. Deuxième Conférence de la Paix. Introduction, p. 25 et suive
céder à l'examen des questions qui s'imposent d’une façon particulière, en tant qu’elles découlent de l'expérience de ces dernières années, sans toucher à celles qui pourraient concerner la limitation des forces militaires ou navales », etc...» Le gouvernement russe estimait, cette fois à juste titre, que ces questions méritent à juste titre d’être exclues, tout autant que les questions purement politiques, car elles le sont aussi, il demeurerait bien entendu que les délibérations de la réunion projetée ne devraient porter, ni surlesrapports politiques entre les États...»
Gr on peut sans exagération aucune considérer que l’état des armements, à un moment donné, rentre dans «les rapports politiques entre les États », et que les puissances qui voulurent à tout prix introduire ce thème dans la délibération de la conférence firent œuvre politique, dénaturèrent, sciemment ou non, le caractère de cette réunion mondiale, et rendirent mauvais service à l’humanité, en risquant d’entraver l'élaboration nécessaire, mais si difficile de la loi internationale.
L'accueil réservé à la circulaire ne fut pas, en effet, partout lemême.Les États-Unis, auxquels on ne peut se défendre de prêter quelque arrière-pensée de division, et dont nous avons montré l'intérêt particulier en cette question, firent savoir qu'ils désiraient que la question delalimitation des armements fût traitée à la seconde conférence, ainsi que la
question relative à l'emploi de la force pour le recouvrement des dettes publiques des États.
L'Espagne, on ne sait trop pourquoi, fit de même, peut-être pour plaire à l'Angleterre vers laquelle elle inclinait alors sa politique.
Ce fut en effet l'Angleterre qui contribua le plus délibérément à remettre cette question sur le tapis.
L’Angleterre, en ce faisant, pouvait bien prétendre qu’elle ne faisait que suivre une tradition ininterrompue chez elle. Elle pouvait rappeler la déclaration de Peel à la Chambre des communes en 1841, contre le steeple-chase des armements ; citer, comme nous l’avons fait, la parole de Disraeli en 1856, l'initiative de Cobden ; le mémoire de Salisbury en 1890 ; les discours de Lord Goschen en 1899; elle pouvait même rappeler les travaux de Lormier ; et l’adhésion inattendue de M Chamberlain en 1903 à l’idée d’une réduction progressive des armements, adhésion contemporaine de Fachoda ; enfin en 1905, sir Henry Campbell-Bamermann avait tenu le !angage suivant (1) aux Communes :
« J’estime que l’accroissement des armements est un grand danger pour la paix du monde. Étant donné que le principe de l'arbitrage pacifique fait des progrès, une des tâches les plus nobles des