Séance du 22 décembre
hommes d'État consiste à modifier ces armements en vue d’une ère nouvelle et plus humaine. Y a-t-il un rôle plus noble pour un grand pays que de se mettre au moment présent à la tête d’une ligue de la paix, par l'intermédiaire de laquelle cette œuvre pourrait être accomplie ?......»
Ces paroles laissaient pressentir l'attitude que la Grande-Bretagne adopterait à la conférence projetée. L'idée faisait partie d’ailleurs du programme du parti libéral arrivé au pouvoir, et le mouvement n'était pas seulement ministériel. Le gouvernement ne faisait que suivre la direction très nette que lui imprimait la Chambre des communes.
En effet, le 10 mai 1906, le député Vivian, du parti ouvrier, interpella sur la question des armements le ministre des Affaires étrangères, Sir Edward Grey.Le gouvernement ne pouvait que suivre sur ce terrain une partie importante de sa majorité, ou plutôt le seul parliquiluidonne sa majorité contre les conservateurs, et dont il savait si bien qu'il ne pourrait se passer quand viendrait la grande querelle constitutionnelle relative à la Chambre des lords. La question des armements était done aussi une question de politique intérieure pour le cabinet anglais, et Sir Edward Grey répondit:
€ Au nom du gouvernement j'accepte et j’accueille la résolution Vivian et j'espère que les autres puissances la considéreront comme une invitation du
gouvernement anglais à répondre à un appel en faveur d’une réduction des armements. Le 25 mai, lord Fitz Maurice faisait à la Chambre des lords une déclaration analogue, invoquant qué l'Angleterre allait faire une démarche auprès des puissances.
La question était officiellement posée. Il est facile de montrer ici que le tremplin de politique intérieure anglaise devenait un moyen de politique extérieure.
De même que la suprématietotale des États-Unis sur les autres nations américaines est un fait évident, la suprématie maritime de la flotte anglaise sur chaque flotte du continent, et même sur deux de ces floties réunies (le fameux {w0-powers standard est un fait acquis, était surtout un fait réalisé en 1906-17. En dix ans,le budget dela Guerre anglais était passé de 40.440.000 livres sterling à 61.635.000 soit une augmentation de 21.195.000 livres sterling,soit 63 o/c pour l'armée, 43 o/o pour la marine (1).L’Angleterre se trouvait avoir fait un effort considérable,et se considérait comme assurée du lendemain. Dès lors que risque-t-elle en proposant un arrêt, c'est-à-dire le slatu quo, où une diminution proportionnelle, c’està-dire le mainlien de sa suprématie.
Lorimer lui-même quand il propose sa réduction proportionnelle avoue ingénument (2) que le résul-
1. Bull. de stat. et législalion comparée, 1906 p. 539. 2. Ci-dessus dans la Revue internationale de droit privé, op. cit. et loc. cit.
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tat nécessaire sera atteint, puisque l’Angleterre conservera son rang maritime qui est de beaucoup le premier. Donc l'Angleterre ne risquait rien. Bien plus, elle évitait une menace toujours plus pressante : celle de l’Allemagne dont les armements maritimes cherchent à la rattraper, vont à pas de géant, auront sans doute du mal à la surpasser,mais au moins rendront de plus en plus difficile le maintien du power standard. Quelle excellente affaire si l’on pouvait arrêter l'Allemagne avant qu'elle eut donné tout son effort. De là la déclaration d’octobre 1906, par laquelle le gouvernement de S.M. Britannique avisait Saint-Pétersbourg de son intention de poser à la Conférence la question de la limitation des armements.
SECTION IV