‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 69 sur 70 · ON GIE · texte numérisé non relu

ON GIE

A la Chambre des Communes, le 23 février 1911, M. Pirie a interpellé le gouvernement au sujet de la proposition américaine relative à la nomination d’une commission d’études, en lui demandant si la }proposition avait été transmise à Londres et quelle réponse le gouvernement avait donné. Sir Edward Grey a répondu (1), que la communication avait été faite par l'ambassadeur américain, lequel avait demandé si l'Angleterre coopérerait et jusqu’à quel point. « Ma réponse a été que Sa Majesté a toujours porté le plus vifintérêt au projet d’une entente internationale, en vue de ce but, et, dès lors, serait prête à discuter franchement et à fond cette question avec le gouvernement des États-Unis en appuyant tout projet sérieusement étudié et pratique proposé par le gouvernement des États-Unis. Le gouvernement... attend avec un intérêt sympathique la conclusion à laquelle la commission susdite arrivera... » On conviendra que ce n’est pas trop s'engager, car le résultat des efforts de la commission américaine paraît encore dans le futur devenir.

Le 18 mars 1911 (2), le député libéral Murray Mac Donald a proposé la résolution suivante : « La Chambre considère avec inquiétude l'accroissement

1. Revue générale de droit international privé, 1911, p. 240. 2. Ibid...

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énorme de dépenses pour l’armée et la marine pendant ces dernières années et est d’avis que ces dépenses doivent être réduites. » Cette résolution a été appuyée par le député radical Ponsonby. Le député libéral King, considérant que cette motion mettait l'Angleterre en fâcheuse posture, et allait beaucoup trop loin, a proposé l'amendement suivant : « La Chambre regrette la nécessité du maintien des armements à outrance, et accueillerait avec empressement une entente internationale pour la réduction des armements », ce qui n’est plus du tout ia même chose, et ne fit que rééditer un vote analoque à celui qu’émirent les Conférences de La Haye.

Le débat fut l’occasion pour sir Edward Grey de définir la politique du cabinet sur ce chef. Il considère que c’est un «paradoxe » de voir les armements croître avec la civilisation, et surtout chez les nations les plus civilisées, à mesure que leurs rapports deviennent meilleurs (?) Il croit que pour les nations la ruine est au bout, et que de là sortira fatalement une réduction des armements, il ajoute toutefois que l'effort peut durer plus longtemps en Angleterre qu'ailleurs, et par là montre encore qu’il ne perd pas de vue, malgré ses noires prophéties, l’obligation de ne pas laisser les voisins croire à un aveu de faiblesse. Il critique surtout l’Allemagne qu'il accuse de faire échouer les efforts en vue d’une réduction des dépenses. [l termine en disant que le dévelop-

pement de l’arbitrage serait un remède, et en laissant pressentir le traité anglo-américain d’arbitrage obligatoire général, qui vient d’être réalisé.

A la suite de ce discours, la Chambre des communes repoussa la résolution Mac Donald par 276 voix contre 56, et adopta l'amendement platonique de M. King.

Il résulte de ce débat que l'Angleterre si elle n’est pas prête à donner l’exemple d’une réduction des armements ou des budgets militaires, est du moins toute prête à engager l’Allemage à ne pas l’obliger à les augmenter.

Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne que certains des membres du cabinet anglais ont, à la même époque, fait certaines démarches personnelles en ce sens près des ministres allemands. La presse a raconté à plusieurs reprises que Sir Charles Dilke avait, telle la colombe de l’arche, transporté plusieurs fois au-delà des mers, un rameau d'olivier, mais à lire le discours précis et direct de Sir Edward Grey, il semble bien que le ministre libéral n’ait eu sur ce point que des déceptions. Les efforts faits par la diplomatie allemande pour donner à l'Angleterre un semblant de satisfaction dans le but, d’ailleurs très pratique, de faire échec à l’entente francoanglaise, et d'opérer un rapprochement pour lequel Guillaume II lui-même s’est dépensé, n’ont pu même aboutir qu'à un résultat tout à fait insignifiant. Il

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suffira pour s’en convaincre de parcourir les discussions qui ont eu lieu sur ce point au Reichstag, et de lire le discours, d’ailleurs très net, très franc, et très vigoureux du Chancelier au cours de la discussion du dernier budget d'Empire (1).

A la séance du 10 décembre 1910, lors de la première délibération, M. de Bethmann-Holhweg, en réponse à un discours du député Banermann sur les relations anglo-allemandes, dit: « En ce qui concerne nos rapports avec l’Angleterre et de prétendues négociations relatives à une limitation conventionnelle des armements sur mer, je dois tout d’abord insister sur ce point qu'il est de notoriété publique que le gouvernement britannique a exprimé à plusieurs reprises l’idée qu’une fixation conventionnelle des forces maritimes des différentes puissances, contribuerait puissamment à l'amélioration des relations internationales. On sait que l'Angleterre a déjà exprimé cette idée à la Conférence de La Haye. Depuis l'Angleterre l'a mise en avant à diverses reprises sans toutefois faire de propositions qui puissent nous donner lieu de répondre par une acceptation formelle ou un refus positif. » C’est dire diplomatiquement, que les négociations n’ont été qu'’officieuses, parce que l’on n’a pas voulu de part et d’autre

1. V. le Temps du 31 mars 1911 et Revue générale de droit internationale privé, 1911, p.202.

aboutir à la constatation d'une opposition d'avis officielle.

D'ailleurs, le chancelier ajoute : « Nous avons toujours mis en avant dans les pourparlers non obligatoires qui ont eu lieu çà et là, et qui ont été engagés de part et d’autre dans un esprit amical, l'idée qu’une discussion franche et confiante et un accord consécutif relatif aux intérêts économiques et politiques des deux pays était le moyen le plus sûr de faire disparaître toute méfiance au sujet de leurs armements respectifs...»

Autrement dit, il convient de faire disparaître les motifs de rivalité avant de songer à désarmer.

Le 30 mars, lors de la seconde discussion, le parti socialiste déposa sur le bureau du Reichstag une motion ainsi conçue : « Étant donné que la Chambre des députés française, et la Chambre des communes anglaise se sont déclarées prêtes à accepter une limitation des armements, le Reichstag prie le chancelier de faire immédiatement une démarche en vue d’amener la conclusion d’une entente internationale pour la limitation des armements... « De son côté, le parti progressiste a prié le chancelier d’entrer en négociations avec les grandes puissances aussitôt que l’une d'elles ferait des propositions tendant à limiter simultanément et également les dépenses militaires et navales. Cette résolution fut adoptée, elle est

d’ailleurs platonique, puisqu'elle attend que d’autres commencent.

Ces motions ont fourni à M. de Bethmann-Hollweg, l’occasion de montrer toutes les responsabilités de l'entente souhaitée. Le chancelier fait d’abord allusion aux efforts des sociétés pacifistes,jusqu à l’étude des gouvernements, proposée par les vœux de La Haye. « L’Allemagne,dit-il, s’est conformée à ce vœu, mais nous n'avons pas trouvé de formule utilisable, et je ne crois pas que les autres gouvernements aient été plus heureux que nous. Je n'ai, pour ma part, jamais rencontré de propositions précises et détaillées qui permissent une discussion sérieuse. Il en est de même aujourd'hui ; je crois que vous vous êtes imposé une tâche peut-être idéale, mais dans la pratique impossible à exécuter. » Il n’y a évidemment aucune raison de douter de ces assertions. Aucun programme pratique n’a jamais été présenté, puisqu'il a toujours été impossible d’en dresser un. Or, comme le chancelier l’ajoute fort exactement : « Celui qui présenterait des porpositions confuses, risquerait fort de troubler la paix au lieu de l’assurer ».

Puis faisant allusion aux désirs de paix des peuples et aux efforts méritoires faits en ce sens : « Ces assurances de paix générale, ne suffisent pas quandil s’agit de proposer à une grande puissance de désarmer ». Cela encore est d’une évidence qui se passe de démonstrations.

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Le chancelier pourtant a tenu à en présenter une en démontrant qu’il n y a pas de base pratique pour le désarmement même proportionrel.

« Je suis très reconnaissant au parti du cenire de ne pas m'avoir demandé de formuler des propositions. Il faudrait établir une sorte de rang entre les différentes nations au point de vue de la valeur de leurs armées et de leurs flottes... Je refuserais pour mon compte de composer une pareille liste... L’Angleterre a souvent affirmé que sa flotte doit tenir tête à toute combinaison possible dans le monde ou même lui être supérieure. C’est le droit légitime de l'Angleterre de revendiquer ce rang... Cependant ce serait tout autre chose, s’il fallait prendre cette affirmation de l'Angleterre comme base d’une entente. On peut se représenter ce qui arriverait à une conférence mondiale si une puissance n’était pas satisfaite du rang qui lui aurait été attribué... Si l’on demandait à l'Allemagne de diminuer, disons de 100.000 hommes, son effectif, dans quelles proportions faudrait-il diminuer celui des armées française, russe, autrichienne ? Il faudrait que la puissance fût fixée... Toutes les nations répondraient à une pareille enquête qu’elles réclament pour elles-mêmes la place qui correspond à la somme de leurs forces nationales, à leur importance économique générale.., La liste une fois faite, il s’agirait encore de trouver une mesure pour comparer la force des

armées... Vous prévoyez d'ici toutes les difficultés possibles... Enfin un essai de désarmement ne va pas sans contrôle, et toute tentative de contrôle produirait de la méfiance et des troubles... La question du désarmement est, pour tout observateur sérieux, insoluble autant que les hommes resteront des hommes et les États des États. »

Passant ensuite au projet de communication des budgets navals proposés par l'Angleterre, le chancelier dit : « L'homme d'État anglais (Sir Edward Grey) a déclaré qu’un échange d'informations exactes entre l'Angleterre et l'Allemagne au sujet des constructions navales serait profitable à la paix. Les autres puissances seraient par là fixées au sujet des rapports de l’Allemagne et de l’Angleterre, et aussi cet échange de renseignements serait profitable d’une façon générale à la cause de la paix. Nous avons pu approuver cette pensée avec d'autant plas de facilité que notre programme de constructions navales est connu de tout le monde. Nous sommes donc prêts à nous entendre avec l’Anglerre à ce sujet afin d’apaiser l'opinion publique anglaise. »

Ainsi c'est à ce point qu'aboutissait la campagne anglaise, à l’'échange,par condescendance, de la part du gouvernement allemand, de projets budgétaires connus de tout le monde et par suite sans aucune espèce d'importance. Cette question du désarmement a donc fatalement pour conséquences de se

résoudre en bonnes paroles et de se dissoudre en eau bénite de cour.

La conclusion du discours est à retenir : (On ne peut pas biffer l’ul{ima ratio d'une nation : on ne peut qu’envisager d’en reculer le plus possible la date.,la force fait partie de la préparation à la paix. Le vieux dicton : « Le faible est la proie du fort » a toujours la même valeur. Si une nation ne veut plus ou ne peut plus consacrer autant à son armée qu’elle doit le faire pour garder son influence dans le monde, elle passe immédiatement au second ranget un plus fort prend sa place... »

Cette dernière phrase est en réalité, la moralité politique de toute cette étude, de même que le discours du chancelier nous apparaît comme pouvant servir de résumé. C’est pourquoi nous l’avons cité avec quelque insistance. Mais nous avons hâte d’arriver nous-même à des conclusions, qu’il nous sera permis de faire brèves, parce qu’elles se dégagent d’ellesmêmes de cette étude, et que nous n’avons négligé aucune occasion de les faire par avance pressentir.

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