‹ La Question de la PopulationChapitre 105 sur 177 · LE NÉO-MALTHLSIAMSME EN FRANCE · texte numérisé non relu

LE NÉO-MALTHLSIAMSME EN FRANCE

conceptionnelles ne lui suffisent pas ; elle réclame ouvertement le droit k l'avortement et la suppression de toute répression légale à ce sujet ; elle a, sinon en droit, du moins en fait, presque triomphé sur ce point.

Au moment même où j'écris ces lignes, je reçois li'ux numéros du journal mensuel : La Génération

'iisciente (5** année, 1" août 1912), feuille qui a

mplacé, avec un titre plus explicite, le journal : La Régénération ; on y demande l'abrogation de

l'infâme article 317 » du Code Pénal, lequel

isse l'avortement parmi les crimes et le punit «l une peine qui n'est quasi plus jamais appliquée; on s'v plaint de la surpopulation en France et Ton v souhaite une nouvelle diminution du chiffre si infime des naissances.

Il n'est aucunement douteux que l'avortement ne soit un fléau qui, grâce à la propagande occulte et même publique dont il est l'objet et à l'indifférence de la justice lui assurant presque l'impunité, répand énormément en France.

Les constatations des médecins à ce point de vue sont effroyables. L'un d'eux, membre del'Aca- 'It'mie de médecine, le docteur Doléris, affirme que « il n'est pas excessif de fixer à 35 et même 40 p. 100 le chiffre des grossesses interrompues de* quatre à sept mois ». Dans son ser\'ice à l'hôpital Boucicaut, ce même médecin déclare que, en guère plus d'un semestre, 49 femmes seraient mortes de tentatives d'avortement. Un autre médecin, le docteur Paul Landroy, ancien président de la Société de médecine, soutient qu' « il y a aujourd'hui plus d'avortements que de naissanros ». D'après le docteur Lacassagne, profes-

seur à l'Université de Lyon, il se pratiquerait dans cette ville 10.000 avortements par an; le même médecin estime pour Paris à 70.000 le nombre annuel des avortements contre 63.000 naissances. D'après le même praticien, on devrait estimer à 430.000 ou même oOO.OOO le nombre annuel des avortements en France, ce qui équivaudrait à peu près aux deux tiers des naissances.

Ces chifires paraissent fort exagérés; les proportions peuvent n'être pas excessives pour les villes; mais elles le sont, certainement, pour les campagnes. Il faut noter, néanmoins, que la plupart des spécialistes témoignent non seulement que i'avortement devient de plus en plus fréquent, mais qu'il représente, en France, relativement aux conceptions, une proportion très forte. Ainsi. « la Société Obstétricale de France », association qui ne paraît animée d'aucun sentiment la portant à des critiques excessives, dans un Congrès tenu en 1909, estime que « Yavortement, d'après les maternités des grandes villes, détruit prématurément, le tiers environ des produits de la conception (1) «.Comme ce rapport n'est indiqué que pour

(1) II nous paraît intéressant de reproduire le texte de la motion votée à ce sujet par la Société obstétricale de France; nous empruntons ce texte aune étude de M. G. Deherme, parue dans La coopération des Idées, du 10 novembre 1909, sous le titre : Le Néo-Malthusisme :

« Vu les statistiques impressionnantes publiées en France et à l'étranger sm* la fréquence croissante de I'avortement, les enquêtes nombreuses et précises poursuivies par de nombreux gynécologues et corroborées par l'observation clinique des signes spéciaux et l'aveu facilement obtenu d'un certain nombre de nialades :

« La Société obtétricale de France, réunie en congrès international, considérant qu'elle n'a pas qualité pour prendre position au regard des dispositions édictées par le Code pénal français contre « I'avortement criminellement provoqué »;

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