‹ La Question de la PopulationChapitre 106 sur 177 · I.i: NÉO-MALTHUSIANISME EN FRANCE · texte numérisé non relu

I.i: NÉO-MALTHUSIANISME EN FRANCE

les grandes villes et qu'il doit être beaucoup moindre pour les campagnes, on peut évaluer à une centaine de mille environ, le nombre annuel des avortements pratiqués en France.

On peut dire que, à l'heure présente, l'avortenient se généralise de plus en plus en France, non seulement parmi les femmes de mauvaise vie ou dans les ménages illégitimes, mais même parmi les femmes mariées menant une existence régulière-

i.es provocations à ces pratiques sont incesô.iites et se font au grand jour. Tous les journaux, notamment les journaux populaires, sont remplis 'lannonces de sages-femmes offrant leurs soins

Qu'elle na pas davantage à se prononcer sur ceUe question points de vue social, moral ou religieux; Mais que, néanmoins, elle ne saurait se dérober au devoir de • entendre un cri d'alarme et un avertissement salutaire: Adopte les conclusions suivantes :

Dans Tavorteinent criminellement provoqué, tel qu'il est uuservé, un fait est incontestable : la grande fréquence et l'extrèmo gravité des accidents consécutifs aux pratiques coupables, quelles que soient les précautions apportées à l'acte criminel et la techniqui' employée.

G Les statistiques établissent que :

« 1' Dans la grande majorité des cas, de longues et sérieuses maladies locales s'ensuivent;

« 2» Dans les deux tiers des cas environ, des affections très graves mettent la vie en péril et occasionnent une incapacité de travail allant de plusieurs mois à plusieurs années, et une incapacité fonctionnelle définitive : les survivantes restent infirmes ;

« 3» Dans 6 p. 100 des cas, enfln, la mort, qui respecte les accouchées normales à terme, suit immédiatementou à bref délai les pratiques abortives.

« Désireuse, en outre, d'apporter sa contribution à la préservation sociale contre un fléau qui. d'après les plus récentes statistiques des maternités des grandes villes, détruit prématurément le tiej-s environ des produits de la conception, la Société obstétricale do France décide la constitution d'un comité international permanent, en vue de rechercher et d'étudier les mesures prophylactiques à proposer aux pouvoirs publics. »

Le début de cette déclaration montre que « la Société obstétricale de France » est affranchie de toute inspiration idéaliste et qu'elle n'envisage que les faits positifs dans leurs simples conséquences médicales; sa déclaration n'en a que plus de portée.

pour « les retards », formule anodine et transparente.

Les poursuites pour avortements sont très rares et n'aboutissent quasi jamais. Le Code pénal, écrit au temps d'une morale sociale rigide, classe l'avortement parmi les crimes et punit de la réclusion ou des travaux forcés les femmes qui y recourent et ceux ou celles qui le pratiquent. En fait, il est excessivement rare que le parquet poursuive des actes de ce genre ; les jurés, la moitié du temps, par un écœurant cynisme qui témoigne de leur indifférence tout au moins, sinon de leur sympathie, pour ce crime, l'absolvent avec sérénité. D'après les statistiques criminelles, s'il est ouvert des instructions sur 4 à §00 affaires d'avortement par an, les dix-neuf vingtièmes sont abandonnés ou se terminent par des ordonnance^ de non-lieu, si bien que les affaires d'avortement jugées ne sont qu'au nombre de 20 à 30 par année, à savoir : 24, moyenne des années 1896-1900, 21, moyenne des années 1901-1905, 23 en 1906, 30 en 1907, 25 en 1908 (1). Dans plus de la moitié de ces rares cas de poursuites effectives, les jurés acquittent. Il faut donc des circonstances exceptionnelles pour qu'un avortement soit réprimé.

De même que les provocations transparentes à l'avortement s'étalent impunément dans la généralité des journaux, de même le commerce des objets anticonceptionnels remplit les annonces des feuilles soit populaires, soit mondaines, également

(1) Rapport du garde des Sceaux (ministre de la Justice) sur la Justice criminelle en 1908, analysé par l'Economiste Français du 29 janvier 1910, p. 160.

LE NÉO-MALTHUSlANlSME AUX PAYS-BAS 333

salis entraves efficaces (1). On a bien essayé, mais sans suite, de quelques tentatives de répression; faute de méthode, elles sont demeurées inefficaces. Il s'est constitué aux Pays-Bas en 1883, une ligue néo-malthusienne. De Nieuw-Malthusiaansche Bond, ayant, entre autres articles, le programme suivant :

n La diffusion des connaissances concernant les moyens

légaux à l'aide desquels chacun peut empêcher les naissances

nombreuses, dans le cas où l'arrivée d'un enfant diminue

hances de bonheur pour la famille et même leur ôte

toute possibilité dune vie digne de l'humanité. »

etle ligue se réclame, parmi ses pati'ons, de Il'U m. Pierson, économiste notable, ancien ministre des Finances et président du Conseil des Pays-Bas, qui, dans son Traité d'Economie Politique, a écrit: « On ne peut s'attendre à aucune amélioration véritable des conditions économiques si le nombre des naissances ne diminue pas considérablement ». Mais il est douteu.x que ce publiciste eût approuvé les pratiques dégradantes que cette ligue recommande dans des brochures et dans un journal intitulé : Lu Vie Heureuse. On doit constater avec regret que cette ligue a été « sanctionnée comme personne civile » par décret royal du 30 janvier 4895 (2) ; mais peut-être était-ce là une formalité qui ne se pouvait refuser.

La propagande de la ligue néo-malthusienne néerlandaise peut avoir eu quelque eflet, mais limité jusqu'ici : les Pays-Bas sont un dos pays

\l) Voir la note de la page 328.

\il Jacques Bertillon, op. cil. p. âli.

d'Europe qui, tout en perdant de leur prolificité d'il y a trente pu quarante ans (3o à 86 pour 1.000 liabitants), ont conservé une assez bonne natalité, à sa*» voir 28,8 p. 1.000 en 1910 (voirie tableau des pag^es 238 à 241). Cette résistance à la propagande néomalthusienne et aux abjectes pratiques qu'elle recommande tient sans doute, pour une grande part, à la force des sentiments religieux dont sont imprégnés les Néerlandais à quelque confession qu'ils appartiennent. Les partis politiques les plus importants, ceux qui ont le plus fréquemment détenu le gouvernement depuis un quart de siècle, soit les calvinistes anti-révolutionnaires, soit les catholiques sont ardemment attachés aux principes religieux : or, la religion est la cause essentielle, nous y reviendrons plus loin, qui écarte les pratiques antimalthusiennes et, conservant au mariage son caractère sérieux, y maintient une certaine fécondité (1). La moralité générale de la population néerlandaise se manifeste encore par le très petit nombre des naissances illégitimes ; une moyenne inférieure à 4.000 pour chacune des trois années 1908-1910, soit à peine 0,70 p. 1.000 du cliifïre de la population, alors que la proportion en France est beaucoup plus que double, malgré une réduction du chiffre de ces naissances dans les dernières années chez nous, grâce surtout aux pratiques néo-malthusiennes (voir plus haut, p. 215).

(1) On trouve un exposé très intéressant de la prédominance des sentiments religieux chez la population néerlandaise, dans une correspondance étendue de M. Hippolyte Parigot, qua publiée le journal Le Temps du 24 août 1912, à propos du Congt'ès International d'Education morale, tenu à la Haye à ce moment.

LE NtO-MALTHUSIANISME EN ALLEMAGNE 33»

En Allemagne, la propagande néo-malthusienne i les racines anciennes, quoique la très forte natalité germanique dans les trente ou trente-cinq années qui ont suivi la guerre franco-allemande ait longtemps dissimulées . Un professeur u économie politique, M. Rumelin, dans le Wurtemberg, en a été un des protagonistes. En i889, les néo-malthusiens ont constitué une ligue intitulée : « L'Union pour l'Harmonie Sociale, Dos Social Harmonische Verein », qui publia un journal appelé : V Harmonie Sociale. Il est possible que le déclin accentué de la natalité allemande, depuis l'ouverture du xx® siècle, qui a commencé de préoccuper les sphères dirigeantes chez nos voisins (la natalité germanique étant tombée, en 19il. un peu au-dessous de 30 p. 1,000, au lieu de 39 à 40 p. i.OOO dans la période 1874-1879) soit due en partie aux efforts de cette ligue et de ses adeptes. Certains grands journaux allemands laissent entendre que les pratiques néo-malthusiennes se propageaient brusquement dans la population. Quoique le sentiment religieux, la digue principale contre le néo-malthusianisme, soit en Allemagne très répandu et malgré le très grand essor -le l'industrie et du commerce du pays, il ne serait pas étonnant que la natalité allemande dans "le prochain quart de siècle, par la généralisation des pratiques néo-malthusiennes, s'affaissât à25p. 1.000 et ultérieurement peut-être beaucoup plus bas ; la mortalité ayant chance de fléchir à 15 p. 1.000, l'Allemagne conserverait encore un notable excédent des naissances sur les décès, de 600.000 âmes peut-être par an ; mais ce serait déjà un appréciable déclin relativement à la situation présente

et ce déclin pourrait graduellement s'accentuer dans de fortes proportions.

L'Allemagne, sinon dans toute son étendue, du moins dans ses grandes villes, souffre du néo-malthusianisme, auquel le socialisme paraît avoir du penchant. En 1909, tandis que la natalité allemande générale, (mort-nés compris) est encore de 31,9 par 1.000 habitants, proportion fort élevée, elle tombe à 2o,8 dans la ville de Hambourg et à 22 dans celle de Berlin (1), ce qui rapproche cette ville pour la natalité de la ville de Paris (17,05 pour 1.000 habitants en 1909). Il se répand en Allemagne des livres prônant les manœuvres anticonceptionnelles (2).

On sait que l'Espagne est une des contrées où les idées socialistes les plus avancées et les doctrines même anarchiques se sont le plus répandues dans la population. Il n'est donc pas étonnant qu'il existe à Barcelone une ligue néo-malthusienne, laquelle s'intitule : Ligue de la regeneracion humana, constituée, nous dit-on, en juillet 1904. Il s'en est créé une aussi, paraît-il, à Cuba (3), quoique cette île, magnifiquement fertile et relativement impeuplée, pût, avec ses 110.000 kilomètres carrés, nourrir dans une large aisance une

(1) Statislisches Jahrbuch fur das Deutsche Reich 19H, p. 20.

(2) En parcourant le catalogue d'une librairie allemande de livres scientifiques d'occasion (Antiquariats-katalog) qui m'était envoyé en octobre 1912, en ma qualité de professeur au Collège de. France, j'y trouve une centaine de numéros concernant la situation de la femme et le mariage : Frauen, Liebe, Ehe, Sexuelles; un certain nombre des titres me paraissenf indiquer des publications néo-malthusiennes ; cela est évidemment le cas du suivant : Lesser, A. V. Liebe ohne Kinder : Ratligeber filr Verhûtung der Empfangniss, mit Abbildgn, Leipzig., 1895. (Le mariage sans enfants, conseils pour prévenir la conception, avec gravures.)

(3) Jacques Bertillon, op. cit., p. 213.

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