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CHAPITRE PREMIER

Frivolité de l'opinion publique et indifférence des pouvoirs publics à l'égard du déclin constant de la natalité en France. — Opinion sophistique de quelques écrivains démocrates célèbres à ce si^t. — L'atTaiblissement de la puissance militaire et politique de la France, quoique constituant un mal qui n'est pas négligeable» n'est que la moindre des conséquences funestes de l'atraissement de la natalité française. — Déchéance graduelle lie la langue française comme instrument international : preuves à ce saj«t. — Graves inconvénients qui en résultent pour la France, au point de vue économique et social. — La langue française est appelée à devenir sur le globe une langue secondaire ou une langue purement littéraire. — Elle peut, par le développement de ^iII^Dig^ation étrangère, perdre du terrain même en France, — Mftlgré certaines preuves frappantes d'énergie individuelle chez ks Français, l'ensemble de la population tend à s'étioler.

Le cas spécial de la France qui, depuis longtemps, a marché, d'ordinaire, à l'avant-garde des nations civilisées, étant la plus vieille nation européenne constituée, la première qui ait établi chez

L'Ile la démocratie comme régime politique el social, la première qui se soit en grande partie détachée des croyances et des sentiments traditionnels, la première aussi qui ait été dans ses couches profondes pénétrée par l'aisance, le bien-être et par l'esprit d'arrivisme, mérite une particulière attention, un examen attentif et un peu détaillé.

Rappelons d'abord succinctement les faits : ];i natalité française annuelle qui, vers le milieu du Second Empire, se tenait généralement un peu au-dessus de 1 million de naissances (1) s'est affaissée graduellement à 742.000 en 1912, soit un déclin de 260.000 naissances en moins d'un demi-siècle ; on comptait encore 857.000 naissances en 1901, c'est donc un déclin de 115.000 naissances ou de 13,42 p. 100 en dix années.

Au moment où paraissent chaque année les tableaux désastreux du mouvement de la population en France, l'opinion publique paraît éprouver à leur sujet une légère émotion ; les journaux y consacrent quelques articles ; mais cela n'a pas de

(1) Voici le nombre annuel des naissances pour chacune des dix années de 1859 à 1868 :

^^^^ i.uw.uuu j JMuiséU atteint M FriDM).

1860 . . . 956.000 \ ("■*• 1" succède i uoe grande

Ainsi dans ces dix années, il n'y en avait que trois où la natalité fût au-dessous de 1 million et encore sauf en 1860, année où la natalité se trouvait réduite par la grande guerre de 1859 (contre 1" Autriche), la natalité dans ces deux années défavorables ne s'écartait-elle que très peu de 1 million (Voir la table de E. Levasseur. La population française, tome II, pages 6 à 9).

ULirée et l'on oublie, sinon le lendemain, du moins au bout de peu de jours, ces constatations lamentables. Opinion publique et pouvoirs publics témoignent d'une égale indiiférence devant ces indices significatifs de la décadence française et ces les précurseurs de la disparition de la nation et 'M la race (i).

Même les hommes réfléchis ne paraissent pas se rendre compte de l'étendue du mal et des résultats fatals qu'il doit avoir, sauf remèdes énergiques, dans un avenir très prochain.

Les démocrates, sinon les démagogues, ont toujours eu une inclination pour la faible natalité et la réduction de la population; ils s'imaginent que la situation de la classe ouvrière peut en être améliorée. C'était, on l'a vu plus haut (page 33), une opinion assez répandue parmi les révolutionnaires français de la fin du xyiii*" siècle que la population française pouvait être avantageusement réduite, dans des proportions même considérables. Ils avaient précédé Malthus. On retrouve ces idées très courantes à cette époque parmi les coryphées "lu parti ultra-démocratique.

Aujourd'hui encore, des écrivains notables, appartenant à l'opinion démocratique et à tendances socialistes, non seulement excusent l'affaiblisse-

il) Nous donnons acte de ce que le ministère Waldeck-Rousseau, il y a une dizaine d'années, avait constitué une Commission extra-parlementaire pour étudier les questions se rattachant au mouvement de la population en France, mais après dix années il n'en est absolument rien sorti. Au moment où nous revoyons ces lignes (novembre 1912), le ministre des Finances, M. KIotz, vient de constituer une Commission, composée de plus de 300 membres, •' chargée d'étudier toutes les questions nationales, sociales et fiscales relatives à la dépopulation et de chercher les moyens d'y remédier, w

ment graduel de la natalité française, mais seraient même portés à le donner en exemple au monde. On a eu de cette conception contemporaine des exemples frappants en l'année 1909. Un journal français sensationnel, Le Matin, ayant ouvert, dans le courant d'octobre de ladite année, une de ces consultations auxquelles se complaît aujourd'hui la presse, reçut des réponses qui méritent d'être signalées. Deux personnages étrangers considérables, d'un côté le professeur autrichien Gumblowitz, auteur, cependant, d'un livre connu sur la Lutte des Races (1), de l'autre le poète et romancier norvégien Bjœrnstjerne Bjœrnson, se sont prononcés en faveur de la restriction française de la natalité ou, du moins, ont déclaré qu'elle otfrc plus d'avantages que d'inconvénients (2):

« Qu'y a-t-il de plus avantageux, dit Bjœrnson. pour les enfants eux-mêmes, pour les parents, pour la société, ou bien de mettre au monde une bande d'enfants, qui épuisent la mère, épuisent le père chargé de les nourrir et rendent par là même leur éducation difficile, ou bien de restreindre le nombre des naissances pour épargner la santé de la mère, ménager la puissance de travail du père et assurer aux enfants une bonne éducation ? » et il conclut : « Quelle honte pour notre civilisation, que les armées d'un peuple obligent le peuple voisin à s'imposer un surcroît de naissances, et fassent courir aux enfants le risque d'une mauvaise éducation, pour le plus grand dommage de leurs aptitudes, de leurs sentiments et de leur caractère ! »

(1) Voir son article dans Le Matin (Enquête sur la population), écrit quelques jours avant son suicide et celui de sa femme.

(2) Le Matin du 11 octobre 1909.

Dans le même numéro, du journal Le Matin, I écrivain dramatique français Brieux incline k la même opinion, en reproduisant l'image de Malthus : « Il faut conseiller aux Français atteints de pauvreté matérielle ou physique de ne pas faire 1 enfants. L'homme, qui procrée sans réflexion, qui ajoute un convive autour d'une table insuffisante, l'homme qui perpétue ses tares physiques dans un être nouveau, cet homme-là est une brute ou un criminel ; par contre, il faut conseiller la famille nombreuse à ceux qui sont bien portants et aisés, (1) » Il est certain qu'en suivant ces conseils une nation disparaîtrait en deux ou trois g-énérations.

On ne s'émeut, d'ordinaire, chez nous, de l'atfais- -ement de la natalité française qu'au point de vue militaire et l'on vient de voir que c'est le seul inconvénient qu'ait aperçu le poète norvégien Bjœrnstjerne Bjœrnson de la limitation de la natalité qu'il préconise. On constate que le recrutement de l'armée porte d'année en année sur un nombre moindre de jeunes hommes, par la réduction de ce que l'on appelle la classe, c'est-à-dire des conscrits annuels, suite naturelle de la diminution graduelle des naissances.

Les « pacifistes » et nombre d'idéologues preniient aisément leur parti de cette infériorité. Ils

1) M. Brieux est l'an tour d'une pièce de théâtre intitulée ^\alernité, drame en trois actes, qui figure parmi les écrits de pagande néo-maitbusienne, c'est ainsi que sur la couverture la brochure intitulée : Comment se préserver de la grossesse auat nous avons parlé plus haut, page 328) on mentionne six ouvrages de propagande recommandés par la « Confédération des groupes ouvriers néo-malthusiens », à savoir : deux livres innocentant l'avortement, trois autres ouTrages et la Maternité, de M. Brieux.

considèrent l'état actuel d'antagonisme entre les nations comme un état morbide et passager ; ils prédisent que, grâce au développement. démocratique universel, cet état fera place à une concorde générale entre les peuples. Cette prévision paraît bien hasardeuse ou à bien longue distance (1),

Nombre des Français qui repoussent les théories du « pacifisme », et qui entretiennent pour la France des espérances de grandeur nationale ou qui, n'ayant pas confiance dans l'essor de la bienveillance universelle, redouteraient un affaiblissement de notre puissance militaire, se rassurent et se réconfortent en prônant l'enrôlement forcé des Arabes algériens et la constitution d'une grande armée noire pour suppléer à l'insuffisance des troupes métropolitaines. Un projet du colonel Mangin, ancien membre de la mission Marchand à Fachoda, réclame l'établissement du service militaire obligatoire parmi les noirs de nos colonies et publie un appel retentissant sous ce titre caractéristique : « Appelons P Afrique à notre secours (2) ». En 1908, un rapport parlementaire de

(1) Au moment même où nous écrivons (septembre 1912), on voit le plus grand peuple démocratique de la présente civilisation, les Etats-Unis d'Amérique, violer do la laron la plus manifeste et la plus effrontée les engagements internationaux auxquels ils avaient jadis souscrit pour légalité du traitement des divers pavillons dans l'usage du canal de Panama. Voir les nombreuses polémiques à ce sujet dans l'été et l'automne de 1912, le refus catégorique du Congrès des Etats-Unis de se conformer au traité Hay-Paunceforte et leur prétention également de ne pas admettre l'arbitrage de la Cour de La Haye. En d'autres matières, cette prétention aussi s'est fait jour dans le même pays. Le Congrès des Etats-Unis a, d'autre part, refusé de sanctionner les conventions d'arbitrage, quoique contenant beaucoup de clauses de réserve, que le président Taft avait conclues avec l'Angleterre et la France.

(2) Cet article a paru dans le journal le Matin du 3 septembre

hrrLis iiU btCLlN DE LA NATALITÉ EN FKANCE 345

Al. Messiniy, député, concluait, de son côté, à l'établissement de la conscription, c'est-à-dire du service obligatoire, parmi les Arabes d'Algérie ; devenu ministre de la Guerre en 1911-12, M. Mes- >iiny a, par décret, réalisé cette mesure. L'opinion publique française applaudit à ces moyens qui lui paraissent devoir maintenir la France au rang de mande puissance politique et militaire qu'elle a toujours occupé jusqu'ici.

On ne réfléchit pas que des armées de mercenaires d'une autre race, contituées non par enrôlement volontaire, mais par la contrainte, préparent les plus graves difficultés, dénormes dangers même, pour le pays imprudent qui y recourt. Quand l'Empire Romain se mit à enrôler des barbares, pour se défendre, il prépara son effondrement (1).

Dussent, néanmoins, ces moyens réussir pendant un temps ou même toujours, le point de vue d'où l'on ne considère les fâcheux effets de l'aflaiblissement de la natalité que en ce qui concerne la puissance militaire et politique est beaucoup trop borné. Sans doute, c'est un spectacle surprenant que celui d'un peuple, comme le peuple français à l'heure présente, qui ne veut pas faire d'enfants et voudrait faire des conquêtes. Ce contraste ne témoigne pas de l'équilibre mental de la nation. Mais à la rigueur on peut se passer de conquêtes, coloniales ou autres, et, quoique cet espoir comporte quelque témérité, on peut espérer que, avec

il Nous avons toujours blâmé, quant à nous, l'établissement du service obligatoire parmi les Arabes d'Algérie comme un des actes les plus téméraires que pût commettre un peuple colonisateur. Voir nos ouvrages : La Colonùation chez les Peuples modernes et L'Algérie et la Tunisie.

de la prudence, dont il n'est pas sûr, toutefois, que l'on ne se départira jamais, on évitera un choc avec les prolifiques nations voisines.

L'état stationnaire d'un peuple et, à plus forte raison, l'état dédisant, qui s'annonce pour \i France, comporte d'autres déchéances que U déchéance militaire et politique. Il faut compte^ aussi avec la déchéance sociale et la déchéance économique.

L'amoindrissement de l'importance numérique de la population française dans l'ensemble d\ groupement des nations civilisées fait notoirement décliner la lang^ue française du haut rang qu'elU tenait parmi les langues de la civilisation euro^ péenne. On sait que, en 1785, l'écrivain français Rivarol obtint le prix proposé par l'Académie d« Berlin sur la question de V Universalité de la Langui Française. Ces temps, quoique distants d'un siècle et quart seulement, apparaissent comme bien loin-tains. Aujourd'hui, à l'étranger, la langue fran-^ çaise perd partout du terrain : plusieurs petits^ peuples, jadis en quelque sorte clients de la France, les Pays-Bas, par exemple, et la Suède, ont, dans leurs récents cadres d'études scolaires, fait descendre la langue française des matières d'enseignement obligatoire parmi celles d'enseignement facultatif (1). Les langues des peuples restés prolifiques, l'anglais et l'allemand, tendent à se substituer au français. 11 n'est pas jusqu'à la Belgique oii la prédominance de la langue fran-

(1) Voir, dans Le Temps du 29 août 1912 (p. 6) une correspondance de Stockholm à ce sujet : depuis les programmes de 1904, le français n'est plus que facultatif en Suède dans les lycées et même à l'université pour la licence en langues vivantes.

aise ne soit l'objet de contestations, qu'aggrave, en • léfaveiir de la France, le constant abaissement, en Belgique même, de la natalité wallonne relativement à la natalité flamande (voir plus haut, page 227). La langue russe pourra, un jour peutêtre prochain, prendre une importance internationale considérable, dans une partie du globe du moins, et aussi la langue espagnole.

Il s'est trouvé, sans doute, un écrivain russe original, M. J. Novicow, disciple des philosophes firançais du xviii® siècle, pour soutenir que la langue française avait des chances non seulement de rester, en dehors de la France, la principale langue auxiliaire des peuples composant la civilisation européenne, mais de conquérir, en ce domaine, une prépondérance de plus en plus accentuée. Cette opinion est, sans doute, très flatteuse pour la France, mais il ne nous est pas permis d'entretenir cette espérance, qui est paradoxale; elle ne repose que sur des sympathies individuelles et elle est en contradiction avec les faits les mieux établis et les tendances les plus accentuées dans le monde.

C'est une inéluctable conséquence de la natalité toujours faiblissante de la France que l'amoindrissement graduel de la clientèle de la langue française dans le monde. Cela comporte ceci; il faut en prendre son parti.

Il n'est même pas certain que la langue française demeure la première des langues latines et que la France conserve son influence de sœur aînée parmi les peuples latins. L'expansion des Espagnols en Amérique rendra de décade d'années en décade d'années plus ample l'écart entre le nombre d'hommes qui parleront espagnol et le nombre

d'hommes qui parleront français. Quand les premiers seront 200 millions, ce qui peut être l'affaire d'un siècle, les 45 à 50 millions au maximum d'hommes pour lesquels le français sera la langue naturelle (1) auront bien de la peine à maintenir le rang de leur idiome même parmi les peuples latins.

La démocratie repose essentiellement sur le nombre : une nation démocratique, à population stationnaire et plus probablement déclinante, ne pourra, pendant une série de générations, garder son rang, nous ne disons pas politique, mais social et économique, parmi d'autres nations de civilisation égale ou approximativement équivalente, mais chacune numériquement très supérieure .

Or, la déchéance de la langue française portera une atteinte sérieuse, non seulement au prestige de la nation, mais à ses intérêts matériels positifs. La langue constitue la meilleure des réclames, même au point de vue économique ; la suprématie de la langue entraîne avec soi chez les nations ou les classes étrangères adhérentes à cette langue, une certaine admiration qui a des répercussions dans les domaines les plus variés ; elle crée ou entretient un sentiment d'imitation pour les goûts et les habitudes, et une recherche des produits, de certains du moins, de la nation qui possède la langue prépondérante.

Etant donné le déclin en vue de la population

(1) Il n'est nullement certain que, à la longue, malgré le privilège d'être la langue officielle, le fram;ais l'emporte éternellement sui' l'espagnol et sur l'italien dans nos possessions de TAfrique du Nord, du moins en ce qui concerne le Maroc et l'Oranie. dune part, et la Tunisie, de l'autre.

française, on peut même se demander si certaines parties du territoire français, théâtre d'infiltration de populations de langue étrangère, ne se laisseront pas, à la longue, gagner par les langues des immigrants, ici l'italien, là l'espagnol, ou l'allemand ou li^ llamand, de sorte que la langue française, au t)urs de deux ou trois générations, perdrait du icrrain, non seulement en dehors de la France, t (' qui est une certitude, mais en PYance même, ce (jui est une hypothèse ayant quelque vraisemblance.

Pour une nation, comme pour un homme, il est pénible de déchoir; le sentiment de la déchéance, même relative, comprime les énergies. On se sent le cœur serré et humilié d'appartenir à une nation qui décline, tandis qu'on l'a exalté et confiant si l'on appartient à une nation ascendante. Ne rencontrer presque aucun compatriote quand on sort de chez soi, en avoir, au contraire, partout dans le monde, ce sont deux situations bien différentes, dont l'une rétrécit et dont l'autre élargit les espérances et l'horizon. Il n'y a pas que des individus déchus, il y a des classes déchues et des nations iléchues; et dans les nations déchues chaque individu, surtout parmi les plus nobles et les supérieurs, ressent plus ou moins amèrement le sentiment de celte déchéance. Si ce n'est pas encore là le sort de tous les Français, le mal n'étant que tout récemment à l'état aigu, il est bien à craindre que ce ne soit le sentiment de tous les nobles esprits on France avant qu'une génération ne se soit encore écoulée.

A rencontre des tristes réflexions qui précèdent, on arguera des preuves d'énergie, soit indivi-

3bO LA QUESTION DE LA POPULATION

duelle, soit collective, que donnent encore les Français : ils ont été les premiers dans l'automobilisme, ils le sont dans l'aviation ; ils fournissent des explorateurs et nombre d'hommes qui, par des actes hardis, font encore honneur à la race.

Cela est vrai, et nous rendons hommage à ces qualités qui survivent. Il n'en est pas moins constant que, dans l'ensemble, la race est un peu engourdie et qu'elle tend à le devenir chaque jour davantage ; certains croient lui reconnaître une maladie nouvelle, la neurasthénie (1). Elle répugne à tous les travaux durs ; tout ce qui demande un effort physique continu, ou presque tout, se fait en France par des immigrants étrangers, ici italiens, là espagnols, ailleurs belges : la mise en valeur des ressources de notre propre territoire, comme on l'a vu pour les mines de fer récemment découvertes en Normandie et les hauts fourneaux édifiés aux environs, commence à s'exécuter non seulement avec des bras belges, italiens, espagnols ou polonais, mais avec une direction germanique.

Le déclin de la population d'une nation ne menace donc pas seulement, ni principalement, sa puissance militaire et sa prépondérance politique, considération que certains, malgré l'exemple décisif des avantages économiques que l'Allemagne retire de sa puissance effective, s'obstinent à considérer comme secondaire ou d'ordre passager ; ce déchn de la population menace toute la vie, aussi bien sociale et économique que politique, de la nation.

(1) Voir l'ouvrage intitulé : La neurasthénie rurale, par le Dr Raymond Belbèze, avec une préface du professeur Rémond ; on peut en rapprocher les études du D' Labat, sur les populations de la Gascogne, notamment du Lot-et-Garonne.

Nous avons prouvé plus haut (pp. 290 à 294) que V affaiblissement de la natalité^ quand il atteint le degré où il est arrivé en France, est une cause permanente d'êtiolement moral et social, sinon encore intellectuel, de racoimissement et de médiocrité économique . Certains optimistes disent : peu importe que les hommes diminuent de nombre si l'on conserve les arts et les connaissances techniques. Cette notion résulte d'une observation superficielle ; quand la population diminue avec continuité, il y a bien peu de chances de conserver perpétuellement et surtout d'accroître sans cesse les connaissances et les arts techniques. Les enfants de nos familles, qui n'en ont qu'un ou deux, entourés d'une tendresse amollissante, de soins débilitants, inclinés à une vie à demi passive et sédentaire, n'ont qu'exceptionnellement Tesprit d'entreprise et d'aventure, l'endurance et la persévérance qui caractérisaient leurs lointains ancêtres et que possèdent aujourd'hui les fils des prolifiques familles allemandes. La France tend de plus en plus à devenir un peuple de petits et de moyens rentiers, de fonctionnaires médiocres et routiniers. L'appât des fonctions publiques domine les rêves de la plupart des familles françaises : avoir le fils unique ou le gendre, tout près de soi, avec une occupation paisible, laissant du loisir et de la tranquillité d'esprit, comportant un modique traitement fixe, qui croît modérément chaque trois ou quatre années et qui se termine en une pension de nature alimentaire vers la soixantaine, voilà l'idéal de la plupart des familles françaises, si l'on peut appliquer ce noble et ample mot à d'aussi chétives ambitions.

31J2 l,A gUESTION Dli LA POPULATION

Cette population de rentiers mesquins, de petits et moyens fonctionnaires casaniers aver des paysans peu progressifs et des ouvriers, qui dédaignent les œuvres dures et s'adonnent surtout aux travaux de luxe ou de demi-luxe, tout témoigne, d'ailleurs, que sauf prompts remèdes énergiques et efficaces, non seulement elle va poursuivre son étiolement, mais qu'encore elle va numériquement se réduire de plus en plus. Il ne s'agit plus, en effet, dans le cas de la France, de stagnation de la population, mais de tendance à la dépopulation effective, en ce qui concerne tout au moins l'élément de souche française. Or, personne ne peut nier que ce ne soit là un terrible fléau: nous allons en analyser les prodromes et essayer, toujours, sauf profond et prompt revirement dans la mentalité nationale, d'en mesurer la marche.

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