en 1906; en 1911, ils doivent avoir franchi
le chifire de 400.000, ce qui représente presque la population d'un de nos départements moyens, sans compter que, si l'on y joignait les naturalisés d'origine italienne, cet efïectif devrait être grossi, sans doute, de 12 ou 15 p. 100. Le recensement de 1906 comptait 78.283 Italiens dans le département des Alpes-Maritimes, soit plus de 20 p. 100 de la population de ce département; 111.801 Italiens dans les Bouches-du-Rhône, la plupart résidant à Marseille; 40.519 Italiens dans le Var ; 4.495 dans les Basses- Alpes, département qui n'a guère plus d une centaine de mille habitants ; 4.599 en Vaucluse ; 9.322 Italiens dans l'Isère.
Il se constitue ainsi dans le Midi de la France, entre les Alpes et le Rhône, de très forts groupements italiens, parfois énormes. Un romancier de talent, qui a particulièrement traité, dans ses récits, des choses et des hommes de Ui Méditerranée, M. Louis Bertrand, a écrit un roman intitulé : L'Invasion^ qui dépeint la venue en grande masse des Italiens dans la Provence et dans le Dauphiné.
Si l'on réfléchit que les 1.132.000 étrangers recensés en France en 1911, auxquels il faut ajouter 230.000 naturalisés enviroTi, soit ensemble 1.360.000 personnes de nationahté ou d'origine étrangère toute récente, se sont fixés en notre pays à une époque oii la population proprement française, tout en étant peu prolifique, augmentait encore légèrement chaque année par un excédent modique des naissances sur les décès, quel ne sera pas l'accroissement de cet élément étranger ou d'origine étrangère dans la période qui commence et qui va être signalée, sauf changement rapide dans la mentalité française, par un excédent cons-
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tant et croissant des décès sur les naissances. La population française, en laissant de côté l'immigration, paraît devoir perdre, dans une dizaine ou une quinzaine d'années, sinon auparavant, une centaine de mille âmes par an ; il est vraisemblable que rimmijxration comblera cette lacune. On doit donc s'attendre à voir le nombre des étrangers résidant en France et des naturalisés, qui est aujourd'hui de 1.360.000, doubler, tripler, ultérieurement quadrupler et quintupler; ce sera 2 millions 12 d'étrangers et de naturalisés, puis 4 millions, plus tard 5 1/2, ensuite 6 millions 1/2 et avant la fin du siècle peut-être une dizaine ou une douzaine de millions d'étrangers et de naturalisés, non pas dispersés uniformément sur toute la superficie du pays, mais concentrés en grandes masses, en véritables colonies formant des sociétés presque exclusives, à nationalité et à langue déterminée dans certains quartiers et dans certaines industries des grandes villes, et dans une vingtaine de départements, voisins chacun de la nation à laquelle ces différentes colonies d'émigrants appartiennent par leur origine. Dans nombre de ces départements, l'élément étranger arrivera à équivaloir, numériquement, à l'élément d'origine française puis à dépasser celui-ci. Les territoires entre les Alpes et le Rhône, ancienne Provence et ancien Dauphiné, risqueront d'être en grande partie italianisés ; de même, ceux entre le Rhône et l'Atlantique, voisins des Pyrénées, risquent d'êti-e hispanisés. La llaminganisation des déparlements du Nord et du Pas-de-Calais, du moins, en ce qui concerne le premier de ces départements, des arrondissements frontières, a de
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grandes chances de s'effectuer. Et qui sait si l'AUeniagne, finissant par souffrir de l'encombremenl. n'arrivera pas à déverser des colonies germaniques dans nos départements de Lorraine, de Chani pagne, de Franche-Comté et même de Bourgogne ■
Ces colonies étrangères en France, ayant chacune une population compacte considérable appartenant à la môme nationalité d'origine, constituées d'ailleurs dans le voisinage immédiat de cette nationalité, recevant d'elle sans cesse des recrues nouvelles, ayant conservé le sentiment national, la langue nationale, les mœurs nationales, l'orgueil national, peuvent arriver à constituer, dans la France de la frontière, de considérables corps étrangers permanents, presque imperméables à la langue française et encore plus à la mentalité de la France.
Les chances d'assimilation ici sont très faibles ; les conditions d'assimilation sont beaucoup plus défavorables ici que dans les époques historiques écoulées, où les immigrants avaient perdu tout esprit national et n'avaient plus aucun lien avec leur pays d'origine.
Il est douteux que, si des colonies étrangères compactes, chacune d'une seule nationalité, se forment ainsi dans nos départements frontières et dans des quartiers spéciaux de nos grandes villes, on puisse éliminer complètement parmi elles leur] langue d'origine et y substituer complètement la langue française.
Aussi doit-on conclure que, s'il ne se produit ut changement jjrompt et profond dans la mentalitt française, relevant parmi nous la natalité ou tout au moifis la préservant d'un nouveau déclin, la Fi'ance ne pou7'ra éviter la dépopulation qu'en
subissant la dénationalisation et cette dénationalisation peut s'effectuer très rapidement^ en quatre ou cinq générations (1^.
(1) Un député des Basses-Alpes, M. Honnorat, proposait une mesure qui pourrait aider à rompre le lien entre les étrangers résidant en Krance, naturalisés ou non. et leur patrie d'origine : ce serait de les autoriser à franciser leur nom ; ainsi, disait-il, il y a. dans les Basses-Alpes, beaucoup de résidants, d'origine italienne, s'appelant Catalieri: on pourrait les autoriser et même les in%-iter, lors de leur naturalisation, à sappeler Cavelier ou Cavalier: sans attacher à cette motion une importance de premier ordre, il serait prévoyant de l'adopter.