SI ACCENTUÉ DE LA NATALITÉ FRANÇAISE
Les causes d'ordre physiologique paraissent avoir peu de part dans le déclin de la natalité chez les nations civilisées et dans la France contemporaine. — Rappel des causes antérieuroiiient relatées pour lenseiuble des nations civilisées. — Classement des départements français à natalité encore suffisante et de ceux à stérilité particulièrement prononcée. — Si la Franco entière, depuis 1871, avait régulièrement présenté l'excédent des naissances sur les décès qui caractérise le département du Finistère, la population actuelle de la France dépasserait 47 millions d'âmes ; si, au contraire, la France entière, depuis 1871, avait eu lexcédent des décès sur les naissances
. qui se manifeste dans les départements du Lot-et-Garonne et de l'Yonne, la population actuelle serait tombée à 27 millions d'âmes.
Influence décisive du sentiment religieux pour le maintien d'une certaine fécondité. — La prétendue neurasthénie rurale dans les départements gascons. — La vraie cause de la stérilité; croissante dans nombre de départements français, notamment dans ceux de la Gascogne et de la Bourgogne, est l'esprit d'arrivisme. — L'ambition familiale mal conçue dans presque toutes les classes de la population française. — Les cadets, dans tous les genres d'activité, ajoutent beaucoup aux chances d'élévation de la famille : exemples frappants à ce sujet. — L'école de Le Play et la liberté de tester : calculs sur les efïeb actuels, si l'on y recourait, de la « quotité disponible ». L'infécondité française a actuellement des causes plus gêné raies que l'insuffisance de la liberté de tester : le néo-paga nisme. — L'attitude de nombre de médecins contre la mater ~nilé répétée. — L'état d'âme de la femme civilisée contera poraine la porte parfois à la stérilité et plus généralemen au minimum de fécondité. — Cette mentalité doit conduir rapidement à la dépopulation ou à la dénationalisation.
^ES SPÉCULES DE l'iNFÉCOSDITÉ FRANÇAISE 389
Nous avons, dans le livre III de cet ouvra^^e, indiqué sommairement les causes générales qui font décroître, chez les nations de race européenne, la natalité au fur et à mesure que l'on avance de l'Orient de l'Europe vers l'Occident, de la Russie, de la Hongrie, des pays balkaniques vers l'Angleterre, la Belgique et la France d'une part, et d'autre part au fur et à mesure que l'on s'écarte de l'ancienne et traditionnelle mentalité.
Les causes qui provoquent cet afiFaiblissement si visible et si constant de la natalité peuvent être cherchées soit dans la condition physique, soit dans la condition morale et mentale des générations nouvelles.
iJn doit négliger, comme tout au moins incertaines et mystérieuses, incontrôlables en tout cas, les causes physiologiques. Il est possible, sans doute, comme on l'a soutenu, que le développement de l'individuation, l'extension de l'intellisronce et des sentiments, l'accentuation de la nerité chez les hommes et chez les femmes, ainsi (juf le travail cérébral prolongé, doivent se traduire, à la longue et en moyenne, par un affaissement de la fécondité ; il v a même des probabilités pour qu'il en soit ainsi. Néanmoins, comme il n'apparaît pas que la civilisation amène une dégénérescence de l'individu, comme, d'autre part, la grande masse de la population des nations civilisées n'est pas soumise au degré d'intellectualité et de tension nerveuse des classes supérieures, cette cause physiologique ne peut avoir actuellement qu'une action limitée, si l'on considère une grande nation dans son ensemble.
Nous avons cru pouvoir établir que les causes
principales, sinon exclusives, de l'affaiblissement continu de la natalité sont d'ordre, en grande partie, moral et volontaire et aussi d'ordre social. On n'a pas d'enfants ou l'on en a peu, parce que lai mentalité nouvelle fait que l'on n'en désire pas ou que l'on n'en désire qu'un nombre tout à fait restreint, parce que aussi l'organisation actuelle de la société détourne de la prolificité, au lieu d'yî porter. j
D'une manière générale, l'expansion de l'aisance; et de la mentalité démocratique est contraire à laj fécondité humaine. ;
Rappelons quelques-unes des circonstancesr^ d'ordre social ou moral que nous avons déjà signa-i lées (voir p. 238 à 275). ;
La législation protectrice de l'enfance fait que,' au lieu d'être lucratifs pour leurs parents comme' dans la première moitié du xix^ siècle (voir plus haut, p. 46), les enfants sont une charge jusqu'à leur adolescence ou même jusqu'à leur approche de la maturité ; la civilisation, par des raisons nombreuses et diverses, amène un retard dans l'âge du mariage; le mouvement féministe, les nouvelles carrières de la femme font la pluralité et surtout I le grand nombre des enfants peu désirable; l'am-i bition familiale qui suscite chez les parents, dans presque toutes les classes de la population, le désir que leurs enfants soient dans une situation supérieure à la leur propre, amène les familles, pour satisfaire cette ambition, à concentrer leurs efforts, leurs moyens d'éducation, leur fortune sur une ou deux têtes seulement.
Le cas de la France étant particulièrement accentué et aigu, voyons comment ces diverses