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LES PRÉDÉCESSEURS DE MALTHUS

s'est trouvé, même chez nous, cependant, quelques enthousiastes disciples de Malthus, Joseph Garnier par exemple.

Montesquieu avait eu, moins les alarmes, une ■ approximation vers les idées de Malthus : partout où une famille peut vivre à l'aise, il se forme un mariage, disait-il; mais il ne voyait dans ce phénomène aucun motif d'inquiétude. De même Jean- Baptiste Say écrivait : « Partout où l'on produit un pain, naît un liomme. » Malthus va, certes, plus loin, puisqu'il soutient que les hommes tendent à se multiplier plus que les pains. Un écrivain qui a merveilleusement reflété les idées d'autrui, sans en avoir jamais aucune en propre, Rossi, donnait à Malthus une demi-adhésion en ces termes : « Plutôt 2 millions de Suisses prospères que 8 millions d'Irlandais. » Un des rares fanatiques de la. théorie malthusienne en France, Joseph Garnier, dans une correspondance avec Léonce de Lavergne, lequel s'alarmait, vers 1876 et 1877, du ralentissement marqué de l'accroissement de la population en France, le gourmandait ainsi : « Il n'y a aucune nécessité à ce que les Français s'accroissent davantage... Tout encouragement à la population est absurde, dangereux, inhumain et contraire à l'intérêt de la société et du pauvre en particulier ».

L'opinion contraire a toujours trouvé, toutefois, dans notre pays, un plus général assentiment. Le mot de Rousseau : « Il n'y a pire disette pour un Hitat que celle d'hommes » a eu un retentissement qui dure encore, grâce à la diminution croissante de la part proportionnelle de la population française dans l'ensemble de la population des Lfrandes puissances. Bastiat, toujours empreint des

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idées el de Ja polémicjue de Carey, dont il a été léloqUent interprète, était peu disposé à sacrifier les Harmonies Économiques générales aux ^larmes de Malthus. Avant lui, Blanqui, juge fort superficiel, il est vrai, mais assez fidèle représentantde la mentalité française habituelle, se prononçait ainsi sur l'auteur du Principe de population : « Son fameux théorème de l'accroissement de la population en proportion géotiiétrique, tandis que les subsistances s'accroissent en proportion arithmétique, commence à recevoir de nombreux démentis. Evereth, Godvin et Ensor l'ont fortement ébranlé et cette doctrine perd chaque jour de son crédit (1). » Blanqui montre ici, sans doute, sa légèreté coutumière : Jamais Malthus n'a parlé de (( l'accroissement de la population en proportion • géométrique, tandis que les subsistances s'accroissent en proportion arithmétique », proposition qui serait d'une manifeste absurdité. Il a dénoncé la tendance à r accroissement, ce qui est tout différent. Néanmoins, quoique conçu en très mauvais termes, le témoignage de Blatiqui vaut au point de vue de l'opinion française générale. Dans ces derniers temps, pt'esque toute l'école économique française est antimalthusienne.

(1) Histoire de l'Économie ppli/iqiie en Europe, par Blanqui aîné. 3«é(lit. (1845). t. II, p. 391.

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