L HYGIÈNE SOCIALE ET LA MOHALE COLLECTIVE
en France, dans l'année 1906, se consacrent, en grande partie, dans les villes surtout, aux manœuvres amenant Tavortement. Tous les journaux populaires publient chaque jour leurs annonces, transparentes pour les femmes, relativement aux a retards ». Ces annonces doivent être interdites et châtiées de fortes peines pécuniaires et corporelles.
L'avortement tend à devenir une pratique courante dans certaines classes de la population, parmi même les femmes mariées. On a vu plus haut (pages 329 à 331) que certains médecins les estiment presque aussi nombreux que les naissances ; d'autres les évaluent à plusieurs centaines de mille par,an. Nous croyons que ce sont là de grandes exagérations ; mais qu'ils soient excessivement fréquents, qu'ils puissent s'élever aux environs d'une centaine de mille par an, cela ne paraît pas douteux. Si l'on pouvait en réduire, de moitié par exemple, le nombre, le chiffre des naissances vivantes s'en trouverait grossi d'une cinquantaine de mille et, même en admettant que l'on recourût pour obtenir le même résultat, la jouissance sexuelle avec stérilité, à d'autres moyens, on gagnerait toujours bien au minimum 25.000 à 30000 naissances par an, ce qui, dans le déclin continu de la natalité française, serait très important.
Aujourd'hui, l'on peut considérer que l'impunité, sauf malchance exceptionnelle, est assurée aux avortements. On fait 20 à 30 poursuites par année (voir plus haut, p. 332, quand les avortements sont évalués par des médecins sérieux à une centaine de mille et, sur ces deux ou trois dizaines de poursuites, c'est à peine si la moitié aboutit à une
répression, les jurys ayant l'habitude d'acquitter ce genre de crimes. C'est là une des preuves les plus frappantes et les plus humiliantes de l'aberration qui, en matière de relations sexuelles, trouble et égare en notre pays, la généralité des hommes réputés honnêtes.
Il est indispensable, pour l'honneur de la Société moderne et le salut de la France, de châtier méthodiquement et efficacement l'avortement au moins autant qu'on châtie soit le vol, soit les coups et blessures. Puisque les jurys sont assez dégradés pour acquitter quasi systématiquement ces crimes, le meilleur moyen d'en assurer la répression est de les soustraire aux jurys, de les transformer en délits et de les soumettre aux tribunaux correctionnels; les peines que peuvent infliger ceux-ci vont jusqu'à cinq années d'emprisonnement et comportent des amendes pouvant atteindre, en cas de récidive, plusieurs milliers de francs. Si au lieu de 20 à 30 poursuites pour avortement devant des jurys bassement complaisants, il y avait un millier ou quelques centaines de poursuites chaque année, au titre de délits, devant les tribunaux correctionnels et que des peines à trois, quatre ou cinq ans d'emprisonnement, ainsi que de fortes amendes, fussent régulièrement infligées non seulement aux « faiseuses d'anges », mais aussi aux mères naturelles ou légitimes que l'on considère comme leurs victimes, on peut être certain que le nombre des avortements diminuerait rapidement de moitié et ultérieurement des trois quarts sinon davantage.
En dehors de la lutte contre l'immoralité publique en ce qui concerne les relations sexuelles et leurs conséquences, il y aurait, pour arrêter le déclin de
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la fécondité en France, certaines réformes à introduire dans la législation sur le travail. On a vu que lune des causes principales de l'énorme fécondité dans la première partie du xix'' siècle, c'est que les enfants étaient souvent alors productifs : non seulement à l'âge de huit ou neuf ans et, à coup sûr, à celui de onze à douze, ils suffisaient, par leur travail, à leur propre entretien, mais encore de ces âges à leur majorité, ils procuraient à la famille un certain revenu. Lune des causes effectives de la stérilité croissante depuis le dernier quartier du xix' siècle, c'est, au contraire, que les enfants sont à charge à leurs familles jusqu'à Tàge de quinze ou seize ans en général au moins et souvent même jusqu'à l'approche de leur majorité. Il en résulte que, les enfants étant devenus très coûteux, l'on en réduit le nombre, et cela quasi dans toutes les couches de la population. Le désir excessif d'amélioralion sociale se résoud ainsi en dépeuplement.
La législation récente sur le travail chez les peuples européens et celle sur l'instruction, ainsi que les règlements sur l'entrée des carrières, sont responsables de ces fâcheuses conséquences.
Dans toutes les classes de la so<yété contemporaine, en France tout au moins, je le disais, il y a une dizaine d'années, au Conseil Supérieur de l'instruction publique, on prolonge beaucoup trop la période d'improductivité de l'adolescence et de la jeunesse : la préparation à la vie, j'ajoute la préparation théorique, prend une trop grande part de la vie.
La plupart des hommes arrivent à ne rien produire de sérieusement effectif avant leur service militaire et jusqu'à l'expiration de ce service, c'est-
à-dire jusqu'à vingl-trois ou vingt quatre ans; la plupart aussi — et les lois récentes y contribuent — se retirent du travail effectif et rég-ulier entre cinquante-cinq et soixante ans. Sur une vie qui tend à se prolonger jusqu'à soixante-quinze ou quatre-vingts ans, ils ont donc seulement une période de guère plus de trente ans, ou de 40 p. 100 seulement, d'activité productive.
Ces périodes d'inactivité et au début et à la fin de la vie sont excessives et contre nature : c'est le cas de répéter le mot célèbre de Pascal : « Qui veut faire l'ange fait la bête ». L'homme n'est pas et ne peut pas être un pur esprit, une simple intelligence. De beaucoup la plus grande partie de sa vie, les deux tiers au moins, sinon les trois quarts, depuis le terme de l'enfance proprement dite jusqu'à l'arrivée à la véritable caducité, devraient être consacrés au travail productif. Autrement, on augmente d'une façon dangereuse les charges des familles et celles de la Société.
A l'âge de treize ou quatorze ans, dans les classes populaires, sauf en ce qui concerne des sujets tout à fait d'élite, lesquels sont très rares (un sur dix peut-être). Fermant devrait, par un travail professionnel, aux champs ou à la ville, pourvoir à son entretien et, à dix-sept ou dix-huit ans, gagner un surplus qui pût constituer la base des économies de sa carrière.
La prolongation générale de la période scolaire ou préparatoire au delà de cet âge de treize ou quatorze ans est tout à fait abusive. Les philanthropes qui ne rêvent que d'allonger l'âge de l'école aux dépens du travail productif sont d'aveugles idéologues qui préparent le dépeuplement.
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Les lois sur le travail dans les ateliers doivent sans doute protéger le jeune ouvrier, mais elles doivent éviter, par leurs rigueurs, par des règles malencontreuses, comme celles qui prévalent en France, de IVxclure des ateliers ; c'est à ce résultat indirect que l'on est arrivé. Au lieu de gagner honnêtement par un travail régulier, leur entretien et quelque chose avec, un très grand nombre d'adolescents et de jeunes gens, entre treize ou quatorze et vingt ans, sont sans occupation stable, ont une existence dissipée, incertaine, qui développe chez eux la fainéantise et les mauvais instincts.
Ainsi, il faut réagir contre les idéologues qui voudraient que rhomme fût indéfiniment à l'école, écarté du travail productif.
Les abus que nous venons de signaler, la prolongation indéfinie de la préparation à la vie, se rencontrent non seulement dans la classe populaire, mais dans la classe moyenne, pour les filles comme pour les garçons.
On hérisse l'entrée de carrières diverses d'examens où l'on demande des connaissances qui n'ont aucun rapport avec la formation de l'esprit et avec l'exercice d'une profession déterminée. Invité il y a une douzaine d'années à visiter les salles de téléphonie à Paris, par l'ingénieur qui était le chef de (0 service, je lui demandai si le métier exercé par toutes ces jeunes filles présentait de grandes difficultés, il me répondit : « Non, il suffit de deux qualités : avoir l'oreille fine et être susceptible «l'attention ; mais, ajoutait-il, comme procédé éliminatoire, on demande aux jeunes filles qui se présentent au concours une foule d'autres choses ».
Il en est ainsi de presque toutes les carrières ;
on hérisse leur entrée d'une foule d'exij^ences qui n'ont aucune valeur soit générale, soit technique, et ne sont que des procédés éliminatoires . C'est ainsi que l'on voit une foule déjeunes gens et d'hommes mûrs poursuivre leurs études préliminaires non seulement jusqu'à trente ans, mais parfois jusqu'aux environs de quarante, pour les concours de médecine par exemple, et ne commencer à exercer leur profession que lorsqu'ils sont déjà grisonnants.
Ces excès d'écoles, d'examens, de concours sont une des plus graves erreurs de la société contemporaine, un des plus grands gaspillages de la vie et de l'intelligence moderne.
Il faut renoncer à ce système, non seulement illusoire et décevant, mais déprimant. L'homme ne peut être sur les bancs de l'école pendant une période prolongée de sa vie. Il doit se montrer, de bonne heure, un travailleur productif, dès le début de l'adolescence, dans la classe populaire, dès le début de la jeunesse dans la classe aisée et opulente.
Sans médire aucunement des enseignements théoriques, délivrés du haut d'une chaire, la grande et essentielle école, c'est encore celle de la vie, celle qui ressort de l'exercice régulier de la profession, de l'expérience et des leçons qu'on se donne à soi-même.
Cette école-là, les idéologues ne l'ont jamais suivie et ils veulent empêcher les autres de la suivre. Il faut s'opposer à leur redoutable fanatisme. Enfants et jeunes gens doivent travailler productivement de bonne heure, produire leur entretien; si la société n'ouvre pas devant eux ces perspectives, les ménages se découragent et, effrayés par les charges de la paternité, deviennent stériles.