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LE PRINCIPE DE POPULATION ET LES SOCIALISTES CONTEMPORAINS DE MALTHUS

Opinion originale et relativement assez juste de Fourier. — Le « petit complet » et le « grand complet » du monde, suivant lui. — La loi naturelle de redressement ou de limitation du principe de population. — Robert Owen se montre très favorable à la théorie de Malthus.

Non moins que les Jacobins, les socialistes, même les plus doux, ont eu peu de faveur pour un notable accroissement de la population : ainsi Fourier, parlant de sa société future, dénommée Y Harmonie , écrit : « Quel que fût ce bien-être, le peuple retomberait bientôt dans le dénuement, s'il multipliait sans bornes, comme la populace de civilisation, ces fourmilières d'Angleterre, France, Italie, Chine, Bengale, etc. Il faudra donc découvrir un moyen de garantie contre l'accroissement indéfini de population (1). » Classer la France, parmi les fourmilières, au même rang que l'Angleterre, l'Italie, la Chine et le Bengale, c'était, certes, même au comcement du xix" siècle, faire d'étranges confusions.

Fourier est beaucoup plus catégorique dans d'autres passages et il s'y montre disciple partiel de Malthus, mais partiel seulement : « Parmi les

(1) Charles Fourier, œuvres choisies (Petite Bibliothèque économique, Félix Alcan), p. 307.

inconséquences et les étourderies de la politique moderne, écrit-il, il n'en est pas de plus choquante que l'oubli de statuer sur l'équilibre de population, sur la proportion du nombre de consommateurs avec les forces productives. En vain découvriraiton des moyens d'atteindre au quadruple et même au centuple produit, si Je genre humain était condamné à pulluler comme aujoprd'hiii, amonceler toujours une masse de peuple triple et quadruple du nombre auquel on doit se fixer pour maintenir l'aisance graduée parmi les diverses classes... J'ai cité Stewart, Wallace (1) et Malthus, seuls écrivains dignes d'attention sur ce sujet, parce qu'ils confessent l'impéritie de la science. Leurs sages opinions sur le cercle vicieux de la population sont étouffées par les jongleurs économistes, qui écartent ce problème comme tant d'autres. Stewart, plus loyal, l'a très bien traité dans son hypothèse d'une île qui, bien cultivée, pourrait nourrir dans l'aisance 1.000 habitants inégaux en fortune; mais, dit-il, si cette population s'élève à 3 et 4.000, à 10 et 20.000 comment la fioprrir? (2) » Fourier croit que, en civilisation, l'encombrement du monde et la misère générale sont des faits inéluctables ; mais il considère que, dans le régime qu'il prône, c'està-dire dans VÉtat sociétaire, en Harmo?iie , le règle-

(1) Stewart et Wallace, deux écrivains oubliés aujourd'lmj. sont les auteurs de livres qui eurent beaucoup de retentissement dans la seconde moitié du xviji» siècle, et ils peuvent passer pour des précurseurs de Malthus : Stewart a écrit un livre, traduit en 1789 en français, sous le titre : Recherches sur les Principes de VÉconomiç politique, ou Essai sur la science de la police intérieure des métiers libres : Wallace a publié un ouvrage qui a été traduit en français en 1769 : Diisertalion historique et poli: tique sur la population des anciens temps, comparée à celle du notre.

(2) Fourier, Œuvres choisies, pp. 224 et 22o.

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