LES SOCIAUSIES CONTEMPORAINS DE MALTHUS
ment de la population s'effectuera automatiquement et sans restrictions légales ; à ce dernier point de vue et quoique son « État sociétaire » et son « Harmonie » ne doivent jamais se réaliser, il donne des preuves de cette rare pénétration dont on retrouve des marques au milieu de toutes ses folies : « Il fai^t. écrit-il, que la tliéorie de ce nouvel ordre (l'Etat sociétaire) fournisse des moyens très efficaces de prévenir l'excès de population, réduire le nombre des habitants du jrlobe à la juste proportion des moyens et des besoins, à la quantité de 5 milliards environ, sans risque de voir la population s'élever à 6, 7, 8, 10, 12 milliards, exubérance (jui serait inévitable dans le cas où le globe entier organiserait le régime civilisé (1). »
L'originalité de Fourier est dans la loi naturelle de redressement ou de limitation du principe de la population, loi qui découle de V accroissement du hien-être, il la décrit, suis'ant son usage, en termes assez amphigouriques : « La nature dans létat sociétaire (cette expression désigne toujours le système social de ses rêves) oppose quatre digues à l'excès de population; ce sont : 1» la vigueur des femmes; 2" le régime gastrosophique ; 3° les mœurs phanérogames ; 4° l'exercice intégral (2) ». Nous ne nous arrêterons pas à exposer ce qu'il entend par ces quatre freins, ou ces quatre conditions restrictives de l'accroissement de la population, notamment le troisième, qui pourrait être considéré comme une inclination de Fourier aux méthodes du néo-malthusianisme (voir plus loin, p. 29a à 338).
(1) Fourier, Œuvres choisies (édition Félix Âlcan). p. ii6. ' l'iem, ibidem, p. 226.
Fourier n'admet qu'une population de 1.500 âmes par lieue carrée de 20 au degré, soit environ 50 habitants par kilomètre carré, au lieu de 73 environ que la France compte aujourd'hui. Aussi déclaret-il que, « dans le début, la France, faute de terrain, sera obligée de verser au dehors 4 millions d'habitants superflus (1) ». Il fixe la population du globe au petit complet de 2 milliards et quart et au grand complet de 5 milliards quand certains progrès se seront accomplis.
Où éclate la perspicacité de Fourier, c'est quand il entrevoit que le développement du bien-être pourrait avoir pour effet d'amener une décroissance de la population et de retourner dans le sens tout à fait opposé les alarmes de Malthus et de ses disciples : cette vérité, comme toujours, est entourée, chez cette sorte de voyant, de tout un galimatias qui l'obscurcit. «Lorsqu'on sauraemployercomôzWmcn? (ce mot est de Fourier) les quatre moyens exposés cidessus (la vigueur des femmes, le régime gastrosophique, les mœurs phanérogames, l'exercice intégral) les chances de fécondité et stérilité tourneront à contresens du mode actuel, c'est-à-dire qu'au lieu d'excès en population, l'on n'aura à redouter que le déficit; et on prendra des mesures pour exciter cette fécondité, que tout homme prudent redoute aujourd'hui (2). » Ce passage est remarquable; ce que Fourier avait prévu se réalise, ainsi qu'on le verra plus loin ; les nations dites civilisées sont actuellement dans un état de crise où l'excès de fécondité tend à faire place à une croissante stérilité.
(1) Fourier, op. cit., p. 99.
(2) Idem, ibidem, p. 229.