ET DES RACES ASIATIQUES OU AFRICAINES
Rappel des besoins de population du globe. — La réceptivité future des contrées neuves pour l'émigration européenne peut être évaluée à 400 millions d'hommes en deux siècles. — L'émigration annuelle nette n'est guère actuellement de l'Europe pour les contrées d'outre-mer que de 1 million d'hommes.
— Les perspectives de cette émigration avec l'afTaiblissement constant de la natalité dans l'Europe Occidentale et Centrale.
— L'Europe pourrait être appelée à faillir à sa mission de peuplement des contrées neuves : les .\siatiques pourraient se substituer à elle dans cette mission et détruire l'équilibre des races. — Grands avantages de l'émigration pour les pays de provenance.
• On a vu plus haut (p. 171 à 178) que environ la moitié du globe est encore très insuffisamment peuplée, que les millions d'habitants cantonnés sur la périphérie des continents des deux Amériques, des grandes îles de l'Océanie, ou disséminés sur les énormes espaces intérieurs de ces contrées, sans parler de l'Afrique aux trois quarts presque déserte, sont insuffisants à en mettre en
œuvre les immenses ressources naturelles. Tout accroissement de la population de ces contrées neuves profitera non seulement à ce surcroît d'habitants, mais encore à ceux de toutes les autres contrées, surtout de celles appartenant au même groupe de civilisation. Il est donc très désirable que, tout au moins pendant un siècle et demi ou deux siècles, soit durant une demi-douzaine de générations, il se produise dans les vieux pays d'Europe un excédent notable et permanent des naissances sur les décès pour fournir matière à une émigration considérable et continue.
Dans le chapitre consacré aux besoins du globe en population, nous avons évalué à 1.600 millions d'êtres humains environ l'accroissement, non seulement possible, mais désirable, de la population du globe entier, dans un délai qui peut s'étendre jusqu'à la fin du xxi" siècle. En tenant compte de Faccroissement propre à la population déjà établie dans celles des contrées neuves où les Européens peuvent habiter, travailler et faire souche, on peut évaluer à 400 millions d'êtres humains l'immigration de provenance européenne que ces contrées comportent, sans que le niveau de l'existence ait à y baisser, avec chance, au contraire, qu'il s'y élève : c'est là approximativement ce qui constitue la réceptivité, si nous pouvons ainsi parler, des contrées neuves.
Ces 400 millions d'êtres humains pourraient affluer dans lesdites contrées en un laps de temps de deux cents ans environ; ce serait donc une émigration européenne nette annuelle de 2 millions d'âmes qui serait, non seulement admissible, mais désirable.
MISSION ET BIENFAITS DE l'ÉMIGFUTION 485
Depuis l'ouverture du xx® siècle jusqu'en 1909, l'émigration d'Europe à destination des pays d'outremer n'a pas atteint en moyenne un million d'âmes par an. Dans l'année 1905, la plus forte de la première période quinquennale, cette émigration s élevait à 1.310.000 âmes en nombre rond; mais encore doit-on dire que ce n'était pas une émigration nette, car il devait y avoir beaucoup de retours, notamment parmi les 459.339 Italiens, qui avaient franchi en cette année les mers (1).
Depuis lors, ce mouvement s'est diversifié, sans s'accroître : en 1909, dernière année sur laquelle nous ayons des renseignements, le total de l'émigration européenne constatée à destination des pays d'outre-mer s'élevait à 1.294.000 âmes ou 1.320.000 à 1.330.000 pour tenir compte de certaines omissions (2). On estime que, pour avoir l'émigration nette, c'est-à-dire défalcation faite des retours, il faut réduire de 4 à oOO.OOO les chiffres de l'émigration brute (3). Ainsi l'émigration nette
(i) Voir dans notre ouvrage : La Colonisation chez les peuples modernes (6« édit.), le chapitre consacré à l'émigration humaine (t. II. p. 468 et suiv.). L'émigration russe en Sibérie n'est pas comprise dans les chiffres ci-dessus.
(2) Voir dans YEconomiste Français du 3 décembre 1910, l'étude à ce sujet, de M. Pierre Leroy-Beaulieu, résumant les recherches du commandeur Bodio. Cette émigration était ainsi composée, d'après les pays de provenance en 1909 : Angleterre proprement clite : 185. ÔûO, Ecosse. 53.000, Irlande, 4i.OOO ensemble pour le Royaume-L'ni : 282,000 ; Allemagne, 25.000 Suède. 19.000 : Norvège, 16 000 : Danemark. 7.900 : Suisse, 4.000 Pavs-Bas. 3.000 : Belgique. 4.000 ; Italie. 406.000 : Espagne 138".000: Portugal. 38.000: Autriche, 144.000; Hongrie, 131.000 Russie (émigration vers l'Asie non comprise). 87.000 ; la France ne ligure pas dans ce tableau ; elle n'apporterait qu'un appoint insigniGant; la Grèce, absente, fournit 20.000 à 25.000 émigrants.
(3) L'on compte dans la République Argentine, en 1909, que, pour 231.084 immigrants reçus, il y aurait eu 94.6i4 émigrants. soit une proportion de départs de plus de 40 p. 100 ; pour les quatre années 1906-1909, dans la môme contrée, pour 931.607
européenne à destination des pays d'outre-mer n'atteint pas aujourd'hui 1 million d'âmes par an Pour fournir les 400 millions d'êtres humains que les pays d'outre-mer peuvent recevoir, en dehors de leur surcroît propre de population, afin de mettre leur nombre d'habitants en rapport avec les ressources naturelles du pays, il faudrait donc quatre siècles, en supposant que cette émigration dût durer à un taux constant ; ce serait là une période énormément prolongée. Il y aurait intérêt pour la civilisation européenne à la réduire de moitié et, par conséquent, à porter l'émigration européenne vers les contrées d'outre-mer à 2 millions nets (retours déduits) par année, ce qui serait le double de la période actuelle.
Avec la diminution graduelle de la natalité dans tous les pays de l'Occident et du centre de l'Europe (voir le tableau des pages 238 à 241), on peut se demander si, dans un quart de siècle, sinon auparavant, et tout au moins dans un demi-siècle, l'émigration de l'Europe occidentale et centrale, qui sont les contrées économiquement et intellectuellement les mieux douées, ne risque pas de se restreindre. En ce cas, l'Europe occidentale et centrale ne pourrait pas remplir sa tâche de fournir aux contrées neuves, en un temps qui ne fut pas indéfiniment prolongé, le nombre d'êtres humains nécessaire pour peupler efficacement, en proportion de leur réceptivité normale, les pays neufs.
Ce serait là un malheur, une cause d'amoindrissement de l'essor des contrées civiHsées et de moindre développement de leur bien-être.
immigrants, on a compté 360.436 émigrants, soit environ 38 p. tOO de ceux-ci par rapport à ceux-là.