STIMUL.VNTS A LA NATALITÉ AU DÉBUT DU XIX* S
l'accroissenient en nombre et en aisance de la classe rurale. Propriétaires ou tenanciers, les paysans ont eu un travail plus assuré et plus rémunérateur; ils ont été portés, pendant une période initiale tout au moins, à augmenter leurs familles. Les enfants étaient pour eux rémunérateurs ; l'école ne les absorbait pas; ils rendaient, tout petits, des services ; soumis encore aux vieilles traditions, ils restaient sous le toit familial jusqu'au service militaire et y travaillaient ferme pour le logement, les vêtements, la nourriture et un très mince pécule, le père et la mère de famille profitant seuls de l'excédent. Il y avait là un incontestable stimulant à la natalité, lequel a disparu avec les mœurs anciennes.
Quand la grande industrie se constitua chez nous, non pour l'exportation où elle était en médiocre posture à cause des circonstances plus haut relatées, mais pour la consommation intérieure, avec la protection de droits de douane élevés, elle fut placée sous un régime analogue à celui de l'Angleterre et où les abus même se prolongèrent plus longtemps : appel énergique à la main-d'œuvre des femmes et des enfants, journées excessives, mais qui versaient dans un ménage prolifique des sommes excédant les charges que les enfants imposaient, par conséquent stimulant incontestable à la natalité. Sous le second Empire encore, une partie de ce régime durait et Jules Simon pouvait écrire un livre intitulé : L'ouvrier de huit am. A cet âge ou, du moins, à une dizaine d'années, l'enfant des familles industrielles produisait plus que son entrelien et il en était de même, en litaucoup de cas. de l'enfant des familles rurales.
C'était une erreur de prendre pour l'effet de causes purement naturelles une prolificité qui, en Angleterre particulièrement, mais en France aussi, était, en grande partie, sollicitée et surexcitée par des causes artificielles et de nature passagère. Les bons observateurs, toutefois, sont très rares et le fameux « principe de population » de Malthus, qui surgissait dans ce milieu de VÉpoque chaotique de laGrande Industrie^ trouvaitbeaucoup plus de partisans que de contradicteurs ou même que d'appréciateurs faisant les réserves nécessaires.
Pour résumer l'attitude générale de la Sjcience économique dans le monde et même des socialistes au cours du xix^ siècle, on peut dire que, à peu d'exceptions près, plus fréquentes en France qu'ailleurs, on restait sous la forte impression produite par la doctrine de Malthus. On en tirait nombre d'applications problématiques, notamment en ce qui concerne la charité et l'assistance. Nous avons montré ailleurs (1) les vices d'une assistance trop facile et d'une charité désordonnée, particulièrement sous ce rapport que le ressort de l'énergie humaine et le goût du travail s'en trouvent amoindris. Mais d'autres voient surtout dans les abus de la charité une cause de pullulement de la population : ces abus peuvent n'y être pas étrangers, mais avec la nouvelle tendance des sociétés modernes vers une natalité de plus en plus amoindrie (voirie livre III du présent ouvrage), ces abus n'ont pas, à ce point de vue, pour l'ensemble de la société tous les inconvénients qu'ils pouvaient
(1) Voir notre Traité théorique et pratique d'Économie politique {5« édit., t. IV, pp. 478 à 4!>4). également notre Etal moderne et ses fonctions (4» édit., pp. 339 à :it)4.)
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avoir jadis. Les maltliusiens purs, unis aux darvvinistes logiques, se montrent des critiques implacables des secours et des aides pour les faibles, ' •< enfants trouvés, etc. (1).
(1) Un Congrès international des sociétés et des adeptes d'une « science nouvelle ». dite l'Eugénique, qui se donne pour objet la recherche des moyens d améliorer la race humaine, s'est tenu à Londres au mois de juillet 1912 : un des adeptes de cette « science », le professeur Karl Pearson, a, nous dit-on, « étudié avec beaucoup de précision la courbe de la natalité dans un certain nombre de villes industrielles anglaises et a constaté un fléchissement dans le nombre des naissances chaque fois qu'une loi sociale venait limiter davantage l'emploi des enfants dans l'industrie. Il en conclut que l'enfant représente une valeur économique qui varie suivant les circonstances et que notamment les lois protectrices de l'enfance tendent à diminuer la natalité ». Cela est incontestablement vrai et devrait tempérer le zèle des réformateurs. Le professeur Karl Pearson s'arrête à un moyen terme : « Comme, d'autre part, ces lois protectrices ont pour objet (d'après lui) d'augmenter la valeur sociale de l'enfant en le maintenant dans de meilleures conditions hygiéniques, il faut donc chercher le moyen terme qui permettra à la natalité de rester à un taux suffisant tout en donnant aux enfants le maximmu de force et de résistance à la maladie. » Rien ne prouve qu'on parviendra à résoudre ce problème. On le complique d'ailleurs par un autre : « Une autre question qu'étudient, paraît-il, les eugénistes est celle de la stérilisation par des procédés chirurgicaux des individus dont on a des raisons de désirer qu'ils n'aient pas une nombreuse progéniture, c'est-à-dii-e en somme d'empêcher les mauvais éléments de la société de se multiplier, comme on a tenté de le faire à Berne à plusieurs reprises, u Voir Je Temps du 9 juillet 1912. p. 3. Avec ces méthodes, on risque d'arriver, par voie d'extinction des humains, à la disparition de la civilisation.