UNIVERSEL DE POPULATION
Évaluation de la population humaine terrestre. — Très inégale répartition des êtres humains sur le globe. — La parabole des trois Malthus. — Prévisions lyriques du chimiste Berthelot sur l'alimentation future.
Avant d'entrer dans l'examen de la thèse même de Malthus, il est évident que, dans l'état actuel du monde, il ne peut pas être question d'un encombrement prochain du globe par la race humaine. Des contrées immenses, comme les deux Amériques, surtout celles du centre et du sud, sont à peine effleurées par l'homme. L'Afrique, non seulement dans la région méditerranéenne et dans la partie australe, mais presque sur la totalité de sa superficie, ne porte qu'une très infime partie de la population qu'elle pourrait nourrir ; de même, la Russie, la Sibérie, l'Asie centrale ; de même encore, les îles constituant ce que l'on appelait autrefois l'Océanie. S'il y a des fourmilières humaines comme la Chine et l'Inde ou même comme la Belgique et certaines parties de l'Italie, les solitudes habitables et cultivables sont beaucoup plus vastes On pourrait dire que la popula-
tien du globe est actuellement mal répartie ; on peut l'estimer entre 1.630 et 1.700 millions d'être humains (1) ; elle pourrait doubler, sinon tripler, à la condition de se déverser sur tous les points de la Terre en raison de leurs facultés productives, sans qu'il y eût encombrement.
Voici quelle était, d'après l'Annuaire du Bureau des Longitudes de 1901, la superficie et la population probable en 1900 des diverses parties du monde avec la superficie probable des Océans (voir page 61) .
Les évaluations en ce qui concerne la population en dehors de l'Europe, ne sont, sans doute, que conjecturales. Nous croyons que celle de l'Afrique notamment est portée trop haut, l'Afrique intérieure ne paraissant avoir qu'une population peu dense.
Pour les autres parties du monde les évaluations ci-contre doivent s'écarter moins de la vérité.
On voit que l'Europe qui ne forme (y compris les eaux intérieures, c'est-à-dire la Méditerranée, la mer Noire, la Baltique, etc.) que la treizième partie environ de la surface des terres du globe, aurait près du quart de la population de celui-ci. Par contre, l'Asie septentrionale et occidentale, et plus encore l'Afrique, l'Océanie et surtout les deux Amériques n'ont qu'une infime densité de population, de ;2 à 6 p. 100 au kilomètre carré.
Sans doute, il y a dans ces parties du mondé des
(i) L'Annuaire pourlan 1901 du Bureau des Longitudes (p. 399) évalue à 1.616 millions la population du globe en l'an 1900; elle a bien dû s'accroître d'une cinquantaine de millions de 1900 à 1912 ; on estime à plus de 20 millions l'augmentation de la population des seules Indes Britanniques (Etats feudat aires compris) de 1901 à 1911. L'Annuaire du Bureau des Longitudes en 1912 ne contient pas de données géographiques et statistiques: colles-ci occupaient 74 pages dans l'Annuaire de 1911.