I.KS PHKViSlONS l>L' CHIMISTK liKinHEI.OT
ucsl pas complètement habité et à une ère spéciale, particulièrement féconde en progrès. Ils peuvent soutenir que la difficulté ne se trouve ainsi qu'ajournée et que, pour être différée de quelques siècles, la période de crise intense n'en viendra pas moins. Quoi qu'il en soit de ces conjectures, nous aurions, à l'heure présente, du répit; la multiplication, qui pourrait nous effrayer pour nos arrièreneveux, n'aurait rien qui fût de nature à inquiéter la génération actuelle et les prochaines. Tout au contraire, on peut dire que, si cette multiplication se déversait intelligemment sur l'ensemble du globe, elle serait aujourd'hui et dans le temps prochain une cause de nouvelle activité et de plus ample prospérité pour toutes les nations civilisées.
Quant au lointain avenir, il est difficile de percer les brouillards qui nous le voilent. Les progrès à attendre de la physique et de la chimie et de leurs applications sont tels qu'il faudrait un pullulement tout à fait extraordinaire du genre humain pour qu'ils ne suffisent pas à pourvoir au bien-être fit' ce dernier. On peut se reporter sinon aux prévisions, du moins aux descriptions savantes, mélange d'espérance et de rêve, d'un des plus grands chimistes du xix* siècle, M. Berthelot ; quand elles excéderaient de beaucoup la réalisation future, il \ a, dans ce vaste champ de découvertes et d'applications agronomiques, des ressources qui garantissent au genre humain la possibilité d'une multiplication encore considérable (1).
(1) Nous avons sous les yeux uq discours que le célèbre chiifcte Berthelot, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences înienibrc de la SociiHo Nationale d'Agriculture, qui correspond
Certaines découvertes récentes, la fabrication des nitrates au moyen de l'azote de Fair et la fabrication synthétique aussi du sulfate d'ammoniaque
à une véritable Académie d'Agriculture (cela dit pour nos lecteurs étrangers), a prononcé le 5 avril 1894, au banquet de la Chambre Syndicale des Produits chimiques.
Nous croyons devoir reproduire plusieurs passages de ce discours ; sans doute, il s'y trouve un soufïle de lyrisme scientifique qui ne le cède pas au lyrisme poétique le plus" audacieux : l'imagination de Fourier n'a rien trouvé de plus saisissant, et c'est un des plus grands savants de ce siècle qui s'exprime en ces termes :
« On a souvent parlé, dit M. Berthelot, de l'état futur des « sociétés humaines, je veux, à mon tour, les imaginer telles « qu'elles seront en l'an 2000 : au point de vue chimique, bien « entendu ; nous parlons chimie à cette table.
« Dans ce temps-là, il n'y aura plus dans le monde ni agricul- « ture, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l'existence par « la culture du sol aura été supprimé par la chimie ! Il n'y aura « plus de mines de charbon de terre et d'industries souterraines, « ni par conséquent de grèves de mineurs ! Le problème des « combustibles aura été supprimé par le concours de la chimie « et de la physique. 11 n'y aura plus ni douanes, ni protection- « nisme, ni guerres, ni frontières arrosées de sang humain ! La « navigation aérienne, avec ses moteurs empruntés aux énergies « chimiques, aura relégué ces institutions surannées dans le « passé. Nous serons alors bien prêts de réaliser les rêves du « socialisme... pourvu que l'on réussisse à découvrir une chimie « spirituelle, qui change la nature morale de l'homme aussi pro- « fondement que notre chimie transforme la nature matérielle !
« "Voilà bien des promesses ; comment les réaliser ? C'est ce « que je vais essayer de vous dire.
« Le problème fondamental de l'industrie consiste à découvrir « des sources d'énergie inépuisables et se renouvelant presque « sans travail
« Mais revenons à nos moutons, je veux dire à la chimie. Qui « dit source d'énergie calorifique ou électrique, dit source d'éner- « gie chimique. Avec une telle source, la fabrication de tous les « produits chimiques devient facile, économique, en tous temps, « en tout lieu, en tout point de la surface du globe.
« C'est là que nous trouverons la solution économique du plus « grand problème peut-être qui relève de la chimie, celui de la « fabrication des matières alimentaires. En principe, il est déjà « résolu : la synthèse des graisses et des huiles est réalisée « depuis quarante ans, celle des sucres et des hydrates de car- « bone s'accomplit de nos jours et la synthèse des corps azotés « n'est pas loin de nous. Ainsi le problème des aliments, ne l'ou- « blions pas, est un problème chimique. Le jour où l'énergie « sera obtenue économiquement, on ne tardera guère à fabri- 0 quer des aliments de toutes pièces, avec le carbone emprunté