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LES PRÉVISIONS DU CHIMISTE BERTHELOT

par le procédé du nitrure d'aluminium, ouvrent des horizons illimités au progrès à provenir des synthèses scientifiques et industrielles, les nitrates

« à l'acide carbonique, avec l'hydrogène et l'oxygène pris à « l'eau, avec l'azote tiré de l'atmosphère.

€ Ce que les végétaux ont fait jusqu'à présent à l'aide de « l'énergie empruntée à l'univers ambiant, nous l'accomplissons « déjà et nous l'accomplirons bicntùt mieux, d'une façon plus « étendue et plus parfaite que ne le fait la nature, car telle est « la puissance de la synthèse chimique.

« Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa « petite tablette de matière azotée, sa petite motte de matière « grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit n tlacon d'épices aromatiques, tout cela fabriqué économique- « ment et en quantités inépuisables par nos usines ; tout cela n indépendant des saisons irrégulières, de la pluie ou de la « sécheresse, de la chaleur qui desséche les plantes, ou de la « gelée qui détruit l'espoir de la fructification ; tout cela enfin « exempt de ces microbes pathogènes, origine des épidémies et « ennemis de la vie humaine.

« Déjà, nous avons vu la force des bras humains remplacée « par celle de la vapeur, c'est-à-dire par l'énergie chimique « empruntée à la combustion du charbon ; mais cet agent doit « ôtre extrait péniblement du sein de la terre et la proportion en B diminue sans cesse. Il faut trouver mieux ; or, le principe de « cette invention est facile à concevoir : il faut utiliser la cha- « leur solaire, il faut utiliser la chaleur centrale de notre globe. « Les progrès incessants de la science font naître l'espérance « légitime de capter ces sources dune énergie illimitée. Pour « capter la chaleur centrale, par exemple, il suffit de creuser « des puits de 3 à 4.000 mètres de profondeur, ce qui ne surpasse o peut-être pas les moyens des ingénieurs actuels et surtout • ceux des mgénieurs de l'avenir. On trouvera là la chaleur, « origine de toute vie et de toute industrie. Ainsi l'eau attein- « drait au fond de ces puits une température élevée et dévelop- « perait une pression capable de faire marcher tontes les ma- « chines possibles.

« Sa distillation continue produirait cette eau pure, exempte

■ de microbes, qne l'on recherche aujourd'hui, à si grands frais. « à des fontaines parfois containiiues. A cette profondeur, on « posséderait une source d'énergie thermo-électrique sans « limites et incessamment renouvelée. On aurait donc la force « partout présente, sur les points du globe, et bien des milliers « de siècles s'écouleraient avant quelle éprouvât une diminution « sensible.

« Ce jour-là, la chimie aura accompli dans le monde une révo-

■ lution radicale, dont personne ne peut calculer la portée : il « n y aura plus ni champs couvert.-^ de moissons, ni vignobles, « ni prairies remplies de bestiaux: l'homme gagnera en douceur « en moralité, parce qu'il cessera do vivre par le carnage et la

et le sulfate d'ammoniaque étant les deux stimulants les plus énergiques de la végétation.

« destruction des créatures vivantes. II n"y aura plus de disli.'ir- « tion entre les régions fertiles et les régions stériles. Peut-être « même que les déserts de sable deviendront le séjour de prédi- « lection des civilisations humaines, parce qu'ils seront plus « salubres que ces aliuvions empestées et ces plaines maréca- « geuses engraissées de putréfaction qui sont aujourd'hui les « sièges de notre agriculture.

« Dans ce règne universel de la force chimique, ne croyez pas « que l'art, la beauté, le charme de la vie humaine soient desti- « nés à disparaître. Si la surface terrestre cesse d'être utilisée. « comme aujourd'hui, et disons-le tout bas, défigurée, par les « travaux géométriques de l'agriculteur, elle se recouvrira alors « de verdure, de bois, de fleurs : la terre deviendra un vaste « jardin arrosé par l'effusion des eaux souterraines et oii la race « humaine vivra dans l'abondance et dans la joie du légendaire 0 âge d'or. »

Sans doute on peut dire que dans cette description scientifique lyrique il y a de la chimère, mais il serait exagéré de prétendre' que tout y soit chimère ; il s'y trouve un mélange de calculs, d'espérances et d'aspirations, une part aussi de divination; et, à tout prendre, il est probable qu'il se rencontre plus de vérité dans tout ce lyrisme que dans les lamentations des Malthusiens.

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