CALCULS ABSURDES SUR L'ENCOMBREMENT PROCHAIN DU GLOBE
Calculs sur la multiplication prochaine du genre humain et l'effectif de celui-ci à la lin du xxi« siècle. — Les prévisions de M. Ravenstein : celles du général du génie belge Brialmont ; celles du marquis de Nadaillac. — Calculs analogues faits par Malthus il y a un siècle. — Excentricité et manque de base de ces évaluations.
C'est pitié de lire les fantaisies statistiques auxquelles se livrent les hommes ^aves sur le pullulement prochain Je l'espèce humaine; tout esprit de critique en est absent. En voici un exemple. Toute la presse européenne et américaine s'est occupée, il y a une vingtaine d'années, d'un mémoire lu, en 1890, par M. Ravenstein, au congrès de l'Association britannique pour l'avancement des sciences àLeeds. D'après cette étude, la population du globe était alors de 1 .468 millions d'habitants (1), et elle augmenterait de 8 p. 100 tous les dix ans. A ce taux, la population du globe aurait plus que quadruplé en 182 ans et s'élèverait alors à 5 milliards 994 millions, disons 6 milliards, d'êtres hu-
(1) On a vu plus haut (p. 61) que, d'après les calculs de l'Annuaire du Bureau des Longitudes en 1901, cette population aurait été de 1.616 millions d'âmes en 1900 ; mais le chilTro lionne dans ce calcul pour l'Afrique (180 millions d'âmes) paraît
«v âgé ré.
mains. Telle serait la situation dans le dernier quartier du XXI® siècle.
La superficie des terres, sur tout le globe, serait, d'après le même auteur, de 46 millions de milles carrés (le mille carré représente approximativement 2 kilomètres 600 mètres carrés). Cette surface terrestre de 46 millions de milles carrés se diviserait en 28 millions de milles carrés (approximativement 73 millions de kilomètres carrés ou près de 140 fois l'étendue de la France) de terres fertiles ou relativement fertiles ; 14 millions de milles carrés (environ 36 millions ooO.OOO kilomètres carrés ou 70 fois l'étendue de la France) de terres de pâturages ou de steppes [bare grass lands or steppes), puis 4.180.000 milles carrés, ou 10.914.000 kilomètres carrés de déserts. Prenant ensuite pour type la région centrale de l'Europe, des Pays-Bas à la mer Noire, comme une contrée suffisamment bien peuplée relativement à sa capacité de production, M. Ravenstein constate que cette étendue avait une densité de population moyenne de 136 habitants par mille carré (environ 60 habitants par kilomètre carré ou 16 p. 100 de moins que la densité de la France qui est de 72 à 73). Il semble appliquer cette proportion à la généralité des 28 millions de milles carrés de terres fertiles ou relativement fertiles sur le globe et une proportion un peu moindre aux 14 millions de milles carrés de terre de dépaissances ou de steppes, et il en conclut que, dans 182 ans d'alors, quand le globe terrestre sera couvert de o milliards 994 millions d'êtres humains, il ne pourra plus en nourrir d'autres; il aura son plein, comme on dit vulgairement; on sera au grand complet, comme l'écrivait Fourier, qui avait en vue