LES APPROMSIONNEMENTS DES VIEILLES CONTRÉES
précède, puisse se poser, d'une façon nous ne disons pas angoissante, mais sérieusement préoccupante aux peuples de l'Europe occidentale.
Quelques personnes croient, depuis l'époque de cherté qui a commencé en 1900 ou 1010. que ces difficultés se font déjà sentir. C'est, selon nous, une erreur. La hausse de la plupart des objets d'alimentation, au cours des années 1909-1912, ne provient pas de l'impossibilité ou de la difficulté de les produire à prix modéré en temps normal, mais de diverses autres causes (1), dont la principale est de nature temporaire, à savoir de mauvaises ou de très médiocres récoltes, des inondations ou des sécheresses, des épidémies diverses sur les animaux.
On ne peut compter, sans doute, que les très bas prix du blé de la période 1880-1907 (voir plus haut, p. 70, note) doivent se représenter avec fréquence à l'avenir et de même pour le bétail, mais l'aire de production de ces denrées est énorme et fort loin d'être complètement utilisée, outre que les procédés de production comportent les plus grands perfectionnements .
Le vieux monde vit donc, suivant M. Bloek, du
(I) Noos ne ferons que mentionner qnel<|ues-unfs de ces causes : d'abord, le ntouvenient démocratique qui a^il d'une double fa>;on : par la hausse des salaires des ouvriers producteurs. la<|ueUf, sauf perfectionnements m»}caniques faisant compensation, doit avoir une répercussion sur le prix du produit ; ensuite, par le surcroit de demande que font les ouvriers consommateurs, grâce à leur salaire accru, de diverses denrées qu'ils ne consommaient guère auparavant, viande, beurre, lait. etc. Mentionnons aussi l'accroissement de la production de l'or, celle-ci étant passée de 350 millions de francs environ dans la période 1880-1 s85 à 2 milliards ou i milliards i i dans la période 1907-1912; il est difficile de déterminer l'importance de «•ttte dernière cause. 11 est probable qu'on l'exagère, jusqu'ici du moins; mais elle peut avoir eu quelque action sur les prix.
superflu du nouveau monde et même, aurait-il pu ajouter, de l'excédent de vieilles nations misérables, comme l'Tnde, qui auraient bien besoin de consommer tout ce qu'elles produisent, mais n'en ont pas les moyens. D'autre part, le nouveau monde se peuple graduellement et l'on prévoit le jour oii lui aussi sera saturé d'habitants et M. Block cite ce mot de publicistes américains : « Il n'est pas encore temps, ou il n'y a pas encore lieu d'interdire l'immigration européenne ».
Voilà le sombre tableau que l'on esquisse (1) : le monde paraîtrait destiné soit à une sorte de cannibalisme final par des guerres et des meurtres, soit à une réglementation bureaucratique, non seulement des mariages, mais de toutes les unions sexuelles, et de sévères répressions en cas d'infraction.
Vers 1880, un ministre allemand, M. Delbruck, démontrait que la population du nouvel Empire germanique, malgré l'émigration, augmentait de 500.000 âmes par an, et un journal officieux, s'associant à ses plaintes, conseillait d'autoriser les communes à mettre des entraves aux mariages (2).
Il ne faut pas oublier que, aux cours même les
(1) Sur la partie de l'Europe qui ne suffit pas à nourrir directement sa population, on peut voir aussi : Levasseur, La Population Françaine, t. 1"^, pp. 437 et 458.
Voir plus haut également (p. 71, note) les prévisions lyriques du chimiste Bertbelot sur l'accroissement de la puissance agricole des sociétés futures.
(2) La population de l'Empire d'Allemagne depuis 1880 augmente de près de 1 million par an, malgré l'assez sensible réduction, depuis l'ouverture du .xx« siècle, de la natalité germanique, encore cependant très considérable; les pouvoirs publics commencent à s'inquiéter chez nos voisins de cette réduction, et il n'est, certes, plus question de restreindre la natalité. Voir plus loin. p. 247.