‹ La Question de la PopulationChapitre 34 sur 177 · L'ARGUMENT STATISTIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

L'ARGUMENT STATISTIQUE DE MALTHUS

Insuffisance des renseignements statistiques de Maitbus. — Applidtion et importance de ce que l'on appelle, dans l'économie ; olitiquo contemporaine, la loi de substiliition. — Mesure de la tendance à l'accroissement de la population aux Etats- Unis. — Malgré l'abondance des terres lertiles vacantes au moins pendant tout le xix» siècle, on n'a jamais constaté aux Etats-Unis une tendance au doublement de la population en V ingt ou vingt-cinq ans. — Examen de l'accroissement succest de la population aux Etats-Unis d'après les recensements décennaux. — Part de l'immigration. — Constatation de la diminution de la natalité aux Etats-Unis. — Démenti infligé par les Etats-Unis au « Principe de population » de Malthus. — L'augmentation de la population noire des Etats-Unis if^puis l'émancipation : là aussi le « principe de population » Malthus ne se vérifie pas.

A part l'argument physiolo2:ique, reposant sur l'analogie qui précède, Maltlius a appuyé son svstëme sur un argument statistique. 11 s'est efforcé de rassembler de nombreuses preuves de cette nature. Il n%- a que peu réussi.

Il était très difficile, au temps où il écrivait, de «e procurer des renseignements statistiques exacts. Ce que nous appelons l'état civil, comprenant un enregistrement des naissances, mariages et décès, sujet à un contrôle et à une centralisation, n'existait pas. Les recensements aussi étaient inconnus. Ce nest pas qu'il n'y eût divers moyens approximatifs, notamment pour la perception des impôts, de

se rendre compte du mouvement approximatif de la population, surtout par voie d'induction d'après le nombre de feux; mais c'était très conjectural. L'administration était alors moins étendue et moins bien dressée qu'aujourd'hui ; les fonctionnaires, surtout dans les bas grades, se trouvaient moins instruits, moins contrôlés et plus indifférents ; la population se montrait plus défiante à l'endroit de toutes les déclarations ou vérifications.

De même encore, l'art d'interpréter les chiffres était moins avancé à la fin du xviif siècle ou au commencement du xix^ qu'aujourd'hui. Sans doute, l'on avait déjà imaginé ce que l'on appelait « l'arithmétique politique », et dans la première partie du xix" siècle Quételet fonda ce qu'il nomme « la physique sociale ». Toutes ces systématisations restaient encore, cependant, fort incertaines. On y apportait beaucoup de subtilité et de conceptions a priori ; on ne se défiait pas assez des causes possibles d'erreurs.

Aujourd'hui s'est constituée une science nouvelle, encore à l'état d'embryon : la démographie ou l'étude des collectivités humaines, de leur composition et de leurs mouvements iiitérieurs. Quand elle étudie les sociétés dans leur composition, on la dénomme « démographie statique » ou un peu prétentieusement « anatomie du corps social » ; quand elle les examine dans leur mouvement, on la qualifie de «démographie dynamique » ou avec un peu d'emphase « physiologie sociale ». Cet ordre de recherches a certainement fait des progrès et a acquis un caractère plus positif depuis un tiers de siècle. Une quantité d'observations précieuses et d'ingénieuses suggestions a été recueillie.

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