LES FRANCO-CANADIENS
(jui recommandait la pureté des mœurs et le respect du lien conjugal.
Jamais peut-être aucune population au monde ne s'est trouvée dans un ensemble de conditions aussi propices à la proliticité et à la prospérité, au sens philosophique et traditionnel du mot, que les Franco-Canadiens depuis 1763, époque de la cession par la France à l'Angleterre jusque vers la fin du xix' siècle, sinon jusqu'à l'heure présente. Aucun service militaire, aucune guerre, aucuns troubles même civiques ou civils, sauf d'une façon exceptionnelle et toute transitoire, aucune charge que celles qui sont absolument indispensables au maintien et au fonctionnement du groupe social (1). Les capitaux formés dans le vieux monde, venaient, sans discontinuité, donner l'impulsion au pays et commanditer abondamment la production croissante et la main-d'œuvre qui pouvait pulluler, sans levenir exubérante.
Le systi?me social que Le Play a laborieuse- *"ment, non pas inventé, mais décrit, s'était réalisé spontanément au Canada, avec cet avantage exceptionnel de l'afflux des capitaux du vieux monde pour fournir l'outillage aux habitants prolifiques de cette contrée neuve et fertile.
On peut tirer de ce tableau succinct la conclusion que si un groupe social devait justifier « le Principe de population » de Malthus, c'étaient les Franco-Canadiens qui devaient être ce groupe.
Ce sont eux, en effet, qui s'écartent le moins de la célèbre progression géométrique ; mais ils res-
(I) On peut se reporter pour plus de détails sur les causes du développement rapide du Canada a notre ouvrage La Colonisation chez lex peuple» modernes, 6« edit., t. II. p. 247 à 270.
p. LBHOY-BIACLIEf. 9
lent encore considérablement au-dessous. Ils étaient pense-t-on, sans preuves bien précises, au nombre de 65.000 en 1763, quand le Canada nous échappa. On calcule, dans le recensement de 1901, que, sur o. 371. 315 habitants àw Dominion of Canada (puissance du Canada, allant de l'Atlantique au Pacifique), il se trouvait 3.721.944 personnes de langue anglaise et 1.649.371 de langue française fl); dans l'une et l'autre catégorie se rencontraient des Indiens au nombre de 110.000 ou 120.000 et dont on ne fait pas la répartition entre les deux langues.
Prenons ce chiffre de 1.649.371 personnes de langue française résidant au Canada comme représentant la descendance des 65.000 Français canadiens résidant dans le pays en 1763 : le premier nombre représente un peu plus de 25 fois le second; c'est une énorme progression en 138 ans; mais, d'autre part, ce nombre de 138 années représente cinq révolutions et demi ou périodes de 25 années ; s'il y avait eu doublement tous les 25 ans, le nombre initial d'habitants eût été, au bout de chacune de ces cinq révolutions et demi, multiplié d'abord par 2, puis par 4, par 8, par 16, par 32, et pour la démi-révolution en dessus de la cinquième, par 45 environ. Ainsi, au lieu de 1.649.371 habitants canadiens français en 1911, il devrait s'en être trouvé 45 fois environ 65.000, soit 3 millions en nombre rond, presque le double.
On peut objecter qu'il y a eu, à partir du troisième quartier du xix" siècle, une certaine émigra-
(1) The Statesmans Year-Book. 1912, p. 247. Si, au lieu de la détermination de la race des habitants du Canada par la langue, on cherchait celle de la religion, on trouverait que, en 1901, il y avait 2.229.600 catholiques au Canada: mais un bon nombre de ccu.\-ci sont irlandais: il vaut mieux s'en tenir à la langue.