L ACCROISSEMENT DE LA POPULATION DANS LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
Conditions exceptionnellement favorables de la République Argentine à l'accroissement de la population dans le dernier demi-siècle et plus particulièrement dans les dernières vingt années ilS90-1911). — Mesure de cet accroissement. — Il tient, en grande partie, pour la moitié environ, sinon davantage, à l'immigration. — L'immigration brute et nette. — Période approximative de doublement pour la population propre du pays, l'immigration restant à part. — Cette période est environ moitié plus étendue que celle qu'envisageait Mallhus. — Perspectives de population que comporte la mise en valeur complète de la République Argentine et, d'une façon générale, des deux Amériques: calculs à ce sujet.
Il serait trop long et, d'ailleurs, oiseux de passer en revue l'accroissement de la population, dans le dernier siècle écoulé ou les trois derniers demisiècles, de la plupart des contrées du globe, outre que les documents précis et exacts manqueraient lé plus souvent à ce sujet. Nous devons nous borner à quelques peuples que l'on puisse considérer comme des tvpes instructifs.
Nous allons prendre le pays du globe qui, avec les Etats-Unis et le Canada, plus même aujourd'hui que les États-Unis qui sont en train de se transformer en contrée adulte, bénéficie le mieux et de la façon la plus caractérisée du vigoureux essor de la prime jeunesse, à savoir la République Argen-
tine. Tout se trouve réuni, à l'heure prosente et depuis presque le deuxième quartier du xix" siècle, en cette contrée, pour y favoriser le développement de la population ; immensité et salubrité du pays, climat tempéré, infinité de terres fertiles, g^rands fleuves pénétrant de part en part la contrée et y facilitant l'écoulement des produits, apport incessant et en quantités énormes des capitaux d'Europe. On doit insister sur cette dernière condition ; elle est de la plus haute importance et constitue une exception, propre aux temps tout modernes, dans le développement historique des nations. Les jeunes groupes sociaux, comme ceux du Canada, des Etats de l'Amérique du Sud, ceux aussi du Pacifique, n'ont pas eu besoin, au siècle dernier et au siècle présent, de se préoccuper de la constitution des capitaux qui sont nécessaires pour leur mise en valeur rapide, notamment pour l'outillage collectif indispensable à l'ouverture et à la mise en œuvre du pays, ce qui eût été pour ces jeunes sociétés, si elles étaient abandonnées à elles-mêmes, une œuvre sing-ulièrement malaisée et lente; les capitaux surabondants de la vieille Europe sont venus et continuent de venir se présenter d'euxmêmes pour vivifier les mondes nouveaux. Il en résulte un stimulant des plus actifs au développement de la population.
Voyons donc ce qu'a été celui-ci dans ce pays privilégié, la République Argentine ; il n'y a en cette contrée ni service militaire obligatoire, ni aucune des corvées ou des servitudes politiques ou sociales qui pèsent sur les peuples du vieux monde; à l'exception de quelques agitations politiques ^perficielles, déjà anciennes et de brève durée, et